Des canards géants transformés en boucliers par des manifestants pro-démocratie en Thaïlande

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De violents affrontements ont éclaté le 17 novembre entre manifestants pro-démocratie, militants royalistes et forces de l’ordre près du Parlement, au bord du fleuve Chao Phraya à Bangkok, faisant au moins cinquante-cinq blessés. Un accessoire étonnant a été très remarqué : les manifestants ont utilisé des canards en plastique géants pour se protéger des canons à eau et du gaz lacrymogène utilisés par la police.

Depuis juillet, un mouvement de protestation en faveur d’une réforme démocratique du gouvernement et de la monarchie mobilise des dizaines de milliers de Thaïlandais, dont de nombreux jeunes.

Une série de photos postées sur Twitter le 17 novembre. Sur la légende, on peut lire: "Bravo, les canards. Merci. Vous nous aidez vraiment."

Le 17 novembre, une manifestation a eu lieu près du parlement à Bangkok, tandis que des députés y siégeaient pour débattre d’une réforme de la constitution. Le lieu avait préalablement été barricadé par des blocs de béton et des barbelés.

Alors que les tensions s'intensifiaient entre les manifestants et la police, de gigantesques canards en plastique ont fait leur apparition.

“Les canards en plastique sont devenus des boucliers contre l’eau et le gaz lacrymogène”

“Crystal”, un militant pro-démocratie à Bangkok qui a préféré garder l’anonymat, raconte que les manifestants avaient à l’origine apporté des canards en plastique pour se moquer du gouvernement militaire :

“Comme le parlement est situé près du fleuve Chao Phraya, les manifestants voulaient laisser flotter les canards en plastique jusqu’au quai devant le bâtiment, comme un affront au gouvernement [le parlement était inaccessible autrement en raison des barricades, ndlr].”

Cependant, quand les forces de l’ordre ont commencé à utiliser des canons à eau contre les manifestants, les canards en plastique sont devenus des boucliers contre l’eau et le gaz lacrymogène.”

Sur cette vidéo publiée sur Twitter le 17 novembre la légende indique: “Le bruit des manifestants qui toussent à cause d’un mal de gorge, des narines qui piquent, du gaz lacrymogène, c'est clair. Les manifestants n’avaient que des canards en plastique, sans armes. Mais la police a pris des mesures trop extrêmes.”

Les manifestants pro-démocratie se sont aussi protégés avec les canards lorsque des affrontements violents ont éclaté avec des militants royalistes, vêtus de T-shirts jaunes. C’est la première fois qu’un tel affrontement a lieu depuis le début du mouvement de protestation.

Sur cette autre vidéo postée sur Twitter le même jour, des militants royalistes jettent des bouteilles d’eau et d’autres petits objets en direction des pro-démocratie, qui utilisent les canards en plastique pour se protéger.

Le journaliste Pravit Rojanaphruk, qui a posté la vidéo ci-dessus sur Twitter, indique en légende : "Ils disent aux gens d'arrêter, ils disent que nous sommes tous thaïlandais, mais certains continuent de jeter des bouteilles d'eau et des briques. Les deux côtés continuent de se jeter des choses dessus."

Parmi les 55 personnes blessées pendant la manifestation, six l’ont été par balles selon des médecins. Les responsables n’ont à ce jour pas été identifiés. La police a nié avoir tiré à balles réelles ou en caoutchouc lors de ses opérations.

Les canards en plastique : nouveau symbole du mouvement pro-démocratie

Après avoir servi de bouclier aux manifestants, les canards sont devenus un nouveau symbole du mouvement de protestation thaïlandais. Des images publiées sur Twitter le 18 novembre montrent des manifestants brandissant des canards en plastique et des pancartes où l’on peut lire “Salut aux canards jaunes”.

Une vidéo postée sur Twitter le même jour montre des manifestants brandir des canards sous les acclamations de la foule.

Le 18 novembre, le Parlement de Thaïlande s’est prononcé en faveur d’un débat sur deux amendements à la constitution. La proposition d’amendement la plus populaire parmi les manifestants pro-démocratie, présentée par l’ONG thaïlandaise iLaw, visait à remplacer les sénateurs nommés par l’armée par des représentants élus et modifier les articles de la constitution concernant la monarchie. Elle a été refusée par les députés.

Les manifestants réclament la démission du Premier ministre, Prayuth Chan-ocha, un ancien chef militaire qui a pris le pouvoir dans un coup d'État en 2014 et a été réélu en 2019 dans une élection controversée. Ils demandent également un plus grand contrôle du pouvoir de la monarchie, et une révision de la constitution.