Canal de Suez: le sauvetage du porte-conteneurs pourrait prendre des mois

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Alors qu’il devait rejoindre le port de Rotterdam, le porte-conteneurs « Ever Given », battant pavillon panaméen, s’est échoué mercredi 24 mars dans le canal de Suez. Après avoir été déporté par une rafale de vent, le navire s’est mis en travers du canal bloquant le trafic maritime. Une centaine de navires sont depuis à l’arrêt, en attente de la reprise de la navigation. Le canal de Suez est l’une des voies commerciales les plus empruntées au monde.

Après avoir quitté le port de Yantian en Chine pour rejoindre celui de Rotterdam aux Pays-Bas, le porte-conteneurs Ever Given s’est mis mardi matin en travers de la voie d’eau dans la partie sud du canal de Suez. Une rafale de vent serait à l’origine de son échouement. Il arrive assez régulièrement que des navires subissent lors de la traversée du canal des vents de sable réduisant fortement leur visibilité. Auquel cas, ils sont rapidement pris en charge par les remorqueurs d’escorte de l’Autorité du canal de Suez (SCA). Il leur suffit de quelques heures pour remettre le navire à flot.

Mais cette fois-ci, le problème est d’une autre nature. L’Ever Given est un porte-conteneurs catégorie XXL. Long de 400 mètres, soit la longueur de 4 terrains de football, large de 59 mètres, haut de 60 mètres, l’équivalent de 20 étages et lourd de plus de 219 000 tonnes, il transporte 22 000 containers. Sa taille rend le sauvetage très compliqué et pour la première fois, paralyse momentanément tout le trafic sur le canal de Suez.

En 20 ans, la taille des navires de commerce a triplé, rendant leurs manœuvres de plus en plus difficiles lors de la traversée du canal. Pour les porte-conteneurs géants, des pilotes montent à bord pour guider le capitaine dans ses manœuvres durant le passage du canal. Actuellement plusieurs remorqueurs tentent de dégager le géant des mers, les autorités ont fait apporter en renfort une drague, mais sans succès pour le moment.

Une voie maritime pour le pétrole

Selon une carte évolutive du site Vesselfinder, des dizaines de cargos sont à l’arrêt aux deux extrémités et dans la zone d’attente située au centre du canal. Jeudi, l’Autorité égyptienne du canal de Suez a annoncé que le trafic maritime était « temporairement suspendu » jusqu’à la remise à flot de l’Ever Given.

Le propriétaire du navire, la société japonaise Shoei Kisen Kaisha, annonce travailler en étroite collaboration avec les autorités du canal, mais que l’opération est « extrêmement difficile ». Selon la société néerlandaise Smit Salvage, mandatée par l’exploitant du navire échoué, Evergreen Marine Corp, basé à Taïwan, l’opération pourrait prendre « des jours voire des semaines ».

Cette annonce a provoqué une vive réaction chez les pétroliers, pour qui cette voie maritime est très importante pour le transport du pétrole. Tous les pays du Golfe producteurs de l’or noir empruntent le canal de Suez pour acheminer leur pétrole vers les marchés européens et nord-américains. Environ 2 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers ont généralement transité par le canal durant les 12 derniers mois. Si l’incident provoque d’importants embouteillages et retards de livraison, il engendre également un surcoût pour les compagnies, car bien qu’immobilisés, les moteurs des navires continuent de tourner et de consommer du fuel.

52 navires par jour

Le canal de Suez représente un point névralgique du transport maritime mondial, 12% du volume du commerce mondial transite par cette voie maritime. Long de 193 kilomètres, le canal de Suez est l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde, traversée l’année dernière par 19 000 navires de commerce, soit 52 par jour.

Inauguré en 1869, le canal de Suez a été construit pour permettre aux bateaux qui relient l’Asie à l’Europe d’éviter de contourner l’Afrique et de passer le très mouvementé Cap de Bonne-Espérance. Cette percée entre la mer Rouge et la mer Méditerranée restreint d’une à deux semaines le temps de transport entre les deux continents. Ce gain de temps permet de réduire le coût du transport et donc celui des marchandises.

Si le blocage perdure, les compagnies maritimes pourraient décider de se dérouter en passant par le Cap de Bonne-Espérance au large de l’Afrique du Sud. Mais cette hypothèse est très complexe à mettre en place du jour au lendemain, elle oblige à revoir entièrement la feuille de route des navires ainsi que la logistique portuaire. Cela peut aussi se transformer en casse-tête pour tous les grands ports d’Asie, d’Europe et d’Afrique qui risquent de faire face à d’importants encombrements de cargos.

Le canal, qui représente une source majeure de revenus pour l'Égypte, 5,6 milliards de dollars l’année dernière, a au fil du temps adapté ses capacités pour permettre aujourd’hui aux plus grands porte-conteneurs de le traverser. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi avait d’ailleurs annoncé en 2015 un projet de développement du canal visant à doubler le nombre des navires l’utilisant d’ici 2023.

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