Pensionnats pour autochtones au Canada : le pape reconnaît un "génocide"

© Vincenzo Pinto, AFP

À l'issue d'un voyage de six jours au Canada, le pape François a de nouveau exprimé son "indignation et sa honte", devant des Inuits, dans l'Arctique. Avant, il s'était entretenu avec d'anciens résidents de pensionnats pour autochtones, qui ont partagé leurs "grandes souffrances". Dans l'avion le ramenant à Rome, le souverain pontife a reconnu un "génocide".

Le pape François a terminé, vendredi 29 juillet, son voyage de six jours au Canada comme il l'avait commencé : par des excuses pour le mal fait aux autochtones du pays, exprimant de nouveau son "indignation et sa honte" devant des Inuits dans l'Arctique.

À bord de l'avion papal, le souverain pontife a reconnu un "génocide" dans le drame des pensionnats pour autochtones au Canada.

"Je n'ai pas prononcé le mot (durant le voyage) parce que cela ne m'est pas venu à l'esprit, mais j'ai décrit le génocide. Et j'ai présenté mes excuses, demandé pardon pour ce processus qui est un génocide", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse dans l'avion le ramenant à Rome.

Pour la dernière étape de son voyage, le souverain pontife de 85 ans, s'est rendu à Iqaluit, capitale du Nunavut dans le Grand Nord canadien où il a été accueilli au son de chants de gorge inuits, au milieu des maisons colorées.

Dans cette petite ville accessible uniquement en avion et où vivent un peu plus de 7 000 personnes, principalement des autochtones, le pape a évoqué les "grandes souffrances" de ceux placés de force dans des pensionnats visant à "tuer l'indien dans le cœur de l'enfant".

"Les familles ont été désagrégées, les enfants emportés, loin de leur milieu ; l'hiver est descendu sur tout", a-t-il déploré devant la foule réunie entre l'école et le terrain de basket à quelques mètres des falaises et de la mer. Ils étaient nombreux à se tenir par la main ou à s'enlacer en l'écoutant parler.

Dans cet endroit du monde qui se réchauffe trois fois plus vite que le reste de la planète, il a aussi appelé à "prendre soin" de la Terre qui "est aussi délicate comme chaque personne et peuple".

Avant, le pape s'était entretenu un long moment avec d'anciens résidents de pensionnats pour autochtones qui ont eu le "courage" de partager leurs "grandes souffrances".

Entre la fin du XIXe siècle et les années 1990, quelque 150 000 Inuits, métis ou membres des Premières Nations ont été enrôlés de force dans plus de 130 de ces institutions, coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture.

Nombre d'entre eux ont subi des abus physiques ou sexuels, et des milliers n'en sont jamais revenus, victimes de maladie, de malnutrition ou de négligence.

"Cette visite est importante parce que beaucoup de gens ici sont allés au pensionnat", raconte à l'AFP Evie Kunuk, 47 ans, vêtue d'une tenue traditionnelle blanche.

"Une fois qu'ils auront entendu le pape dire 'je suis désolé', cela va ouvrir des portes pour certaines personnes", ajoute cette femme aux cheveux gris et courts.

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"Excuses pas complètes"

Mais de nombreux autochtones rappellent qu'il reste beaucoup de chemin à faire et que cela ne représente que la première étape d'un long processus de guérison.

"Ils devraient en faire plus, en mettant en place des thérapies, des centres de soin de la santé mentale", affirme à l'AFP Israel Mablick, 43 ans, passé par un de ces pensionnats.

À Iqaluit, ils étaient nombreux à attendre aussi des réponses précises du pape au sujet du père Johannes Rivoire, devenu pour beaucoup un symbole de l'impunité des agresseurs sexuels protégés par l'Église. Un cas que le pape n'a pas évoqué dans son discours.

Ce prêtre français, qui a passé trois décennies dans le Grand Nord canadien, fait l'objet d'un mandat d'arrêt mais il n'a pour l'instant jamais été inquiété. Il a quitté le Canada depuis 1993 et vit en France, à Lyon.

Pour Kilikvak Kabloona, présidente de l'organisation Nunavut Tunngavik qui représente les Inuits du Nunavut, "les excuses du pape n'étaient pas complètes".

"Elles n'ont pas pris en compte les abus sexuels et n'ont pas reconnu le rôle institutionnel de l'Église catholique dans la protection des agresseurs, cette protection permet à la violence sexuelle de prospérer", estime-t-elle.

"Nous aimerions que Rivoire soit extradé au Canada pour faire face à ces accusations devant les tribunaux et nous avons demandé au pape d'intervenir pour lui demander de revenir au Canada", ajoute-t-elle encore. Une délégation inuite a d'ailleurs prévu de se rendre en France en septembre.

Le chef spirituel des 1,3 milliard de catholiques, qui s'est rendu dans l'ouest du Canada puis au Québec lors de ce voyage, se déplace en fauteuil roulant en raison de ses douleurs au genou droit.

Avec AFP

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