Non, le Canada ne va pas imposer un traitement psychiatrique aux non-vaccinés

Selon le gouvernement canadien, 83% de la population totale du pays aurait reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19. Depuis le 19 novembre, un extrait vidéo visionné plus de 50.000 fois sur les réseaux sociaux affirme que le Canada veut imposer "un traitement psychiatrique" aux personnes qui refusent de se faire vacciner, citant comme source une lettre de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario (CPSO). Cependant, c'est faux. Il s'agit d'une mauvaise interprétation de la foire aux questions du CPSO qui encourage les médecins à travailler sur l'anxiété et les comportements d'évitement des patients qui souhaitent se faire vacciner mais qui n'y parviennent pas, notamment à cause de trypanophobie, la peur des aiguilles - ce qui peut nécessiter une prescription médicamenteuse ou la mise en place d'une thérapie. Administrer un médicament à un patient sans son consentement est d'ailleurs illégal, rappelle le CPSO.

"Le Canada veut imposer un traitement psychiatrique aux personnes qui refusent les injections d'ARNm ou toute autre forme de vaccination", affirment plusieurs internautes sur Twitter, partageant une vidéo visionnée plus de 50.000 fois (ici, ici ou ici). Une des publications, relayé plus de 1200 fois, n'est plus disponible car le compte de son auteur a été suspendu, mais on peut toujours la retrouver en cache.

La même vidéo a également été partagée sur Facebook, l'auteur de la publication affirmant que : "L'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario a envoyé une lettre à tous les médecins de l'Ontario suggérant que les patients non vaccinés devraient être considérés comme ayant un 'problème mental' et devraient être mis sous traitement psychiatrique."

Capture d'écran d'une publication sur Twitter, réalisée le 24 novembre 2022.

Cependant, c'est faux.

La vidéo partagée sur les réseaux sociaux est un extrait d'une interview du Dr William Makis, réalisée le 16 novembre par Laura-Lynn Tyler Thompson, ancienne présentatrice de l'émission "700 club Canada", à l'occasion de la "Grande Prairie", comme elle l'avait annoncé sur sa page internet.

Capture d'écran de la page internet de Laura-Lynn Tyler Thompson, réalisée le 24/11/2022. ( Chloé RABS)

La vidéo intégrale est d'ailleurs disponible sur sa chaîne Odysee (ici). L'extrait partagé sur les réseaux sociaux commence à partir de 7min06.

Dans celui-ci, Laura-Lynn Tyler Thompson dit au Dr William Makis : "Vous avez parlé du fait qu'ils recommandent, peut-être, un traitement psychiatrique, médicamenteux, ou autre pour les personnes qui ne veulent pas se faire vacciner."

Ce à quoi il répond : "Cela vient de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario (CSPO). L'Ordre a envoyé une lettre à tous les docteurs de l'Ontario suggérant, n'imposant pas mais suggérant, qu'ils doivent considérer que tous leurs patients non vaccinés souffrent d'un problème mental et qu'ils devraient recevoir un traitement psychiatrique. Pour l'instant, ce n'est qu'une suggestion, mais le CSPO ne devrait pas faire ce genre de suggestion. Ce n'est pas éthique. Et c'est une pente très glissante s'ils suggèrent que les personnes qui souhaitent avoir une autonomie corporelle et qui ne veulent pas d'un vaccin expérimental, c'est qu'il peut y avoir quelque chose qui ne va pas mentalement chez eux."

Ainsi, contrairement aux allégations sur les réseaux sociaux qui affirment que le Canada va "imposer" un traitement psychiatrique aux non vaccinés, le Dr William Makis évoque lui une "suggestion". Toutefois, ces propos sont également trompeurs.

La "lettre" qu'il évoque, est en réalité disponible sur le site de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario, dans la rubrique "Foire aux questions".

Dans la partie concernant les exemptions médicales aux vaccins contre le Covid-19, l'Ordre précise : "Il est également important que les médecins travaillent avec leurs patients pour gérer les angoisses liées au vaccin et ne pas favoriser les comportements d'évitement. Par exemple, en cas de peur extrême des aiguilles (trypanophobie) ou d'autres cas préoccupants, l'utilisation responsable de médicaments sur ordonnance et/ou l'orientation vers une psychothérapie peuvent être des options disponibles. Dans l'ensemble, les médecins ont la responsabilité de permettre à leurs patients d'être correctement informés sur les vaccins, et de ne pas voir leurs angoisses renforcées par une exemption."

D'après les versions archivées de la page (disponibles ici), ce paragraphe a toutefois été modifié, entre le 8 septembre et le 5 octobre, pour ajouter l'exemple de la trypanophobie.

Capture d'écran de la page archivée du CPSO datant du 8 septembre 2022

Capture d'écran de la page archivée du CPSO datant du 5 octobre 2022

 

 

Contacté par l'AFP le 24 novembre, le CPSO explique que son guide a été "grossièrement mal interprété", ce pourquoi ils ont tenu à "clarifier [leurs] directives".

"Cet extrait fait spécifiquement référence à la trypanophobie, un trouble reconnu dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition, avec lequel (parmi les symptômes potentiels) un patient peu s'évanouir à la simple pensée d'une aiguille", ajoute le CPSO.

Il réitère que l'essence de ce message est "d'encourager les médecins à travailler en étroite collaboration avec les patients qui souhaitent se faire vacciner afin de se protéger et de protéger les autres, mais qui ne pouvaient pas le faire en raison d'une peur des aiguilles".

"Il va sans dire que nous attendons des médecins qu'ils aident leurs patients à gérer les problèmes psychologiques ou physiques pour lesquels ils cherchent un soutien. Cette fausse interprétation qui est diffusée n'a aucun fondement dans les faits ou la réalité", complète le CPSO.

Il rappelle également que l'Ordre n'établit pas de "critère de diagnostic pour les troubles de santé mentale", et qu'il existe des lois, en plus des politiques de l'Ordre, qui "interdisent aux médecins d'administrer des médicaments aux patients sans leur consentement".

Le CPSO renvoie également vers une initiative du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) qui a spécifiquement travaillé sur la trypanophobie et qui s'est récemment félicité d'avoir réussi "l'administration de 20 000 doses de vaccin Covid-19", à ses patients, grâce à la méthode "Réconforter, Demander, Détendre, Distraire" ("Comfort, Ask, Relax, Distract", en anglais).

"Bien que de petite taille, cette initiative a une portée importante : veiller à ce que ceux qui cherchent à se faire vacciner contre la COVID-19 puissent le faire dans un cadre sans obstacle, confortable et accommodant", expliquent-ils.

Egalement interrogé sur la prétendue imposition d'un traitement psychiatrique aux non-vaccinés, le ministère de la Santé du Canada a démenti cette accusation. "Ce sont des faussetés", a-t-il affirmé à l'AFP le 24 novembre.

Le gouvernement canadien a mis un terme le 1er octobre à toutes les restrictions sanitaires aux frontières visant à lutter contre la propagation du Covid-19 et notamment la fin de la vaccination obligatoire à l'entrée au Canada.