Campagnes électorales de 2017 et 2022: la justice enquête sur le rôle des cabinets de conseil

Emmanuel Macron au soir de son élection le 7 mai 2017. - Patrick Kovarik - AFP
Emmanuel Macron au soir de son élection le 7 mai 2017. - Patrick Kovarik - AFP

Le parquet national financier (PNF) a ouvert fin octobre deux informations judiciaires portant sur l'intervention des cabinets de conseil dans les campagnes électorales de 2017 et 2022, après les nombreuses accusations qui ont visé Emmanuel Macron sur ses liens supposés avec McKinsey.

Pendant la dernière campagne présidentielle, un rapport du Sénat avait suscité de vives polémiques sur l'utilisation des fonds publics au profit de ces cabinets, qui ont signé de nombreux contrats avec l'État ces dernières années. L'opposition avait alors réclamé une enquête sur l'éventuel favoritisme dont McKinsey aurait bénéficié de la part de la majorité macroniste.

"Il appartient à la justice de conduire ces investigations en toute indépendance", a réagi l'Élysée ce jeudi en début de soirée.

Le nom du président absent du communiqué du PNF

Après un article du Parisien intitulé "Affaire McKinsey: Emmanuel Macron visé par une enquête pour financement illégal de campagne", le PNF a publié ce jeudi un communiqué pour "clarifier la situation de différentes procédures pénales" initiées après le rapport du Sénat ainsi que divers plaintes et signalements.

Le parquet y a précisé que "suite à plusieurs signalements et plaintes d'élus et de particuliers, une information judiciaire a été ouverte le 20 octobre 2022, notamment des chefs de tenue non conforme de comptes de campagne et minoration d'éléments comptables dans un compte de campagne, portant sur les conditions d'intervention de cabinets de conseils dans les campagnes électorales de 2017 et 2022". Sans préciser le nom des candidats potentiellement concernés.

Selon Mediapart, certains membres du cabinet McKinsey auraient pu œuvrer gratuitement pendant la campagne présidentielle victorieuse d'Emmanuel Macron en 2017. Le chef de l'État, dont le nom ne figure donc pas dans le communiqué du PNF, est quoi qu'il arrive protégé par son immunité pénale, prévue à l'article 67 de la Constitution.

Une précédente enquête déjà en cours

Par ailleurs, dans son communiqué, le ministère public ajoute que "suite à plusieurs plaintes d'élus et d'associations", une autre information "a été ouverte le 21 octobre 2022 des chefs de favoritisme et recel de favoritisme". Ces deux procédures s'ajoutent à une enquête préliminaire qui était déjà en cours depuis le 31 mars pour "blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravé" et qui avait donné lieu à une perquisition au siège français de McKinsey le 24 mai.

Le rapport sénatorial pointait en effet un possible montage fiscal des entités françaises de McKinsey, qui leur aurait permis de ne verser aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020.

"La contribution à l’impôt d’une entreprise, ce n’est pas que l’impôt sur les sociétés", avait pour sa part rétorqué Clarisse Magnin-Mallez, directrice générale de McKinsey France, sur BFM Business en juillet. "On a payé quasiment un demi-milliard d’euros sur les dernières années, notamment de cotisations sociales."

Macron avait réfuté toute "combine"

Pendant la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron avait de son côté réfuté toute "combine", affirmant que les contrats conclus entre l'État et McKinsey l'avaient été dans le respect des règles en vigueur. "Aucun contrat passé dans la République s'il n'y a pas une mise en concurrence et un contrat de marchés publics", avait-il rétorqué le 27 mars sur France 3 à ceux qui lui reprochaient ces nombreux contrats.

"S'il y a des preuves de manipulation, que ça aille au pénal", avait-il alors répliqué.

"Si McKinsey a fraudé, il sera poursuivi", avait-il ajouté concernant la situation fiscale de la société. Le chef de l'État avait ensuite salué l'ouverture d'une enquête sur ce volet. "C'est très bien que le juge, les contrôleurs fiscaux se saisissent d'une affaire quand on dit qu'une entreprise aurait fraudé", avait-il expliqué sur TF1 début avril.

Article original publié sur BFMTV.com