Campagne tardive, sondages en berne... À quatre jours des législatives, l'inquiétude gagne la macronie

Emmanuel Macron et Elisabeth Borne le 23 mai 2022 à l'Elysée  - Ludovic Marin/AFP
Emmanuel Macron et Elisabeth Borne le 23 mai 2022 à l'Elysée - Ludovic Marin/AFP

La méthode Coué? Peu avant minuit dimanche 5 juin, la Première ministre Élisabeth Borne prend la parole sur Twitter. Elle tient à saluer "l'engagement de nos compatriotes Français de l'étranger", qui ont exprimé leur vote pour les élections législatives avec une semaine d'avance. "Mes félicitations aux candidats de la majorité qui réalisent de beaux scores", glisse-t-elle au passage, alors que le macroniste Manuel Valls vient de supprimer son compte Twitter, éliminé dès le premier tour par les Français résidant dans la péninsule ibérique. Remettant quelque peu en question l'enthousiasme affiché par l'ancienne ministre du Travail.

"On se demande un peu de quels 'beaux scores' on parle", note ainsi sur BFMTV l'éditorialiste politique Matthieu Croissandeau.

"Le camp présidentiel est arrivé en tête, c'est vrai, dans 8 circonscriptions sur 11. Mais il perd des points dans la quasi-totalité d'entre elles par rapport à 2017. Plus inquiétant, les candidats de la Nupes se qualifient dans 10 circonscriptions, contre cinq en 2017", poursuit-il.

Haro sur Jean-Luc Mélenchon

Des chiffres qui viennent confirmer un scénario que tous craignaient dans le camp présidentiel. Celui de la montée en puissance de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes), l'alliance de la gauche menée par un Jean-Luc Mélenchon qui se voit déjà Premier ministre, au détriment du camp macroniste, en perte de vitesse.

Il suffit de regarder la violence des charges menées à l'encontre du leader insoumis par des ténors de la majorité pour constater à quel point l'ennemi Mélenchon est pris au sérieux. Le 31 mai dans Le Figaro, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire le qualifiait de "Chavez gaulois", porteur d'un programme économique qui mènerait la France à la faillite.

Pour le patron des députés macronistes Christophe Castaner, c'est plutôt vers l'est qu'il faudrait se tourner pour appréhender les dangers que porte le programme de la Nupes, qui selon ses dires regrouperait "tous les clichés du monde soviétique".

Même Emmanuel Macron s'y est mis, lui qui faisait pourtant les yeux doux aux électeurs de la France insoumise durant l'entre deux tours de l'élection présidentielle. Vendredi dans la presse régionale, il a renvoyé dos-à-dos la Nupes et le Rassemblement national.

"Le projet de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, c’est le désordre et la soumission. (...) J’ai lu le programme de la Nupes. Ils y citent 20 fois le mot taxation et 30 fois le mot interdiction, ce qui donne une idée assez claire de l’esprit du programme. C’est un projet de liberté sans doute? Cela ne va pas rendre les gens fous, ça?", raille le chef de l'État.

Quant au nouveau ministre des Relations avec le Parlement Olivier Véran, il a mis en garde sur France inter ce mercredi face à une "crise institutionnelle avec un pays qui ne serait pas gouvernable" en cas de victoire de la Nupes. Qu'en est-il des précédentes cohabitations qu'a connues la Ve République? Le ministre a défendu une différence entre travailler avec "un extrême politique et un parti de gouvernement".

Sous couvert d'anonymat, la garde rapprochée du président n'hésite plus à exprimer ses craintes dans la presse. À l'Élysée, on indique au Monde qu'il n'est "pas impossible" de voir gagner la Nupes le soir du 19 juin. "Il est possible d'avoir une majorité mélenchoniste", abonde auprès du Figaro un poids lourd de la majorité.

Des sondages défavorables

Les différents sondages traduisent cette inquiétude, bien qu'ils soient à prendre avec précaution, les élections législatives se déroulant à l'échelon local et répondant à des dynamiques propres à chaque territoire.

Publié ce mardi, un sondage Ifop-Fiducial pour LCI indique que la majorité présidentielle arriverait en tête en termes de sièges, mais sans certitude d'obtenir une majorité parlementaire, fixée à l'Assemblée nationale à 289 sièges. Selon les meilleures estimations, Ensemble, qui regroupe LaREM, le Modem, Horizon et Agir, obtiendrait 290 postes de députés selon les meilleures estimations, 250 selon les plus mauvaises. Quant à la Nupes, elle pourrait espérer décrocher entre 195 à 230 députés.

Une situation qui pourrait se faire au détriment de plusieurs ministres qui se présentent au scrutin, dont la démission serait demandée en cas de défaite, comme l'a déjà indiqué l'exécutif.

Clément Beaune est dans une situation délicate. Ministre délégué chargé de l'Europe, réputé très proche d'Emmanuel Macron, il est candidat dans la 7e circonscription de Paris. Mais un sondage Ifop pour le JDD publié le 4 juin le donne perdant face à l'avocate insoumise Caroline Mecary.

Une entrée en campagne trop tardive

Comment expliquer une situation ausi délicate pour la majorité, alors qu'il y a cinq ans, Emmanuel Macron avait décroché 313 députés après sa première victoire à la présidentielle.

"L'actuelle majorité fait une mauvaise campagne", analyse sans concession notre éditorialiste politique Matthieu Croissandeau. "Elle a été trop tardive. Attendre un mois pour composer une équipe et nommer un nouveau gouvernement, au moment où celui-là ne peut plus parler à cause de la période de réserve, ce n'était pas forcément très malin. Cela a laissé Jean-Luc Mélenchon occuper le devant de la scène pendant un mois", continue-t-il.

D'autant que l'interdiction qui a été faite aux nouveaux membres de l'exécutif d'évoquer des sujets comme celui des retraites, et le flou qui a entouré la disposition pour le pouvoir d'achat, ont empêché la majorité d'occuper le terrain avec des propositions maisons. Les obligeant à commenter des événements extérieurs, souvent dommageables en termes d'image.

C'est ce qu'il s'est passé avec l'affaire entourant le nouveau ministre des Solidarités Damien Abad, accusé dans une enquête publiée par Médiapart d'avoir violé deux femmes, mais également concernant les incidents qui ont émaillé la finale de la Ligue des champions au Stade de France.

Autant d'éléments qui poussent aujourd'hui Emmanuel Macron à entrer plus activement dans l'arène, pour éviter de gouverner cinq ans durant avec une majorité parlementaire lui étant opposée. Après un déplacement à Marseille aux côtés du ministre de l'Éducation Pap Ndiaye et son interview dans la presse régionale, le locataire de l'Élysée doit se rendre ce mercredi à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Avant de partir pour le Tarn jeudi, afin d'évoquer la sécurité.

Au risque de transformer le scrutin des 12 et 19 juin en second round de la présidentielle. "C'est à double tranchant, car cela offre à tous les déçus de la présidentielle un référendum pour ou anti-Macron. Alors qu'il aurait pu moins s'exposer et mettre en avant des poids lourds. Le problème, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de poids lourds dans la majorité", conclut Matthieu Croissandeau.

Article original publié sur BFMTV.com

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