Cameroun: qui sont les civils armés impliqués dans le conflit en zone anglophone?

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Les conclusions de l’enquête lancée par les autorités sur le massacre de Ngarbuh continuent de susciter réactions et interrogations. Dans le communiqué de la présidence, il est fait mention de la présence aux côtés de l’armée camerounaise de civils membres d’un « comité de vigilance ». Dix d’entre eux ont même participé à l’assaut meurtrier, selon ce document. De source humanitaire, les affrontements entre ces comités et les populations locales se sont par ailleurs multipliés ces derniers mois. Qui sont-ils ? Quel rôle jouent-ils dans ce conflit ?

A plusieurs reprises l’an dernier des responsables locaux des zones anglophones ont encouragé la population à se constituer en comité de vigilance face aux séparatistes. Plusieurs cérémonies de distribution de motos, téléphones, ou sifflets ont même été relayées par la presse locale. C’est en revanche la première fois que leur présence aux côtés de l’armée au cours d’une opération est mentionnée dans un communiqué officiel. Ce document parle de civils « armés » sans préciser ni leur identité, ni la nature et la provenance des armes.

Human Rights Watch, qui a enquêté sur ce massacre, évoque de son coté « un groupe d’environ 30 hommes d’ethnie peule », armés « de machettes, bâtons et fusils de chasse ». Des membres d’une communauté d’éleveurs appelés Mbororo, très présente aux environs de Ngarbuh.

« Les Mbororo ne sont pas les seuls à s’être constitués en comité de vigilance depuis le début de la crise anglophone. D’autres comités incluent diverses communautés et d’ex-combattants repentis, explique Arrey Elvis Ntui, chercheur à l’ICG, International Crisis Group. Mais l’idée est largement répandue qu’ils sont les mieux armées et plus violents que les autres. »

Et si depuis longtemps, des conflits existent entre ces peuls et des agriculteurs locaux, pour l’accès aux terres de pâturage, ils sont « exacerbés » depuis le début de cette crise, note Human Rights Watch. « Les séparatistes armés ont pris pour cible les Peuls pour s’emparer de leur bétail et les ont accusés de se joindre à des groupes d’auto-défense proches du gouvernement. Des groupes armés peuls ont aussi attaqué des communautés où des séparatistes armés sont réputés opérer », peut-on lire dans le premier communiqué publié le 25 février dernier par l'organisation.

Une dynamique « inquiétante »

Dans son rapport de février, OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires, mentionnait par ailleurs, une augmentation des affrontements entre « des Mbororo » « venus du Nigeria » voisin, et les populations locales. Cette dynamique est jugée « inquiétante » par de nombreux observateurs, qui craignent qu’en s’appuyant sur ces comités à caractère ethnique, et dans un contexte de rivalité latente, les autorités camerounaises ne sèment les graines de conflits futurs qui risquent de perdurer au-delà de la crise anglophone.

« Dans un contexte de violence accrue contre les populations et les séparatistes, le risque est que même une fois la paix revenue dans les régions anglophones, cela complique les relations entre les Mbororo et les autres groupes ethniques, avec par exemple des actes de vengeance, dans la mesure où ces comités de vigilance Mbororo auront été – à tort ou à raison - associés à une augmentation de la violence contre les populations », estime Arrey Elvis Ntui, chercheur à l’ICG.

Ni le porte-parole du ministère de la Défense ni le ministre de l’Administration territoriale n’ont souhaité répondre aux demandes de précisions de RFI, renvoyant au communiqué de la présidence.