Cambodge : la tyrannie sans fin

Samrang Pring / Reuters

Après le cauchemar des Khmers rouges, le pays a été mis en coupe réglée par Hun Sen. Quarante ans de terreur et de corruption.

Un ectoplasme à la voix de crécelle qui n’illumine une pièce que quand il en sort. Un pourri, au sens premier du terme, à savoir altéré par la décomposition. Dans une cantine chic de Phnom Penh, sur les rives paisibles du Tonlé Sap, quand la touffeur du jour laisse place à une fraîcheur vespérale, la parole se libère. Et les quolibets volent bas. Ce soir, ils sont une demi-douzaine d’« Aek Oudom » (« excellences »), l’élite qui a fait main basse sur le Cambodge, à discutailler bruyamment autour de grands crus. Ces messieurs fument un havane de belle circonférence. Les dames se partagent des profiteroles. Dehors ronronne une Rolls-Royce Phantom qui vaut 150 ans de salaire moyen cambodgien. Dans les gargotes des alentours, le petit peuple se régale de soupe de riz accompagnée d’œufs salés et de filets de poisson-chat.

Trente-sept années de pouvoir absolu

À la table voisine de la nôtre, la discussion s’enflamme. Ça parle haut, ça s’emballe. Mais tous de s’accorder sur un fait : « Trop, c’est trop. Il est urgent d’agir. » L’objet de leur ire : celui qui ne parle de lui qu’à la troisième personne et se fait appeler « Sa Hauteur » ou, en khmer dans le texte, « Samdech Akka Moha Sena Padei Techo » (« Seigneur exalté, glorieux, suprême et puissant commandant »). À 69 ans, Hun Sen, fils de paysan, apostat khmer rouge puis officier de l’armée populaire vietnamienne, est un des plus vieux tyrans en activité de la planète : trente-sept années de pouvoir absolu aux rênes du Cambodge, dont il est resté le Premier ministre à coups d’urnes bourrées et de pronunciamientos. Avec le Camerounais Paul Biya, quarante ans de pouvoir, ou l’Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, quarante-deux ans de règne, Hun Sen détient, hors(...)


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