“Avec les caméras, on ne sait jamais si on nous regarde”

·2 min de lecture

Intrigant, choquant, voire repoussant, le projet d'EyeCam du chercheur Marc Teyssier est fait pour susciter des réflexions sur notre acceptation des capteurs et la manière de les concevoir. Interview autour d'un œil greffé sur une caméra et d'un doigt sur un smartphone.

C’est une caméra qui vous regarde. Mais vraiment, c’est-à-dire avec un œil, une paupière qui s'ouvre et se ferme, un sourcil. Chercheur en design d’interfaces interactives au pôle universitaire Léonard-de-Vinci à Paris, Marc Teyssier l’a appelée (caméra-œil). Et si vous trouvez l’objet perturbant, c’est normal : c’est le but. Ce projet de design critique appelle en effet à une réflexion sur les capteurs tout autour de nous et auxquels nous nous habituons sans plus rien interroger. Explications avec le chercheur, qui avait aussi mis un doigt humain sur un smartphone…

Sciences et Avenir : Est-ce que l’EyeCam fonctionne pour de bon ou tout réside dans son apparence ?

Marc Teyssier : C’est une webcam fonctionnelle, on peut la brancher à un ordinateur. Mais effectivement, tout le volet critique, voire bizarre, du projet, vient de son apparence, de sa forme d’œil humain. Je l’ai mené alors que j’étais post-doctorant à l’université de la Sarre, en Allemagne, au laboratoire Interaction homme-machine.

Quel était l’enjeu ?

Il y a plusieurs raisons. D’abord, mes projets précédents relevaient du design anthropomorphique. C’était mon sujet de thèse, d’ailleurs. Je mets de l’humain dans la technologie. Ce rapport humain-technologie est très présent dans notre monde actuel et dans l’imaginaire de science-fiction. Mais j’aime bien rappeler cette vision d’un futur transhumaniste, où l’homme va être augmenté par la machine, pour me placer justement à l’opposé et augmenter les machines avec des parties humaines. J’explore ce à quoi cela peut mener avec des objets d’aujourd’hui et ce que cela donnera avec les objets de demain.

Quels étaient vos autres projets en la matière ?

Mes travaux de thèse portaient sur le toucher social, comme celui qui permet de réconforter quelqu’un par exemple. On le pratique dans le monde physique mais on le perd complètement avec les technologiques numériques d’aujourd’hui, notamment le téléphone portable. Donc, pour mon premier travail, je me suis dit: p[...]

Lire la suite sur sciencesetavenir.fr

A lire aussi