Le café de Sevran ou le retour de «Papy Voise»

Libération.fr

En 2002, à la veille du premier tour de la présidentielle, les télés s’emballèrent sur l’agression d’un vieillard. Aujourd’hui, c’est autour d’un bar PMU qui serait interdit aux femmes. Manque la preuve par l’image.

L

a séquence date de décembre dernier. Le 20 heures de France 2 diffusait alors un reportage sur un bar PMU de Sevran, apparemment «interdit aux femmes», le Jockey Club. Dans cette séquence, tournée par deux militantes de la Brigade des mères, association souhaitant combattre l’exclusion des femmes des lieux publics, Nadia Remadna et Aziza Sayah, «suivies», expliquent-elles, par une journaliste de France 2, Caroline Sinz, on entendait (sans voir qui la prononçait) cette forte phrase : «Dans ce café, il n’y a pas de mixité. On est à Sevran, on n’est pas à Paris. T’es dans le 93 ici ! C’est des mentalités différentes, c’est comme au bled.»

Déflagration immédiate. Trois mois durant, le café de Sevran va s’inviter dans la campagne. Marine Le Pen et Florian Philippot, bien entendu, brandissent le spectre du bar PMU interdit aux femmes. Et des journalistes. Jean-Pierre Elkabbach, recevant Eric Woerth sur Europe 1 : «Beaucoup de Français ont été scandalisés par ce reportage courageux. A Sevran, si proche de nous, des islamistes interdisent l’accès d’un bistrot à des femmes décidées à imposer l’égalité. Comment mettre fin à l’arrogance de ces islamistes ?» Eric Woerth : «Ce qu’on a vu dans ce reportage plante un coup de poignard dans le cœur de la République», etc.

Mais la principale victime du café de Sevran, c’est Benoît Hamon. Trois mois durant, il va traîner un boulet nommé «Sevran». Pensez donc : il a eu le mauvais goût de rappeler qu’au siècle dernier déjà, des cafés ouvriers étaient plus ou moins interdits aux femmes. Alors Benoît Hamon, complice, de ce bistrot tapi dans l’ombre, truffé d’islamo-terroristes ? Ruth Elkrief, le recevant sur BFM : «Je me suis dit, pour Benoît Hamon, le nouveau prolétariat, ce sont les fondamentalistes musulmans, et donc on peut (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Cuisine et indépendance
Contre le racisme et l'Etat policier
La gauche doit oublier tout populisme
Fillon ou le syndrome de la tortue verte
Philippe Grimbert : «Allier la parole de l’analysant à celle de l’analysé est une aventure inédite»

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages