Cabinet de curiosités : en savoir plus sur les livres en peau humaine avec Jennifer Kerner

Emma Hollen, Journaliste scientifique
·2 min de lecture

Nombreux sont les bibliophiles qui aiment se perdre de longs moments entre les pages d’un ouvrage ancien, inspirant avec volupté l’odeur vanillée du papier jauni. Mais peu d’entre eux prennent le temps de s’attarder sur la qualité du cuir qui forme leur écrin. C’est que celui-ci n’a souvent rien de particulier. Par-delà le somptueux travail du relieur, les dorures et les courbes gracieuses des caractères embossés, on trouve notre habituelle sélection de maroquin, chagrin, ou encore basane. Certains oseront peut-être l’extravagance en reliant leur volume en peau de serpent, d’autruche, de kangourou, de requin ou de lézard. Mais bien peu ont poussé le vice jusqu’à s’adonner à l’art étrange qu’est la bibliopégie anthropodermique : la pratique de relier des livres avec de l’épiderme humain.

La chair châtiée

Le premier exemple de cet étrange exercice remonte à l’année 1606, avec l’exécution d’Henry Garnet. Ce Jésuite, impliqué dans la conspiration des Poudres qui fera de Guy Fawkes une figure de légende, fut condamné à une mort terrible dont nous épargnerons les détails à nos lecteurs les plus sensibles (pour les autres, nous vous invitons à rechercher la définition du supplice « hanged, drawn and quartered »). Contentons-nous de dire que son humiliation se poursuivit dans l’au-delà, lorsque ses persécuteurs décidèrent d’utiliser sa peau pour relier le livre relatant les détails de son procès. En guise de sinistre épitaphe, la couverture du volume porte encore l’inscription : « Une sévère pénitence a châtié la chair ».

Le procès de Garnet, relié de la peau du Jésuite et annoté à l'encre. © Ross Parry
Le procès de Garnet, relié de la peau du Jésuite et annoté à l'encre. © Ross Parry

Garnet n’est pas le seul criminel dont les vestiges passeront à la postérité entre les mains du tanneur, du relieur, puis du bibliothécaire. Les corps du célèbre meurtrier William Corder, du bandit James Allen, du redoutable William Burke et de bien d’autres ont eux aussi habillé les pages de leurs confessions, de leurs tribulations, ou même d’œuvres médicales ou littéraires...

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