Côte d'Ivoire: pour le RHDP, l'opposition a commis un «acte insurrectionnel»

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Le bras de fer se poursuit en Côte d'Ivoire. Les domiciles des principaux opposants qui dénoncent la réélection d'Alassane Ouattara sont toujours encerclés par les forces de l'ordre depuis que l'opposition a annoncé son intention de créer un conseil national de transition. Le RHDP, le parti au pouvoir, affirme que l'opposition a commis un « acte insurrectionnel » portant atteinte à la sûreté de l'État.

Avec notre envoyé spécial à Abidjan, Laurent Correau, et notre correspondant à Abidjan, Pierre Pinto

Le parti au pouvoir, le RHDP, se refuse à parler de résidence surveillée. Une bonne source au sein du parti nous a affirmé que les leaders de l’opposition étaient en fait retenus chez eux de manière préventive, et cela en attente d’une instruction judiciaire.

De son côté, Adama Bictogo, le directeur exécutif du RHDP, estime que l’opposition est allée trop loin : « Déjà, pendant que les élections s’organisent, le président en exercice demeure. Donc, il est en exercice. Les institutions fonctionnement. L’État n’est pas en faillite. Comment peut-on accepter que l’opposition puisse mettre en place un gouvernement parallèle ? C’est une atteinte à la sûreté de l’État. Pour moi, c’est insurrectionnel, anticonstitutionnel et c’est inacceptable. »

Nous ne sommes pas dans un État en faillite, a répété Adama Bictogo dans l’interview qu’il a accordée à RFI. La création annoncée d’un gouvernement de transition est, pour lui, un acte grave. Une procédure judiciaire est en cours pour acte de sédition.

Alors que l’opposition semble en partie paralysée par cette mise en résidence surveillée de plusieurs de ses hauts responsables, dont Henri Konan Bédié, désigné lundi président du « Conseil national de transition », Guillaume Soro veut montrer qu’il prend le relais. « Moi, vu la traque contre les principaux dirigeants du Conseil national de transition, je décide, en toute responsabilité, de m'inscrire dans la continuité de l'oeuvre entamée en contribuant à la mise en place effective des organes de la transition. »

Mardi, nombreux sont ceux qui s’attendaient à l’annonce d’un gouvernement de transition par l’opposition à la résidence d’Henri Konan Bédié, lorsque les forces de police l’ont encerclée. Le matin même, le ministre de la Justice Sansan Kambile avait prévenu que le gouvernement ne laissera pas faire ce qu’il considère comme « un acte de sédition », et un « complot contre l’autorité de l’État ».

Par ailleurs, ce mercredi Laurent Gbagbo a appelé le Premier ministre Hamed Bakayoko, l’invitant à « apaiser la situation en favorisant le dialogue plutôt que la répression ».

Un « blocus » illégal pour l’opposition

De leur côté, les avocats de l’opposition dénoncent l'illégalité de l'encerclement des domiciles des quatre leaders. Dans un communiqué, le collectif des avocats de l’opposition explique que 11 cadres de l’opposition ont été interpellés mardi à la résidence d’Henri Konan Bédié. De même que deux avocats qui ont été remis en liberté après l’intervention du bâtonnier de l’ordre et d’autres personnalités.

Les avocats de l’opposition indiquent qu’en sa qualité d’ancien président, Henri Konan Bédié ne peut être privé de sa liberté que par une procédure spéciale. Ils rappellent que Maurice Kakou Guikahué, le secrétaire exécutif du PDCI, qui a été interpellé, bénéficie de l’immunité parlementaire.

Ils indiquent également que ce qu’ils appellent « le blocus », imposé aux résidences des opposants, ne rentre dans aucun cadre législatif et réglementaire applicable en Côte d’Ivoire, de sorte « qu’il doit être qualifié de séquestration ». Les avocats de l’opposition demandent au procureur général et au procureur de la République de mettre un terme, sans délai, à « ces actes illégaux d’officiers de police judiciaire placés sous leur autorité ».

Les conseils de M. Bédié et des leaders de l’opposition demandent au procureur de la République « de mettre un terme à ces actes illégaux. » Au RHDP, on répond que ces mesures préventives seront levées une fois que l’opposition s’inscrira de nouveau dans l’ordre constitutionnel.

« L’État de droit doit prévaloir »

De son côté, la communauté internationale continue d'appeler à l'apaisement et au respect de l'État de droit en Côte d'Ivoire. Ce mercredi, la France et les États-Unis ont condamné les violences et les tensions autour de l'élection présidentielle.

« La France appelle tous les acteurs à mettre fin aux provocations et actes d’intimidation qui perdurent depuis le scrutin. L’État de droit doit prévaloir », déclare la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Agnès Von der Mühl, lors d'un point presse à Paris.

Elle interpelle ainsi aussi bien l'opposition que le pouvoir ivoirien. La France relève, comme l'Union européenne, « les fortes disparités de la participation électorale selon les régions » et prend note simplement des résultats provisoires de l'élection. La France souligne enfin « l’urgence d’une reprise du dialogue politique pour pouvoir tourner la page de la violence et de la division ».

Les États-Unis « appellent les leaders politiques à montrer leur attachement au processus démocratique et à l'État de droit ». Dans un communiqué, l'ambassade américaine en Côte d'Ivoire exhorte les autorités à enquêter sur tous les incidents pour que les responsables rendent des comptes : « Les griefs doivent être résolus de manière pacifique et transparente dans le cadre légal. »