Côte d’Ivoire: l'agonie de la presse papier

La Côte d’Ivoire gagne 29 places au classement RSF publié ce mardi 3 mai, se retrouvant à la 37ᵉ place. Mais sur le plan économique, la presse se porte mal. Quotidiens et hebdomadaires connaissent tous une situation catastrophique. En 10 ans, le chiffre d'affaires de la presse s’est effondré de plus de 70%. Les patrons de presse tirent la sonnette d’alarme et tentent de sauver leurs titres, notamment en regardant vers internet pour trouver un modèle économique.

De notre correspondant à Abidjan, Pierre Pinto

Avec 3 000 exemplaires par jour, Fraternité Matin, le quotidien d’État reste en tête, mais fais dix fois moins bien qu’il y a dix ans. Sur une vingtaine de quotidiens, seuls cinq vendent plus de 1 000 journaux par jour selon les chiffres de l’Autorité nationale de la presse.

Comme source de leur malheur, les patrons de presse pointent du doigt le distributeur unique, Edipresse, qui cumule des dizaines de millions d’arriérés dus aux journaux. Mais les dysfonctionnements d’Edipresse n’expliquent pas tout. Des imprimeurs qui ont augmenté de 30% leurs tarifs et qui veulent être payés cash, un marché de la publicité minuscule et la concurrence des sites gratuits y sont pour beaucoup également, en plus du désintérêt, mondialement constaté, pour la presse.

« Aujourd’hui, à part FratMat, quasiment plus aucun quotidien ne sort tous les jours. Ils se contentent d’une ou deux parutions par semaine », commente le président des patrons de presse, Lassane Zohoré. « Le numérique, c’est une opportunité. Il faut trouver le modèle économique, mais je pense qu’il y a un marché pour l’abonnement payant », ajoute le directeur général du magazine satirique Gbich !, qui a vu lui aussi ses ventes divisées par dix en 10 ans.

Internet, un horizon viable ?

L’hebdo d’investigation l’Éléphant déchainé, quant à lui, a arrêté le papier il y a trois mois après 11 ans d’existence. « D’ici fin mai, notre site, payant, sera opérationnel, promet son patron Antoine Assalé Tiémoko. On est obligé de franchir ce pas. Pour fonctionner, il nous faut 15 millions de revenus par mois. Et le papier n'en générait que 5 », ajoute celui qui rêve d’un Mediapart ivoirien.

Mais tous ne sont pas enthousiastes à passer sur internet. En particulier au sein de la presse d’opinion, des titres soutenus par les partis et les hommes politiques. « Il y aura une sélection naturelle, mais il faut qu’une majorité d'entreprises survivent à tous ces changements », espère un patron de presse.

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