"C'était comme un camp de concentration": des réfugiés ukrainiens internés dans des camps russes témoignent

·3 min de lecture
Des réfugiés ukrainiens traversent à pied la frontière avec la Hongrie, le 28 février 2022 (Photo d'illustration). - Attila KISBENEDEK © 2019 AFP
Des réfugiés ukrainiens traversent à pied la frontière avec la Hongrie, le 28 février 2022 (Photo d'illustration). - Attila KISBENEDEK © 2019 AFP

Des camps dits "de filtration". Aleksandr et Olena, tous deux originaires de Marioupol, sont parvenus à quitter la ville portuaire, assiégée par les troupes russes qui souhaitent désormais s'emparer du complexe d'Azovstal. Les deux Ukrainiens ne sont toutefois pas arrivés directement en zone libre puisqu'ils ont d'abord été conduits dans un camp de réfugiés tenus par des Russes dans une ancienne école du village de Nikolske, au nord-ouest de Marioupol.

"C'était comme un vrai camp de concentration", confie l'Ukrainien âgé de 49 ans à la chaîne britannique BBC. Olena raconte quant à elle que les personnes âgées sont obligées de dormir sans matelas ni couettes: "il n'y avait qu'une seule toilette et un seul lavabo pour des milliers de personnes [...] c'était impossible de se laver ou de se nettoyer, ça sentait extrêmement mauvais".

"Violences psychologiques"

Des officiers russes ont procédé à la prise des empreintes digitales d'Alexandr et d'Olena, les ont photographiés et interrogés pendant plusieurs heures. Les autorités russes ont également fouillé dans leurs téléphones portables, regardé leurs photos, leurs échanges téléphoniques et contacts pour tenter selon eux de trouver des liens avec des journalistes ou autorités ukrainiennes.

"Si quelqu'un était suspecté d'être "un nazi ukrainien", ils l'emmenaient à Donetsk pour continuer à l'interroger ou le tuer", affirme Aleksandr, expliquant qu'ils ont finalement pu gagner Lviv, l'une des grandes villes encore sûres du pays.

Un témoignage similaire à celui de Dimtry, recueilli par nos confrères de France info. Cet autre habitant de Marioupol a lui aussi quitté la ville avec sa famille mais a dû se rendre dans un premier temps à Mangouch, un autre camp de filtration tenu par des militaires russes.

"Ils prennent nos empreintes, vérifient nos passeports, mais surtout ils soumettent tout le monde à une pression très forte", confie-t-il au média français, évoquant "des violences psychologiques, avec des interrogatoires très longs et agressifs [...] Tout ça pour en laisser sortir une dizaine par jour seulement sur les centaines qui attendent".

Plus de 600.000 réfugiés en territoire russe

Les autorités ukrainiennes affirment que ces camps gérés par les Russes sont similaires à ceux observés durant la seconde guerre de Tchétchénie. Le nombre de réfugiés en Russie s'élevait à 605.815, au 24 avril, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Les chiffres n'ont pas été actualisés depuis. Le HCR note aussi que, entre le 18 et le 23 février, 105.000 personnes sont passées des territoires séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk (est de l'Ukraine) en Russie.

La semaine dernière, Volodymyr Zelensky a accusé sur BFMTV la Russie de détenir des Ukrainiens ayant fui dans ces "camps spéciaux".

"Toutes les personnes qui sont allées vers des territoires contrôlés par les Russes ont disparu", a déploré le président ukrainien sur notre antenne. "Vous devez savoir que toutes ces personnes ont disparu, dont plusieurs enfants qui sont allés dans cette direction. Elles se trouvent dans des camps spéciaux sur le territoire russe. C'est une grande tragédie." 876450610001_6304530320001

La Croix-Rouge accusée par l'Ukraine de "complicité" avec la Russie

Le 21 avril dernier, la chargée des droits humains auprès du Parlement ukrainien a reproché au Comité international de la Croix-Rouge de ne pas coopérer avec son pays sur le sort de réfugiés ukrainiens en Russie, le soupçonnant d'être "complice" de "déportations".

"Où se trouvent-ils? Dans des camps de filtration? Dans des foyers temporaires? On a des témoignages de gens qui ont été amenés" en Russie, a-t-elle dit, ajoutant avoir demandé à son homologue russe de lui fournir les listes des Ukrainiens réfugiés en Russie.

Le CICR a "fermement rejeté ces fausses accusations" en assurant une nouvelle fois ne pas "effectuer d'évacuations forcées" et en rappelant que l'organisation avait "facilité le passage volontaire de civils et de blessés en toute sécurité vers d'autres villes ukrainiennes".

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles