"On a cédé à une partie 'racaille' de la France": le RN vent debout contre le choix de Youssoupha pour composer l'hymne des Bleus

·6 min de lecture
Le rappeur Youssoupha en 2013 au Stade de France à Saint-Denis - PIERRE ANDRIEU © 2019 AFP
Le rappeur Youssoupha en 2013 au Stade de France à Saint-Denis - PIERRE ANDRIEU © 2019 AFP

On sait depuis mercredi, et la révélation du clip, que l'hymne officiel de l'équipe de France de football à l'Euro sera Ecris Mon Nom en Bleu, signé de l'artiste de rap Youssoupha. Mais du côté du Rassemblement national, c'est surtout à l'âme qu'on compte ses bleus ce vendredi. En cause, certaines paroles écrites par le chanteur à l'encontre notamment de Marine Le Pen et d'Eric Zemmour.

https://www.youtube.com/embed/Q-NwY--QYw0?rel=0

"Défendre les lignes et les frères d'armes/ Et si ça peut le faire ça peut faire date / Ça vient des campagnes et des quartiers / Personne va s'écarter le camp sera gardé". On chercherait en vain une quelconque aspérité dans les mots de Youssoupha pour accompagner l'équipe de France lors de l'Euro à venir. Il faut dire qu'il s'agit avant tout de fournir aux supporters la bande-son d'une épopée, à l'image de Vegedream et son Ramenez la Coupe à la Maison, désormais indissociable du titre mondial de 2018. Pourtant, le Rassemblement national ne décolère pas.

Bardella lance l'offensive

Jordan Bardella, vice-président du parti et député européen, a allumé l'une des premières mèches jeudi sur France Info: "Je pense qu'on a cédé à une partie 'racaille' de la France en choisissant ce type de propos". Il paraphrasait ici Karim Benzema, qualifié de "Français de papier" sur la même antenne par le sénateur RN Stéphane Ravier 24 heures plus tôt. Le joueur du Real Madrid avait accusé Didier Deschamps d'avoir cédé "sous la pression d'une partie raciste" du pays en ne le sélectionnant pas en 2016.

Soulignant que le choix musical opéré par la Fédération française de football le "choquait", Jordan Bardella a étayé:

"Youssoupha a des paroles extrêmement virulentes (...) notamment lorsqu'il appelle à des menaces de mort contre Eric Zemmour (...) lorsqu'il dit, 'dans ce rêve où ma semence de nègre fout en cloque cette chienne de Marine Le Pen'."

De Marine Le Pen à Eric Zemmour

Youssoupha a chanté ces dernières paroles dans le morceau Eternel Recommencement qui conclut son album À Chaque Frère sorti en 2007. Quant à la référence aux menaces concernant l'essayiste Eric Zemmour, coqueluche de certaines familles de la droite et de l'extrême droite, elle renvoie directement au titre À Force de le Dire, où l'on entend:

"A force de juger nos gueules les gens le savent qu'à la télé souvent les chroniqueurs diabolisent les banlieusards / Chaque fois que ca pète on dis que c'est nous... j'mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Eric Zemour!"

Youssoupha est revenu plus tard sur ces paroles qui lui ont valu un procès de la part du chroniqueur (condamné en première instance, le rappeur avait finalement eu gain de cause en appel). En 2011, dans Menace de Mort paru sur l'album Noir D****, il lance notamment:

"C'est vrai qu'on est trop hard, et puis notre art est de vous vexer / Pas de menaces de mort, mon rap ne sort pas de douilles, mais c'est le seul son hardcore depuis que le rock n'a plus de couilles".

Le maire d'extrême droite de Béziers, Robert Ménard, a d'ailleurs rappelé l'épisode sur Twitter. "Et maintenant, la chanson officielle des Bleus signée d'un rappeur haineux qui a appelé à l'élimination d'Éric Zemmour...", a-t-il écrit.

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

"C'est une insulte faite à toutes les femmes"

Ce vendredi, sur BFMTV, Gilbert Collard, député européen du RN, a lui-même évoqué cette passe d'armes entre Youssoupha et Eric Zemmour mais s'est surtout concentré sur l'image utilisée il y a quinze ans à l'égard de Marine Le Pen. Pour lui, cette saillie pose un problème sociétal plus large:

"C’est un rappeur de talent, je le reconnais, mais il a quand même traité Marine Le Pen de ‘chienne’. C’est une insulte faite à toutes les femmes."

Il a ensuite poursuivi son exégèse: "Et Youssoupha a quand même dénoncé des violences policières systémiques (en avril dernier, il parlait plutôt de "racisme systémique" auprès d'Europe 1, NDLR) et il a quand même chanté il n’y a pas très longtemps, avec La Fouine, ‘nique sa mère le commissaire, et son salaire de misère’".

"C’est une affaire de valeurs. J’aurais préféré très franchement que l’on ne promeuve pas, pour écrire l’hymne des Bleus, un rappeur qui a dit ces choses-là", a enchaîné Gilbert Collard. Il a perçu dans cette controverse présente l'écho de la précédente:

"Maintenant, chacun choisit son camp. Ce n’est pas le camp du Rassemblement national. On en est aujourd’hui à reprocher à Napoléon ce qu’il aurait pu dire et Youssoupha ce qu’il a pu dire il y a quelques années ou quelques mois ça n’a pas d‘importance. Il ne faut pas se moquer du monde!"

Le soutien du gouvernement... et de Marion Maréchal

La ministre déléguée chargée des Sports, Roxana Maracineanu, s'est elle aussi engagée dans le débat. Sur France Info ce vendredi, elle a d'abord concédé: "Bien sûr quand on parle d'une femme de cette manière-là je ne peux que ne pas être d'accord." Avant d'embrayer sur le terrain de la politique:

"C'est aussi pour dénoncer les propos de Marine Le Pen en termes de racisme, de haine, qu'elle répand dans la société".

Plus tard, lors d'un point-presse, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a tancé: "Je constate que certain responsables politiques ont envie de faire feu de tout bois, des polémiques sur tout. Ça en dit surtout long sur eux et leur formation politique."

Il a vu dans cette séquence une réminiscence de l'ancien leader du Front national:

"Déjà à l’Euro 1996, Jean-Marie Le Pen avait tenu des propos scandaleux, honteux sur des membres de l’équipe de France, en expliquant qu’en raison de leur couleur de peau ou de leurs origines ils n’étaient pas dignes de représenter la France."

Youssoupha peut se targuer d'un autre soutien, plus inattendu et enregistré dès 2015. Lors d'un entretien à la revue Charles, Marion Maréchal, alors députée FN à l'Assemblée nationale aux côtés de sa tante, avait glissé:

"Il y a un rappeur que j’aime bien, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit sur le fond, mais je trouve qu’il a un talent d’écriture, c’est Youssoupha".

"Vecteur de communication" ou "style ayant recours à l'exagération"?

En-dehors des affinités artistisques et des goûts des uns et des autres, l'enjeu du débat vient s'articuler autour de la question de la correspondance ou non entre l'auteur et le narrateur ou la narration de son texte. Une problématique qui agite régulièrement les tribunaux, sous des visages divers, depuis par exemple Gustave Flaubert, inquiété pour son Madame Bovary, jusqu'à Orelsan et sa chanson Sale Pute.

Gilbert Collard, avocat de formation, a considéré cette dimension de la controverse, soutenant toutefois:

"La chanson est un vecteur de communication. Le problème avec Youssoupha c’est qu’il y a une continuité idéologique".

Le 2 juillet 2012, la Cour d'appel de Paris, réfutant l'idée que les paroles de Youssoupha aient pu porter atteinte à Eric Zemmour, avait pourtant émis un avis contraire. dans son arrêt, elle définit en effet le rap comme "un style artistique permettant un recours possible à une certaine dose d'exagération".

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles