La Bulgarie dans l'incertitude face à un Parlement morcelé

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Une femme passe devant une affiche de campagne sur laquelle figure le Premier ministre bulgare Boïko Borissov à Sofia, le 4 avril 2021

Les résultats partiels des législatives bulgares ont confirmé lundi matin la victoire des conservateurs du Premier ministre Boïko Borissov, mais l'ampleur du vote protestataire, divisé entre plusieurs partis, ouvre une période d'instabilité.

Le parti Gerb de Boïko Borissov arrive en tête avec environ 25% des voix, suivi d'un nouveau parti populiste, Il y a un tel peuple (ITP), qui récolte plus de 18% des suffrages, selon ces chiffres officiels qui corroborent les estimations données la veille par les instituts de sondages.

Cette formation de l'animateur télévisé satirique Slavi Trifonov a créé la surprise en devançant largement les socialistes, qui recueillent seulement 14,9% des voix.

Le chanteur populaire de 54 ans a surfé sur le mouvement de protestations de l'été dernier contre la corruption, alors même qu'il n'a participé à aucune manifestation.

Il a fait campagne exclusivement depuis le studio de sa propre chaîne privée, séduisant "les jeunes peu politisés de 18 à 30 ans", explique l'analyste Mira Radeva. Il a également été plébiscité par les Bulgares de l'étranger qui l'ont placé en tête avec près de 30% des voix.

Le mouvement Bulgarie démocratique de la droite citadine, composé de ceux qui avaient allumé le feu des défilés antigouvernementaux, fait aussi mieux que prévu (10%).

L'autre parti contestataire, Debout! Mafia dehors (DMD, gauche), a réuni près de 5% des électeurs.

Habituel faiseur de rois, le parti de la minorité turque MDL n'arrive qu'en cinquième position (9%), pénalisé par la mauvaise réputation du député Delyan Peevski, en raison de sa fortune acquise rapidement et de ses pressions supposées sur la classe politique, le parquet et les médias.

MDL avait décidé de retirer son nom de ses listes mais cela n'a visiblement pas suffi à convaincre les électeurs de sa volonté de faire peau neuve.

Enfin, les nationalistes du VMRO, qui faisaient partie du gouvernement sortant, n'ont pas réussi à dépasser la barre de 4% pour entrer au Parlement.

"Les résultats traduisent la profonde fragmentation de la société. Aucune majorité nette ne se dégage et Gerb ne doit sa victoire qu'au souci de stabilité des électeurs", décrypte Antony Galabov, de la Nouvelle université bulgare.

Dans ces conditions, le Premier ministre de 61 ans a tendu la main dimanche soir à ses opposants, qui n'ont pour l'heure pas révélé leurs intentions, augurant de négociations difficiles.

Dans une déclaration postée sur Facebook, M. Borissov a proposé de mettre en place "jusqu'en décembre" un gouvernement composé d'experts pour "traverser la crise du Covid-19 et aller de l'avant".

L'élection présidentielle prévue en novembre permettra peut-être de dégager une tendance plus claire.

Le président Roumen Radev, qui avait soutenu les manifestants, brigue un nouveau mandat. Il avait déclaré dimanche voter "contre l'arbitraire et la corruption", affichant sa confiance dans un "retour à la normalité".

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