Bulgarie: Borissov, en tête mais affaibli, tend la main aux protestataires

Vessela SERGUEVA
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Le parti du Premier ministre conservateur Boïko Borissov est arrivé en tête des législatives dimanche en Bulgarie, mais il est contraint de composer avec un important vote protestataire quelques mois après des manifestations en série contre la corruption.

"Je vous propose la paix", a-t-il lancé à ses opposants sur le perron de son domicile. "Vous ne pouvez pas y arriver seuls (...), soyons unis", a-t-il ajouté, vantant son expérience et proposant la mise en place d'un cabinet "d'experts pour sortir de la pandémie".

Le parti Gerb, au pouvoir depuis 2009, est certes sorti vainqueur du scrutin mais il est crédité de moins de 25% des voix, ce qui lui donne droit à seulement 66 sièges sur les 240 du Parlement, selon les estimations des instituts de sondage.

Affaibli par des scandales et un mécontentement grandissant de la population, il aura du mal à former une coalition pour gouverner et doit donc convaincre ses détracteurs de le rejoindre.

Le nouveau parti populiste de l'animateur de télévision Slavi Trifonov, connu pour ses critiques véhémentes du gouvernement, a particulièrement créé la surprise en devançant les socialistes (environ 17%).

"Vous avez demandé le pouvoir", a écrit sur Facebook celui qui est aussi chanteur en remerciant ses électeurs, évoquant "un changement inévitable". Présentant des symptômes du Covid-19, il a annoncé se placer à l'isolement.

Parmi ceux qui sont descendus dans la rue l'été dernier, la formation Bulgarie démocratique (droite) a tiré son épingle du jeu (10%), tandis que Debout! Mafia dehors (gauche) devrait faire son entrée au Parlement avec 5% des voix.

- Citadins et jeunes mobilisés -

Le contexte anxiogène en pleine troisième vague de Covid-19, avec des hôpitaux pleins à craquer et des contaminations en forte hausse, avait fait craindre une forte abstention.

Mais finalement le taux de participation a dépassé les attentes en s'élevant à près de 48% d'après une estimation, même s'il reste inférieur à celui de 2017 (54%).

"Le vote a été marqué par une mobilisation des électeurs citadins et des jeunes", a commenté à la télévision Boriana Dimitrova, directrice de l'institut Alpha Research.

Des bureaux de vote avaient par ailleurs été installés dans les établissements hospitaliers et des urnes mobiles étaient apportées aux personnes placées en quarantaine.

De nombreux électeurs confiaient, tout au long de la journée, leur soif de nouveauté.

"Je fais partie de cette génération qui a assisté à la transition (du communisme vers la démocratie), et j'espère que les changements des 30 dernières années vont enfin aboutir à un résultat", expliquait Antoaneta Raponska, 50 ans.

En combinaison de travail, Krassimir Slavtchev, 43 ans, lançait le même message. "Voter et exiger de la responsabilité: c'est ce qu'il faut faire pour ne plus entendre que la Bulgarie est la plus pauvre d'Europe", assurait-il, tout en faisant la queue sous la pluie.

Pour le président Roumen Radev, qui avait soutenu les protestations antigouvernementales et dit avoir voté "contre l'arbitraire et la corruption", ce scrutin constitue "un pas vers le retour à la normalité".

- Négociations difficiles en vue -

En pointe dans les manifestations qui avaient mobilisé des milliers de Bulgares, Hristo Ivanov, dirigeant de Bulgarie démocratique, s'est félicité de voir "se dessiner une nouvelle Bulgarie".

"Boïko Borissov peut gagner grâce aux pressions administratives et financières, mais il ne sera plus ce dinosaure qu'il était" depuis une décennie, a-t-il dit, refusant d'entrer au gouvernement "à tout prix".

Refusant tout contact avec les médias depuis l'été, le Premier ministre de 61 ans, qui se veut proche du "peuple", avait mené sa campagne sur Facebook où il retransmettait au quotidien ses visites, au volant de son 4x4, aux quatre coins du pays, à la rencontre d'ouvriers et d'employeurs.

Cet ancien garde du corps et karatéka s'engage désormais dans des négociations compliquées qui pourraient prendre des semaines, voire des mois.

"Le compromis pour former un gouvernement sera très difficile et si les discussions aboutissent, ce cabinet ne durera pas plus d'un an", a estimé Ognyan Mintchev, directeur de l'institut d'études internationales à Sofia.

"Il n'y a pas eu pareille fragmentation depuis les années 1990", a-t-il souligné, parlant de "début d'un long processus de transformation".

Les résultats officiels définitifs ne seront pas connus avant jeudi.

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