Bruxelles réplique à Moscou, défend le voyage de Borrell

par Robin Emmott et Gabrielle Tétrault-Farber
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BRUXELLES RÉPLIQUE À MOSCOU, DÉFEND LE VOYAGE DE BORRELL

par Robin Emmott et Gabrielle Tétrault-Farber

BRUXELLES (Reuters) - L'Allemagne, la Pologne et la Suède ont expulsé lundi trois diplomates russes en représailles à celle de trois de leurs diplomates, une initiative qualifiée d'inamicale et injustifiée par Moscou, dans un contexte de tensions accrues entre les deux parties depuis l'emprisonnement d'Alexeï Navalny en janvier.

La Commission européenne a de son côté défendu le voyage à Moscou, vendredi, de son chef de la diplomatie, Josep Borrell, pendant lequel les autorités russes ont annoncé l'expulsion des trois diplomates allemand, suédois et polonais en réaction aux critiques de Bruxelles à propos du sort de l'opposant russe.

Dans un message publié dimanche sur son blogue, Josep Borrell a dit avoir appris l'expulsion des trois diplomates par les réseaux sociaux alors même qu'il rencontrait le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Le Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité a ajouté avoir demandé en vain à Moscou de renoncer à cette mesure.

L'ancien ministre estonien de la Défense Riho Terras, qui siège aujourd'hui au Parlement européen, a entamé une campagne visant à obtenir la démission du haut fonctionnaire espagnol.

Mais la Commission a pris sa défense lundi, disant ne pas regretter ce premier déplacement dans la capitale russe du porte-parole de la diplomatie européenne car la Russie est dans une attitude de confrontation avec l'UE - et Josep Borrell cherchait justement à l'éviter.

"Ce voyage était nécessaire", a déclaré le porte-parole de la CE Eric Mamer à Bruxelles. "On ne renonce pas à un voyage parce qu'il s'annonce difficile. Un voyage n'est pas un succès ou un échec sur la base de qui se produit à un moment particulier."

Josep Borrell doit s'adresser mardi au Parlement européen, qui a adopté en janvier une résolution réclamant l'abandon du projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Europe.

"LA RUSSIE SE DÉCONNECTE PETIT À PETIT DE L'EUROPE"

Devant la presse lundi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a assuré que les responsables russes n'étaient pas à l'origine de l'effondrement des relations entre l'UE et Moscou.

Il a ajouté que les expulsions des trois diplomates européens, accusés d'avoir participé à des rassemblements de soutien illégaux à Navalny, avaient été décidées la veille de la venue de Borrell.

La Pologne a organisé une visioconférence de deux heures avec les pays membres de l'UE lundi, auxquels se sont joints des représentants du Royaume-Uni, des Etats-Unis, du Canada et de l'Ukraine, ainsi que deux proches de Navalny, Vladimir Achourkov et Leonid Volkov, pour réfléchir à une réponse conjointe à la condamnation et à l'incarcération de l'opposant et aux expulsions des diplomates européens.

Dans son blogue, Josep Borrell écrit que ces expulsions, les vaines tentatives de les empêcher et l'interdiction qui lui a été faite de rencontrer Alexeï Navalny ont conforté son opinion selon laquelle "l'Europe et la Russie s'éloignent petit à petit l'une de l'autre".

"La Russie se déconnecte petit à petit de l'Europe et perçoit les valeurs démocratiques comme une menace existentielle", a déclaré Josep Borrell. "Il reviendra aux Etats membres de décider des prochaines étapes et, effectivement, cela pourra passer par des sanctions", a-t-il écrit.

La Russie sera au menu d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE le 22 février.

Depuis l'annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, Moscou et l'appareil dirigeant russe sont visés par une série de sanctions économiques. L'Otan accuse en outre la Russie de chercher à déstabiliser l'Occident par des opérations de désinformation.

Les Occidentaux ont toutefois besoin de la Russie pour s'approvisionner en énergies fossiles. C'est également un appui de poids dans les négociations qu'ils conduisent avec Téhéran dans le dossier du programme nucléaire iranien.

(version française Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse, édité par Jean-Michel Bélot)