"Brutalité", "mépris": l'annonce tardive du nouveau protocole scolaire cristallise les critiques

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Sur cette photo d'illustration prise le 1er septembre 2020, des enfants portant des cartables arrivent à l'école élémentaire Clément Falcucci à Toulouse, le premier jour de la rentrée scolaire sur fond de résurgence de l'épidémie de Covid-19 - Lionel BONAVENTURE © 2019 AFP
Sur cette photo d'illustration prise le 1er septembre 2020, des enfants portant des cartables arrivent à l'école élémentaire Clément Falcucci à Toulouse, le premier jour de la rentrée scolaire sur fond de résurgence de l'épidémie de Covid-19 - Lionel BONAVENTURE © 2019 AFP

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Levée de bouclier après l'annonce du nouveau protocole sanitaire dans les écoles, à la faveur de la prolifération du variant Omicron. Les nouvelles mesures, qui tablent notamment sur une multiplication du nombre de tests pour les élèves et un changement des règles d'isolement, sont critiquées tant sur le fond que sur la forme.

Il était 16h21 ce dimanche, veille de la rentrée scolaire, lorsque le nouveau protocole a été dévoilé. L'annonce a eu lieu par la voix du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, dans un entretien au Parisien, initialement réservé aux abonnés avant d'être ouvert à tout le lectorat.

Près de deux heures après la parution de l'entretien, à 18 heures, Jean-Michel Blanquer s'est fendu d'un tweet pour dévoiler le protocole, renvoyant là vers le site du ministère.

"Cette pandémie est un enfer à gérer pour l'exécutif, c'est vrai (...). Il n'y a aucune décision facile à prendre, c'est vrai (...). Mais est-on obligé d'attendre le dernier moment pour les prendre?", s'est interrogé ce lundi Matthieu Croissandeau, éditorialiste politique de BFMTV.

"Pour en savoir plus hier, il fallait se connecter sur le site du Parisien, et on trouvait une interview réservée aux abonnés. Une interview payante, ce qui est normal, ça fait vivre la presse, mais pour la communication gouvernementale, ça pose question", juge l'éditorialiste.

Chez de nombreuses personnalités politiques, ce sont particulièrement le calendrier et le canal choisi qui, outre le fond des annonces, cristallisent les réactions.

"On aurait pu anticiper"

Le gouvernement "a fait le choix de prévenir les parents la veille, les professeurs la veille, du protocole qui va être mis en place à l'école, avec une désorganisation qui va être assez massive", a tancé ce lundi la candidate LR à la présidentielle Valérie Pécresse, sur RTL.

"Je pense qu'on aurait pu anticiper, mieux préparer, faire les choses dans la sérénité parce qu'on savait ce qui allait se produire", a-t-elle ajouté.

Echo similaire du côté d'Eric Ciotti. "Je note quand même que le protocole sanitaire qu'a annoncé Jean-Michel Blanquer est arrivé aujourd'hui dans la presse. C'est quand même une forme de mépris pour les enseignants, pour les parents. On a préparé cette rentrée dans le flou le plus total", a estimé sur BFMTV ce lundi le député LR des Alpes-Maritimes.

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"Particulièrement scandaleux"

A gauche également, le format de l'annonce passe mal. Dimanche, le candidat du Parti communiste (PCF) à la présidentielle a publié un communiqué dans lequel il estimait que "sa publication dans la presse plutôt que de le construire avec le corps enseignant chargé de le mettre en oeuvre en di(sait) long sur la considération du ministre pour les professeurs".

"J'ai découvert avec effarement comme beaucoup d'enseignants, à la veille de cette rentrée, hier, en fin d'après-midi, sur un article en ligne payant, une interview du ministre de l'Education nationale précisant le protocole à respecter ce matin à partir de 8 heures, 8h30. C'est particulièrement scandaleux", a à nouveau chargé le député du Nord, ce lundi sur Europe 1.

"Méthode d'un autre temps"

"Décider seul, toujours, ne prévenir personne ni les enseignants, ni les parents, ni les maires, une méthode d'un autre temps, une méthode inefficace, une méthode à changer, vite!", a cinglé sur Twitter la candidate socialiste à la présidentielle Anne Hidalgo, appuyée par son porte-parole, Boris Vallaud.

"Un nouveau protocole sanitaire dévoilé par presse payante un dimanche après-midi pour le lundi matin? Jean-Michel Blanquer s'améliore de rentrée en rentrée depuis le début de cette épidémie", a taclé le député PS des Landes sur le même réseau social.

Si le candidat écologiste Yannick Jadot ne s'est pas exprimé lui-même sur le sujet, son porte-parolat a publié un communiqué, qu'il a relayé, dans lequel est fustigée "l'improvisation du ministre Blanquer".

"Le ministre de l'Education nationale démontre avec une certaine brutalité que le mépris et l'improvisation sont sa marque de fabrique", juge dans le texte le coordinateur national de Génération.s Benjamin Lucas, porte-parole de la campagne de Yannick Jadot.

Les critiques ne sont d'ailleurs pas que venues des rangs de l'opposition. Sur Twitter dimanche, le député La République en marche de Paris Hugues Renson a adressé ses "pensées, en cette veille de rentrée, pour les enseignants".

"Pour être bien appliquées, les mesures de lutte contre le virus supposent anticipation et concertation", ajoute également le vice-président de l'Assemblée nationale.

"Toujours rien sur mon mail pro"

Du côté du corps enseignant, la pilule aussi passe mal. Dimanche soir, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU), pointait de "graves manquements" dans la gestion de crise, et notamment les "informations données à la dernière minute".

"Je n'ai toujours rien sur mon mail pro à 20h57", a-t-elle ajouté.

Interrogé sur LCI ce lundi, Jean-Michel Blanquer a balayé d'un revers de main les critiques, assurant que la publication du protocole avait été tardive afin d'"être au plus près de la réalité". Le ministre a également justifié le délai car le gouvernement a attendu "jusqu'à vendredi l'avis du Conseil scientifique et de la Haute autorité de Santé publique".

Article original publié sur BFMTV.com

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