Briefing coronavirus à la Maison Blanche: Trump, Trump et Trump

Jerome CARTILLIER
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Le président américain Donald Trump s'exprime lors du point de presse quotidien de la cellule de crise sur le coronavirus, le 7 avril 2020

Washington (AFP) - Chiffres en cascade, digressions, attaques contre tel ou tel élu, séquence de questions/réponses cacophonique. Et Donald Trump au centre de tout.

Le point de presse quotidien de la cellule de crise sur le coronavirus suscite chaque jour un peu plus la perplexité. Voire, pour certains, l'ennui tant il s'éternise parfois sans véritable fil conducteur.

Le Wall Street Journal s'est fendu jeudi d'un éditorial au vitriol sur ce rendez-vous de fin d'après-midi devenu "un show ennuyeux" qui dégénère en "querelles stériles" avec les journalistes et contribue peu à la compréhension de la pandémie.

"Si M. Trump pense que ces sessions quotidiennes l'aideront à vaincre Joe Biden, il a tort. L'élection ne portera que sur une question: la perception du public sur la façon dont le président aura vaincu le virus et relancé l'économie".

"Ils jugeront M. Trump sur ses résultats, pas sur la façon dont il les mettra en scène".

Le milliardaire républicain a été piqué au vif.

Trois heures avant de se présenter dans la salle de presse, il a qualifié dans un tweet le quotidien économique de "Fake News", une formule qu'il réserve habituellement plutôt au New York Times, au Washington Post ou à CNN.

Simple hasard ou preuve que le "Journal" a visé juste? Il s'est cependant montré nettement plus bref qu'à l'habitude au pupitre de la salle de presse de la Maison Blanche.

Fidèle à son style, il a peint un tableau très positif de la situation aux Etats-Unis.

Il s'est félicité du nombre de tests "très sophistiqués et très précis" réalisés au Etats-Unis, qui viennent de franchir le sombre seuil des 16.000 morts liés à la pandémie.

Il a affiché un optimisme à tout crin sur la reprise économique à venir: "Nous aurons un grand rebond plutôt qu'un petit rebond". "C'est juste une intuition, mais j'ai eu de très bonnes intuitions au fil des année", a-t-il pris soin d'ajouter.

"Nous sommes en très bonne position", a-t-il martelé, avant de laisser la place au vice-président Mike Pence.

- "Vous devriez dire: Bravo!" -

Est-ce un tournant ou une exception? Les semaines à venir le diront. Les récents points de presse étaient en effet riches en digressions - loin, très loin de considérations sur la lutte contre le Covid-19 qui a fait plus de 90.000 morts à travers le monde.

Donald Trump a redoublé d'attaques contre la presse. "Vous devriez dire: "Bravo, super boulot", plutôt que d'être aussi méchante dans la façon dont vous posez votre question", a-t-il lancé à une journaliste de Fox News qui l'interrogeait sur la difficulté d'accès aux tests.

Il s'est arc-bouté sur la défense de tel ou tel traitement qu'il jugeait prometteur: "Qu'est-ce que j'en sais, moi? Je ne suis pas médecin. Mais j'ai un solide bon sens".

Il a tenté des blagues surprenantes dans le contexte en évoquant visiblement ses conquêtes féminines au milieu d'un débat sur les projections scientifiques. "Les professionnels ont fait les modèles. Je n'ai jamais rien eu à voir avec un modèle… enfin, pas ce genre de modèle."

S'il vante toujours ses audiences, l'ancien animateur de téléréalité peut cependant s'inquiéter de l'évolution récente des sondages.

Tous pointent dans la même direction: l'effet "rassemblement autour du drapeau", dont bénéficient traditionnellement les présidents américains en tant de crise grave, semble, dans son cas, s'être déjà évaporé.

Selon la moyenne établie par RealClearPolitics, son taux d'approbation était de 44,5% il y a un mois. Après un pic il y a dix jours à 47,4%, il est retombé 45,2% mercredi soir.

Face à ce "monstre diabolique" qu'est -- selon ses termes -- le Covid-19, le 45e président des Etats-Unis a choisi, comme il fait depuis le début de son mandat, à continuer à galvaniser sa base électorale, qui lui reste fidèle. Sans chercher à endosser des habits de rassembleur.