Brexit: Londres menace à demi-mot l'UE de dumping fiscal

Maureen COFFLARD
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Le ministre des Finances britannique Philip Hammond le 8 décembre 2016 à Cape Town

Londres (AFP) - Le ministre britannique de l'Economie Philip Hammond a menacé l'UE de "changer de modèle" fiscal et économique si son pays n'obtient pas un accès au marché européen couplé au contrôle de l'immigration lors des négociations du Brexit, à deux jours d'un discours clé de Theresa May.

"Nous devrions être capables de trouver un accord pour permettre, sur une base de réciprocité, l'accès à nos marchés respectifs sans l'intégration politique que l'adhésion à l'UE a impliquée", a déclaré le ministre dans une interview au journal allemand Welt am Sonntag.

Répétant que "le message du référendum est que nous devons contrôler notre politique d'immigration", il a précisé que ce contrôle devra porter, pour les ressortissants de l'UE, "sur la liberté de voyager pour venir travailler, la liberté de s'installer et la liberté de créer une entreprise".

Les 27 autres pays de l'Union européenne se sont montrés fermes depuis le résultat du référendum du 23 juin sur le futur accès au marché unique, s'opposant à ce que Londres puisse en bénéficier s'il ne respecte pas le principe de libre circulation des personnes, en particulier de la main d'oeuvre d'Europe de l'Est. Ils ont ainsi refusé de façon constante le choix par Londres d'un Brexit "à la carte".

- 'Changer de modèle économique' -

Face à cette possible fin de non recevoir européenne, Philip Hammond a prévenu que si le Royaume-Uni "n'a aucun accès au marché européen", le pays pourrait "changer de modèle économique" pour "regagner de la compétitivité".

Il a ainsi laissé entendre la possibilité de se lancer dans un dumping fiscal en baissant les impôts des entreprises basées au Royaume-Uni afin qu'elles restent compétitives malgré les droits de douanes européens.

Le gouvernement a d'ailleurs déjà annoncé vouloir réduire d'ici 2020 l'impôt sur les sociétés de 20% actuellement à 17%, ce qui en fera le plus faible de tous les pays du G20.

"La plupart d'entre nous qui avons voté pour rester (dans l'UE) aimeraient que le Royaume-Uni demeure une économie au style reconnaissable européen avec un système d'impôts de type européen, un système de régulation de type européen", a expliqué M. Hammond, qui avait fait campagne pour rester dans l'UE. "Mais vous pouvez avoir la certitude que nous ferons ce que nous avons à faire", a-t-il mis en garde.

Cette ligne dure devrait être confirmée mardi par la Première ministre Theresa May, qui doit prononcer un grand discours à Londres devant le corps diplomatique britannique et l'équipe de négociation du gouvernement dans le divorce avec l'UE.

- 'Guerre commerciale' -

Si Downing Street annonce qu'elle appellera le Royaume-Uni à s'unir et soutenir le Brexit, plaidant pour la fin des "insultes" et de la rancoeur entre les pro- et anti-Brexit, la presse britannique dominicale a annoncé qu'elle posera les jalons d'un "Brexit dur" : retrait du marché unique, de l'union douanière européenne et de la Cour européenne de justice, dans le but de reprendre le contrôle de l'immigration européenne.

Citant ces trois points, le Sunday Times a ainsi écrit que Mme May annoncera vouloir un "Brexit dur et dans les règles".

The Sun a titré sur "La triple onde de choc de May sur le Brexit", tandis que le Sunday Telegraph citait une source gouvernementale affirmant que "les gens sauront que quand elle a dit "Le Brexit signifie le Brexit", elle le pensait vraiment".

Pour le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, Theresa May s'apprête effectivement à se lancer dans "une guerre commerciale" avec l'UE si elle n'obtient pas ce qu'elle veut.

"Elle semble nous conduire en direction d'une économie au rabais sur les rives de l'Europe où nous aurons des bas niveaux d'impôts sur les sociétés et nous perdrons la moitié de notre marché d'exportation", a-t-il déclaré dans une émission politique de la BBC. "Cela me semble être une stratégie extrêmement risquée" et "une recette pour un genre de guerre commerciale avec l'Europe à l'avenir", a-t-il ajouté, jugeant que ce n'était pas "une façon très raisonnable d'aller de l'avant".