Brexit: Les négociateurs tournent leur attention vers la mer d'Irlande

par Alastair Macdonald
Les partisans du Brexit à Londres se félicitent que Bruxelles ait accepté de discuter de contrôles douaniers à distance et automatisés, y voyant le signe que Michel Barnier est disposé à faire des concessions pour sortir de l'impasse sur la question de la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord. /Photo d'archives/REUTERS/Toby Melville

par Alastair Macdonald

BRUXELLES (Reuters) - Les partisans du Brexit à Londres se félicitent que Bruxelles ait accepté de discuter de contrôles douaniers à distance et automatisés, y voyant le signe que Michel Barnier est disposé à faire des concessions pour sortir de l'impasse sur la question de la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord.

Ce qu'ils soulignent moins, c'est que le négociateur en chef de l'Union européenne parle moins des contrôles entre la République d'Irlande et la province britannique - où le gouvernement de Theresa May s'est engagé, dans un accord de principe en décembre dernier, à ne pas rétablir de frontière "physique" - que du commerce "est-ouest" entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, à travers la mer d'Irlande, où le même gouvernement britannique exclut d'établir une frontière.

Le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney s'est pourtant montré clair lundi sur le sujet: "Nous ne parlons pas de technologie pour résoudre la question de la frontière sur l'île d'Irlande", a-t-il dit à la radio-télévision irlandaise (RTE). "Savoir si la technologie peut contribuer à faciliter les échanges est-ouest, à rendre les contrôles plus simples et les dédramatiser, est une autre question."

Barnier s'est dit prêt lundi dernier à rechercher une solution au problème de la frontière irlandaise mais selon les responsables et diplomates européens, il faudra bien pour cela que Londres accepte une nouvelle frontière entre deux parties du Royaume-Uni, même si la technologie la rend aussi invisible que possible.


"SOLUTIONS TECHNIQUES"

Le fait d'orienter davantage les discussions sur les échanges est-ouest que nord-sud - sur l'île d'Irlande - a des avantages pour les Brexiters comme Boris Johnson, qui peuvent dire à leur base électorale que l'UE accepte enfin des "solutions techniques" pour éviter des contrôles frontaliers.

Mais il en a aussi pour l'UE, qui en établissant de nouveaux contrôles en mer d'Irlande se prémunit des craintes de voir Londres profiter d'un accord spécial avec Belfast pour introduire des marchandises britanniques sur le marché unique.

En vertu de la clause de sauvegarde ("backstop") figurant dans le projet d'accord sur le retrait britannique en mars 2019, l'Irlande du Nord - et non la Grande-Bretagne - restera de facto dans le marché économique européen si Londres et Bruxelles ne parviennent pas à s'entendre sur un accord commercial à la fin d'une période de transition post-Brexit en décembre 2020.

Les informations de la presse britannique déclarant que l'UE travaille sur de nouvelles idées ont soutenu lundi la livre sterling, même si à Bruxelles, on déclare qu'il n'y a rien de neuf depuis que Michel Barnier a présenté ces idées aux élus britanniques le 3 septembre.

"Ils pourraient être dispersés", a expliqué le négociateur européen à propos des contrôles de marchandises entre la province nord-irlandaise et la Grande-Bretagne. "Ils pourraient être effectués en divers endroits, à bord de navires, dans des ports en dehors de l'Irlande, en utilisant des moyens technologiques."

Les responsables européens soulignent cependant qu'aucun accord n'est encore en vue, pour des raisons notamment politiques.

Le DUP, parti nord-irlandais unioniste et partenaire de coalition indispensable à Theresa May, a rejeté lundi toute idée de "frontière technologique en mer d'Irlande". Et la Première ministre britannique aura peut-être du mal à faire des concessions avant le congrès annuel du Parti conservateur du 30 septembre au 3 octobre.


(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)