Le Brexit, un bon accord pour l’économie française ?

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Après 48 années d’union, le divorce est effectif depuis vendredi 1er janvier à minuit, heure de Paris, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Depuis ce 1er janvier 2021, les échanges commerciaux entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne ne sont plus tout à fait les mêmes.

Avant d’aborder le chapitre français, revenons d’abord sur cet accord de libre- échange entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, qui se présente comme le plus grand accord commercial au monde. Il faut savoir que les échanges commerciaux entre les Britanniques et les Européens représentent plus de 700 milliards d’euros par an et 450 millions de consommateurs. L’accord conclu prévoit qu’il n’y a ni quota ni taxe douanière, les Britanniques peuvent donc continuer à vendre leurs biens et produits comme lorsqu’ils étaient membres de l’Union européenne. Réciproquement, les Européens accèdent au marché britannique de la même façon. Cet accord est inédit, jamais l’Union européenne n’a autorisé l’accès à son marché unique à de telles conditions.

120 000 entreprises françaises commercent avec le Royaume-Uni

La Grande-Bretagne est un partenaire commercial important pour l’Europe et primordial pour la France. Avec les Britanniques, la France réalise son excédent commercial bilatéral le plus important. L’année dernière il a dépassé les 12 milliards d’euros. Près de 120 000 entreprises françaises commercent avec le Royaume-Uni. L’an passé, les exportations ont atteint 34 milliards d'euros et les importations un peu plus de 21 milliards. En cas de no deal, les gros exportateurs français l'automobile, de l’aéronautique, du spatial, du champagne ou encore de l’agroalimentaire auraient pu payer jusqu’à 25% de droit de douane.

Mais ni taxe de douane, ni quota, ne veut pas dire sans douane. De fait, avec le Brexit, c’est bel et bien le retour des douanes. Supprimées en 1993, elles sont rétablies dès le 1er janvier 2021. Dorénavant, chaque transaction s’accompagne d’une déclaration d’importation ou d’exportation. Les agents des douanes contrôlent les camions, et leurs marchandises, et s’il s’agit d’animaux ou de produits d’origine animale importés, les contrôles sanitaires et vétérinaires sont systématiques.

5 millions de camions par an passent par Calais

Pour les Britanniques, la France est la porte d’entrée incontournable vers l’Europe. Aujourd’hui, 70% des échanges commerciaux transmanche transitent par le nord de la France. Chaque année, 5 millions de camions passent par Calais et 30 millions de passagers en provenance du Royaume-Uni arrivent dans l'hexagone. Ces formalités administratives inquiètent les entreprises qui craignent un ralentissement du flux des marchandises, et redoutent un surcroit de paperasserie.

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Autre point litigieux, celui de la pêche. Il concerne tous les pêcheurs de l’Union européenne, mais dans la mesure où la France possède la plus grande façade maritime d’Europe, l’enjeu était important pour les dirigeants français. Finalement les pêcheurs européens gardent un accès aux eaux britanniques jusqu’en juin 2026. Durant cette transition, l’Union européenne devra progressivement renoncer à 25% de ses prises, c’est l’équivalent de 650 millions d’euros par an. Au-delà de cette période, le partage des eaux sera renégocié tous les ans. Un accord salué par les pêcheurs bretons, normands et des Hauts de France, qui pêchent régulièrement dans les eaux poissonneuses britanniques, car sans son accès, leur activité était menacée.

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La City exclue de l'accord

En revanche, la City, capitale financière européenne ne figure pas dans l’accord. Concernant le secteur bancaire, les négociations sont loin d’être terminées. C’est probablement la raison pour laquelle la City, qui représente 80% de l’économie britannique, en est absente.

Pourtant, dès ce 1er janvier son activité va terriblement changer. Les groupes financiers, basés au Royaume-Uni perdent leur passeport financier. Par conséquent ils ne peuvent plus vendre leurs produits financiers dans l’Union. Pour pouvoir y travailler, les banques doivent obligatoirement ouvrir une succursale en Europe. La compétition est féroce entre Paris, Dublin, Frankfort ou le Luxembourg pour accueillir tous ces salariés. 3 400 d’entre eux sont attendus en Ile de France.

Pour bon nombre de spécialistes, cet accord post-Brexit s’avère plutôt un bon accord pour la France. Selon les prévisions de la Banque de France, l’accord trouvé avant le 31 décembre pourrait avoir un impact positif de 0,2 points de PIB pour l'économie française l’an prochain. Alors qu’un no deal lui aurait fait perdre l’équivalent.