Brexit: un accord en demi-teinte pour l’Irlande et l’Écosse, une victoire pour Boris Johnson

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Les Européens et le Royaume-Uni ont conclu jeudi, après des négociations éreintantes et à la veille de Noël, un accord historique sur leurs futures relations commerciales. Cela leur permettra d'éviter le choc dévastateur d'un « no deal » pour leurs économies en fin d'année.

L'accord trouvé entre le Royaume-Uni et l'Union européenne a été salué par les chefs de l'UE. Le Premier ministre britannique a promis que son pays resterait « culturellement, émotionnellement, historiquement, stratégiquement et géopolitiquement attaché à l'Europe ».

Ce divorce à l'amiable, obtenu à l'arraché après 24 dernières heures sous haute tension, scelle près d'un demi-siècle de mariage houleux entre les deux partenaires, quatre ans et demi après le référendum de juin 2016 sur le Brexit.

Un accord salué par l’Irlande

La conclusion d'un texte de 2000 pages en à peine dix mois constitue une prouesse pour un accord de cette envergure dont la conclusion prend en général des années. Deux ans et demi avaient été nécessaires pour négocier le traité de retrait scellant le départ britannique, conclu fin 2019, qui apportait une sécurité juridique aux expatriés des deux côtés de la Manche et des garanties pour le maintien de la paix sur l'île d'Irlande.

Le Premier ministre irlandais, Micheal Martin, dont le pays aurait été en première ligne en cas d'échec, a salué l'accord de jeudi : « Il protège l'économie de l'île entière, avec aucune frontière dure » la coupant en deux, a-t-il fait valoir.

Avec ce traité commercial, l'UE offre à son ancien État membre un accès inédit sans droits de douane ni quotas à son immense marché de 450 millions de consommateurs. Mais cette ouverture sera assortie de strictes conditions : les entreprises d'outre-Manche devront respecter un certain nombre de règles évolutives au fil du temps en matière d'environnement, de droit du travail et de fiscalité pour éviter tout dumping. Des garanties existent aussi en matière d'aides d'État.

Un mécanisme permettra aux deux parties d'activer rapidement des contre-mesures, comme des droits de douane, en cas de divergences sur ces normes.

« Le Brexit arrive contre la volonté du peuple d'Écosse »

La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a quant à elle estimé jeudi qu'il était temps pour la province britannique de devenir une « nation européenne indépendante », après la conclusion d'un accord commercial post-Brexit entre le Royaume-Uni et l'Union européenne.

« Le Brexit arrive contre la volonté du peuple d'Écosse », qui a voté à 62% contre la sortie de l'UE, a tweeté Nicola Sturgeon, soulignant qu'« aucun accord ne pourra jamais compenser ce que le Brexit nous enlève ». « Il est temps de tracer notre propre avenir en tant que nation européenne indépendante », a-t-elle affirmé, alors que Londres refuse à l'Écosse un nouveau référendum sur l'indépendance.

Pour le Premier ministre gallois Mark Drakeford: « Tout accord est mieux que pas d'accord (... ), mais ceci n'est pas l'accord que nous aurions négocié. Les entreprises galloises feront face à d'importantes barrières au commerce en 2021 et nous seront prêts à les aider ».

Une victoire personnelle pour Boris Johnson

Mais pour le Premier ministre britannique, c'est bien d'un succès dont il s'agit. Les bras et les pouces levés en un geste de victoire, c’est un Boris Johnson à l’air épuisé, mais extatique qui est apparu en photo sur Twitter dans les minutes qui ont suivi l’annonce d’un deal post-Brexit.

« J’ai un petit cadeau pour ceux qui chercheraient quelque chose à lire dans la torpeur de l’après-repas de Noël », explique Boris Johnson dans une courte vidéo sur Twitter, avant de brandir pas peu fier de sa petite plaisanterie, les 500 premières pages du traité commercial signé avec l’UE : « ce sont des nouvelles réjouissantes, un accord qui apportera certitude aux entreprises, aux voyageurs et à tous les investisseurs dans notre pays à partir du 1er janvier. Vous vous souvenez de l’accord prêt à mettre au four ? », poursuit le dirigeant qui reprend ainsi son refrain de campagne électorale de l’an dernier ; cet accord de divorce entre Londres et Bruxelles n’était que « l’entrée ». Le traité de libre-échange conclu jeudi est le vrai « festin », « plein de poisson d’ailleurs », poursuit Boris Johnson en clin d’œil à l’un des principaux sujets de discorde dans les négociations.

Une mise en scène qui lui permet de présenter cet accord arraché à la dernière minute comme une victoire personnelle, explique notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix. Car non seulement il respecte sa promesse électorale d’accomplir le Brexit, mais en plus grâce à lui le pays va bénéficier d’un accès inédit au bloc européen tout en retrouvant son indépendance.

Qu’importe que son gouvernement ait fait des concessions sur la pêche ou sur les règles de la concurrence, personne n’ira vérifier le contenu exact d’un texte de 2 000 pages et quelques en pleines fêtes de Noël et surtout en pleine pandémie.

Face au spectre d’un « no deal » qui disparaît, les Britanniques vont surtout être soulagés au lieu de se demander si c’est un bon ou un mauvais accord. Le succès dans l’immédiat est donc assuré pour celui qui avait par opportunisme choisi finalement de soutenir le Brexit à la veille du référendum en 2016 et constamment sapé en sous-main par la suite l’autorité de sa prédécesseure Theresa May.

Néanmoins le Premier ministre pourra-t-il profiter à long terme de ce capital politique ? Rien n’est moins sûr alors qu’il est de plus en plus critiqué pour sa gestion chaotique de la pandémie et qu’une troisième vague menace.

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