Brûlures de cigarettes et d’acide: un homme torturé chez lui pendant deux ans par des dealers

Police (illustration) - -
Police (illustration) - -

"Les dealers n'ont plus de limite pour mettre leur drogue à l'abri", soufflent plusieurs sources policières à Nancy. Jeudi, trois jeunes mineurs ont été mis en examen et placés en détention provisoire pour des "actes de torture et de barbarie en réunion", a appris BFMTV.com de source judiciaire, confirmant une information de l'Est Républicain.

Il leur est reproché d'avoir violenté un homme de 39 ans et d'avoir squatté son appartement pendant deux ans pour y cacher leurs produits stupéfiants.

"Brûlures de cigarettes, d’acide et de gel hydroalcoolique"

Tout commence en mars 2020, quand un groupe de jeunes s'introduit de force dans l'appartement de Yannick A., dans le quartier de la Chiennerie au sud-ouest de Nancy, pour y stocker sa drogue. Effrayé, tétanisé, l'homme de 39 ans n'ose pas se rebeller face aux squatteurs menaçants.

À partir de l'été 2021, Yannick A. "subit plusieurs actes de maltraitance: des brûlures sur le corps avec des cigarettes, des brûlures avec de l’acide et du gel hydroalcoolique, des coups de poing, un jet de couteau en sa direction", énumère le procureur de la République, François Pérain, contacté par BFMTV.com.

Yannick A. est même contraint d’ingérer de l’héroïne, "ce qui a induit l’intervention des pompiers le 1er mars 2022", poursuit le magistrat. Le trentenaire semble sous l'emprise psychologique de ses agresseurs et, malgré l'escalade de violences dont il est victime, il ne peut dénoncer ces agissements à la police, par peur des représailles.

Des mineurs déjà connus de la justice

Sa sœur, Solange A. qui habite au Canada, finit par découvrir cette parenthèse infernale dans laquelle il vit depuis deux ans. Le 18 août dernier, elle l'accompagne alors au commissariat afin qu'il révèle les actes de maltraitance qu'il subit entre ces quatre murs. Difficilement, Yannick A. finit par désigner ses agresseurs qui, affirme-t-il, lui ont volé deux téléphones portables, ses clés et de l’argent.

Sur ses indications, trois jeunes hommes âgés de 16 ans sont interpellés le 22 novembre et placés en garde à vue en tant que principaux suspects dans cette affaire. L'un d'entre eux est déjà incarcéré pour d'autres faits: il a été condamné à un an de prison en juin dernier pour avoir tiré avec une arme à feu sur les videurs d'une discothèque nancéenne. Un autre est également connu de la justice pour des faits de violences. Le troisième suspect dispose quant à lui d'un casier judiciaire vierge.

Après deux jours de garde à vue au cours de laquelle ils contestent avoir violenté Yannick A., les trois suspects sont déférés devant le juge d'instruction et mis en examen des chefs "d’actes de torture et de barbarie en réunion et menaces". Devant le magistrat, ils reconnaissent finalement leur présence régulière dans l’appartement de la victime, tout en continuant de nier les violences. Ils sont actuellement en détention provisoire le temps que l'enquête se poursuive.

Des méthodes de plus en plus violentes

Selon plusieurs sources policières contactées par BFMTV.com, les méthodes liées au trafic de stupéfiants sont de plus en violentes et contraignantes pour les personnes habitant à proximité des points de deal.

"Les dealers s'installent en bas d'un immeuble pour vendre leurs produits et imposent aux habitants de ne pas verrouiller leur porte afin qu'ils puissent se réfugier dans les appartements en cas de contrôle de police", nous indique-t-on.

"Parfois, ils réquisitionnent même les appartements pour y stocker leur drogue. Et dans les cas les plus extrêmes, ils séquestrent les habitants", explique à BFMTV.com un policier de Nancy qui a enquêté sur une affaire similaire à celle concernant Yannick A.

Dans cet autre cas, les faits se sont déroulés dans le quartier Pichon. Une équipe de police intervient pour démanteler un point de deal et au fil de ses investigations, elle découvre que deux trafiquants squattent un appartement et y stockent leurs produits. Handicapé moteur, le propriétaire du logement ne peut quitter son domicile et est contraint de vivre avec le deux intrus, mineurs, qui ont élu domicile chez lui. Les faits ont duré plusieurs semaines avant que la police n'y mette fin.

Article original publié sur BFMTV.com