Brésil : une vidéo documente l’attaque d’un village yanomami par des chercheurs d’or illégaux

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Dans l'État de Roraima, au Brésil, des chercheurs d’or illégaux ont tiré lundi 10 mai en direction d’un village du peuple autochtone yanomami. Une vidéo de l’attaque, filmée par les membres de la communauté, permet de documenter ce que les Yanomami dénoncent depuis des années : l’augmentation des violences sur leur territoire, envahi par près de 20 000 orpailleurs illégaux. Alors que de nouveaux affrontements ont été enregistrés tout au long de la semaine, les organisations indigènes demandent une présence renforcée des forces de l’ordre.

Les images ont été prises lundi 10 mai dans le village de Palimiú, dans la municipalité d’Alto Alegre, dans le nord de l’État de Roraima. Elles montrent une embarcation motorisée passer rapidement devant un village situé sur les rives du fleuve Uraricoera. Des coups de feu retentissent et plusieurs personnes, dont de nombreux enfants, courent se mettre à l’abri.

Le lendemain, une équipe de la police fédérale a été envoyée à Palimiú pour enquêter sur ces affrontements et sur la possible présence de factions criminelles parmi les orpailleurs présents sur le territoire yanomami. Lors de cette intervention, un nouvel échange de tirs entre les orpailleurs et les agents de la police a été enregistré, selon le média d’investigation Amazonia Real.

"L’invasion des orpailleurs illégaux est extrêmement importante sur la terre indigène yanomami"

Depuis 2019, près de 20 000 chercheurs d’or illégaux se sont installés sur le territoire yanomami, en toute illégalité. Sur les réseaux sociaux, les associations de défense des Yanomami dénoncent régulièrement la présence de ces orpailleurs et la pollution des sols et des cours d'eau par des produits toxiques comme le mercure, utilisé pour séparer l’or de la roche. En 2020, une vaste campagne a été lancée au Brésil et à l’international pour demander leur expulsion des terres des Yanomami.

Mais à mesure que les communautés mènent des actions contre l’exploration minière illégale, les intimidations et les violences augmentent. Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Júnior Hekurari Yanomami, président du Conseil de santé indigène yanomami et ye'kuanna (Condisi-YY), assure qu’il s’agit de la troisième attaque contre Palimiú en moins d’un mois.

Selon lui, les orpailleurs s’en sont pris aux habitants de ce village qui ont réactivé en avril une "barrière sanitaire" pour empêcher les entrées sur leur territoire en période de pandémie. Ces barrières permettent également de contrôler l’arrivée des orpailleurs, et parfois de saisir leur matériel. Júnior Hekurari Yanomami explique :

Une barrière sanitaire a été mise en place par la communauté de Palimiú à un endroit stratégique. Le 24 avril, les Yanomami ont ainsi pu intercepter de l’essence et des bateaux des orpailleurs. Les orpailleurs ont eu des difficultés à passer. Or, ils ont l’habitude de traverser Palimiú pour fournir de la nourriture et du matériel à de grands sites d’orpaillage sur la terre indigène yanomami. Il y a déjà eu des échanges de tirs à Palimiú le 24 avril, que nous avions signalés aux autorités. Une deuxième attaque a eu lieu le 27 avril. Puis l’attaque la plus grave a eu lieu lundi 10 mai.

Les pouvoirs publics ont connaissance du fait que l’invasion des orpailleurs illégaux est extrêmement importante sur la terre indigène yanomami et que le phénomène progresse depuis 2019. Les menaces ont elles aussi augmenté. L’année dernière, deux jeunes sont morts, tués par les orpailleurs. En février, il y a également eu une attaque dans la région d’Uraricoera, un Yanomami a été gravement blessé.

La tension est restée vive dans les jours qui ont suivi. Dans une lettre adressée aux Nations unies, que la rédaction des Observateurs de France 24 a pu consulter, l'association Hutukara Yanomami explique avoir été informée mardi 12 mai au soir de la présence d’embarcations de chercheurs d’or à proximité du lieu de l’attaque du lundi. Le 13 mai, de nouveaux échanges de tirs ont opposé les orpailleurs à l’armée. L'association demande "la présence permanente des autorités de la région" pour garantir la sécurité des communautés, "laissés seules pour se défendre".

"Nous exigeons une intervention immédiate du gouvernement fédéral et l’envoi des forces nationales", confirme Júnior Hekurari Yanomami. Le ministère public fédéral a également demandé le déploiement des forces de l'ordre dans la communauté indigène de Palimiú pour assurer la sécurité de la population face aux risques de nouvelles attaques.

Lundi 17 mai, les deux organisations Hutukara Yanomami et Condisi-YY ont à nouveau rapporté des affrontements à Palimiú : dans la soirée du dimanche, 15 embarcations se sont approchées du village et les habitants ont été visés par des tirs et des bombes lacrymogènes.

Un bilan incertain

Júnior Hekurari Yanomami assure avoir été informé par des locaux de la mort de trois orpailleurs dans les affrontements du lundi 10 mai, les villageois ayant répliqué aux tirs avec des flèches et des fusils de chasse. La police fédérale n'a pas confirmé ce bilan.

Dans un communiqué samedi 15 mai, l’association Hutukara Yanomami rapporte la mort de deux enfants, qui se seraient certainement perdus puis noyés en prenant la fuite lors des échanges de tirs.

Le 12 mai, la police civile de Roraima a annoncé le décès d'un chercheur d'or, tué d'une balle dans la tête près d’une zone d’orpaillage illégal sur le territoire indigène yanomami, sans établir de lien avec le conflit dans le village de Palimiú.

"Nous courons le risque d'un autre massacre"

Plusieurs organisations de défense des droits des peuples indigènes au Brésil ont condamné ces violences, révélatrices du climat de tension au sein du territoire indigène yanomami. "Nous courons le risque d'un autre massacre", écrit l'Articulation des peuples indigènes du Brésil (APIB) dans une note publiée le 13 mai. Le Conseil indigène de Roraima appelle pour sa part les institutions à ne pas "rester inertes".

Au Brésil, si la législation actuelle interdit l’exploration minière au sein des territoires indigènes, le président brésilien y est favorable. En février 2020, Jair Bolsonaro a signé un projet de loi visant à ouvrir les terres indigènes à l'exploitation des ressources minérales. Le texte n’a pas encore été approuvé, mais selon les activistes, cette promesse a intensifié les ruées vers l’or.

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Malgré une décision de justice qui exige le retrait des orpailleurs présents sur les terres des Yanomami, l’exploration minière continue. D’autres territoires de l'État de Roraima sont touchés, comme la terre indigène Raposa Serra do Sol, où la présence de mineurs illégaux a été documentée en mars par des images aériennes.

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