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Brésil: un séjour de Bolsonaro à l'ambassade de Hongrie sème le trouble

Vue de l'entrée de l'ambassade de Hongrie à Brasilia, le 25 mars 2024 (EVARISTO SA)
Vue de l'entrée de l'ambassade de Hongrie à Brasilia, le 25 mars 2024 (EVARISTO SA)

Cerné par les enquêtes judiciaires, l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro a passé en février deux nuits à l'ambassade de Hongrie, à Brasilia, mais sa défense assure qu'il ne cherchait pas à s'y réfugier.

Pour le quotidien New York Times, qui a révélé lundi cet intrigant séjour, images de vidéosurveillance à l'appui, l'ex-dirigeant d'extrême droite "se cachait" pour échapper à la justice.

"Fake news", ont rétorqué ses avocats. Ils ont bien reconnu dans un communiqué que leur client avait été "hébergé deux jours" dans l'ambassade de ce "pays ami", dirigé par Viktor Orban, un autre représentant de la droite radicale.

Mais selon eux, il s'y était rendu "sur invitation" des autorités hongroises, dans le seul but de "discuter du contexte politique des deux pays".

"Toute autre interprétation (...) est de l'ordre de la fiction", ont-ils insisté.

Les images de vidéosurveillance publiées par le New York Times montrent l'ex-président entrer dans l'ambassade de Hongrie le 12 février au soir et en ressortir le 14 dans l'après-midi.

Soit quelques jours après une opération policière durant laquelle il s'est vu interdit de quitter le territoire.

Le 8 février, cette opération d'une ampleur inédite avait fait l'effet d'un séisme. Les enquêteurs ont exposé en détail leurs soupçons d'une "tentative de coup d'Etat" fomentée par Jair Bolsonaro et ses proches pour conjurer sa défaite électorale de 2022 face à son rival de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.

Convoqué lundi soir par le ministère des Affaires étrangères du Brésil pour "donner des explications sur l'hébergement de l'ex-président Jair Bolsonaro", l'ambassadeur hongrois a passé vingt minutes au siège de la diplomatie brésilienne, selon une source gouvernementale de Brasilia.

Le juge de la Cour suprême fédérale (STF), Alexandre de Moraes, en charge d'une autre affaire contre M. Bolsonaro, a pour sa part donné un "délai de 48 heures" à l'ex-président pour s'expliquer, ont indiqué à l'AFP plusieurs sources judiciaires.

- Demande de "prison préventive" -

La gauche n'a pas tardé à se saisir de cette affaire.

L'ancien dirigeant d'extrême droite avait l'intention de "fuir (...) de peur d'être jugé pour ses crimes, d'être condamné et d'être emprisonné", a accusé sur le réseau social X Gleisi Hoffmann, présidente du Parti des travailleurs (PT) de Lula.

Un député de ce parti, Lindbergh Farias, a annoncé avoir saisi le bureau du procureur général de la République pour réclamer la "prison préventive" de M. Bolsonaro.

"Ce séjour à l'ambassade suggère que l'ex-président tentait de profiter de son amitié avec un collègue leader d'extrême droite pour échapper au système judiciaire brésilien", a déclaré ce parlementaire.

Dans leur communiqué, les avocats de Jair Bolsonaro ont rappelé qu'il "est de notoriété publique que l'ex-président a une bonne relation avec le Premier ministre hongrois".

Le 8 février, M. Orban avait qualifié M. Bolsonaro de "patriote honnête" sur les réseaux sociaux, l'encourageant à "continuer à lutter".

- "Bonnes relations internationales" -

Durant un événement de son Parti libéral, l'ex-chef de l'Etat a assuré lundi qu'il "fréquentait des ambassades au Brésil" pour "discuter avec des ambassadeurs".

"J'ai de bonnes relations internationales et j'entretiens encore aujourd'hui des relations avec des chefs d'Etat (...). Ils m'appellent souvent pour me demander des informations sur ce qui se passe dans notre pays", a-t-il expliqué.

Déclaré inéligible en juin dernier pour avoir disséminé de fausses informations sur le système brésilien d'urnes électroniques, Jair Bolsonaro, 69 ans, a vu l'étau judiciaire se resserrer depuis sa défaite face à Lula.

La semaine dernière, la police fédérale a recommandé son inculpation dans une affaire de falsification de certificats de vaccination contre le Covid-19.

Il est également dans le collimateur de la justice pour le détournement présumé de cadeaux reçus de pays étrangers, dont des bijoux offerts par l'Arabie saoudite.

Malgré ces scandales, l'ancien capitaine de l'armée demeure très populaire dans son camp.

Le 25 février, peu après son séjour à l'ambassade de Hongrie, il a réalisé une démonstration de force avec une grande manifestation en son soutien à Sao Paulo qui a réuni quelque 185.000 personnes, selon une estimation de chercheurs.

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