Brésil: la lutte contre les violences policières et racistes continue en pleine pandémie

Dans le sillage des manifestations après la mort de George Floyd, les Brésiliens rappellent que leur police est la plus meurtrière au monde. Entre 2015 et 2019, 25 000 personnes ont été tuées par la police dans le pays. L'écrasante majorité des victimes sont noires, jeunes, pauvres, et de sexe masculin.

De notre correspondante à Rio de Janeiro, Sarah Cozzolino

« C’est de l’hypocrisie, la police tue des Noirs tous les jours », dénoncaient les manifestants devant le palais du gouverneur de Rio de Janeiro au début du mois de juin.

« La police brésilienne tue, et tue beaucoup, accuse Humberto Adami président de la commission de la vérité sur l’esclavage au sein de l’Ordre des avocats brésiliens. Elle tue beaucoup plus que la police américaine. Si on prend seulement la ville de Rio de Janeiro, en un mois, la police brésilienne tue plus que la police américaine en un an. Et le plus souvent, ce sont des Noirs qui sont tués. C’est incroyable comme ce qu’on appelle des "balles perdues""trouvent" en fait le corps de ces personnes. »

Itallo, Kauã, João Pedro… Jusqu’ici en 2020, six enfants ont été tués par des balles perdues à Rio. Alors que les manifestations du mouvement « Black Lives Matter » s’étendaient dans le pays au mois de juin, quatre cas de torture de la part de policiers militaires sur des hommes noirs ont été rapportés à São Paulo.

La police, « gardienne de la politique d'exclusion »

La police paulista a battu un record d’assassinats au mois d’avril, en pleine quarantaine, avec 119 morts.

Kléber Rosa est noir et enquêteur dans la police civile dans l’État de Bahia depuis 20 ans. Il fait partie du mouvement des « policiers antifascistes ». « L’institution policière est stratégique pour le maintien de la société raciste, de la façon dont cette société a été pensée par les élites pour être maintenue, explique-t-il. La police est celle qui, en dernière instance, est la gardienne de la politique d’exclusion pensée pour la population noire. La place du Noir est à la marge de la société, et c’est la police qui garantit ça. Donc être un policier noir, conscient de tout ça, c’est extrêmement choquant. »

« Plus difficile de combattre quelque chose dont on nie l'existence »

Mais le racisme structurel au Brésil se niche dans tous les aspects de la société. Humberto Adami souligne que sur les grandes chaînes nationales de télévision, ce sont des journalistes blancs qui ont présenté et commenté les événements à la suite de la mort de George Floyd.

« La façon dont les médias brésiliens traitent de ces épisodes de racisme au Brésil fait en réalité partie du racisme qui structure la société brésilienne, analyse-t-il. Puisqu’il se cache en permanence, il est nié, on dit qu’il n’existe pas. C’est beaucoup plus difficile de combattre quelque chose dont on nie l’existence en permanence. »

Mythe de la démocratie raciale

L’avocate et militante du mouvement noir Sara Branco dénonce le mythe brésilien de la démocratie raciale. Les manifestations antiracistes se sont muées en rassemblements antifascistes et contre le gouvernement. Pour elle, c’est un autre exemple de ce racisme.

« Il y a une opposition de récits au Brésil quand ils disent que le problème dans le pays, c’est le fascisme, l’autoritarisme du gouvernement, alors qu’à la base on parlait de nous, du racisme qu’on subit, pas du fascisme, insiste Sara Branco. Tout ça rend notre combat invisible. C’est une tentative de réduire au silence les Noirs qui dénoncent la violence policière, quotidienne dans le pays. »

L’avocate fait partie de la Coalition noire pour les droits qui a lancé un manifeste intitulé « Tant qu’il y aura du racisme, il n’y aura pas de démocratie ». Un texte qui rappelle que les personnes noires sont les plus vulnérables en période de pandémie, et qu’elles représentent plus de 55% de la population brésilienne.

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