Brésil: Lula attaque le bilan de Bolsonaro mais ne parle pas de sa candidature à la présidentielle

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Lors de son premier discours depuis qu'il a recouvré ses droits politiques, l'ex-président brésilien Lula a tiré à boulets rouges mercredi 10 mars sur l’actuel président Jair Bolsonaro et sa gestion de la pandémie de coronavirus. Il n’a pas dit cependant s'il serait candidat à la présidentielle de 2022.

Une parole très attendue celle de l’ancien président brésilien Lula, deux jours après qu’un juge de la Cour Suprême a annulé les condamnations contre l’icône de la gauche brésilienne pour vice de procédure. Lula s’est exprimé ce mercredi au siège historique du syndicat ABC (dont il fut le président dans les années 70) dans la banlieue de Sao Paulo, trois ans après s’y être rendu à la police fédérale pour être incarcéré dans une prison à Curitiba.

« Je sais que j’ai été victime du plus grand mensonge judiciaire dans l’histoire du Brésil. Donc s’il y a un Brésilien qui a raison de se sentir profondément blessé, c’est moi. Mais je ne ressens pas de douleurs. Parce que la souffrance du peuple brésilien, la souffrance des personnes pauvres au Brésil est infiniment plus grande que n’importe quel crime qui a été commis contre moi. La douleur que je ressens moi, ce n’est rien. Elle est beaucoup moins importante que celle ressentie par presque 270 000 de Brésiliens qui ont vu leurs proches mourir, décédés du Covid-19. Et cela sans dire au revoir, sans avoir ce moment sacré qui consiste à regarder un être aimé pour la dernière fois », a déclaré Lula.

« Pas la tête à la candidature de 2022 »

Lula qui a donc retrouvé ses droits politiques est de nouveau éligible, a ainsi profité d’une conférence de presse pour attaquer le président d’extrême droite Jair Bolsonaro. « Je voudrais que le peuple brésilien ne suive aucune des décisions imbéciles prises par le président de la République et son ministère de la Santé », a lancé Luiz Inacio Lula da Silva. « Il aurait fallu créer un comité de crise, impliquer des scientifiques, mais à la place, on a eu un président qui parlait de petite grippe et de chloroquine », a dit Lula, en allusion à l'hydroxychloroquine, médicament controversé dont Jair Bolsonaro n'a cessé de vanter les mérites, même si de nombreuses études ont montré qu'il était inefficace contre le Covid-19.

Alors qu’il est à nouveau éligible pour affronter Jair Bolsonaro à la présidentielle de 2022, l’icône de la gauche brésilienne a assuré que, pour le moment, il n'avait «pas la tête à la candidature de 2022». « Je crois que ce serait penser petit de parler de 2022 aujourd'hui. C'est le moment de parler des vaccins contre le Covid-19, du chômage », a-t-il ajouté.

Bolsonaro réplique

Attaqué de front, Jair Bolsonaro a immédiatement répliqué sur le même ton. « La critique de l’ex-président Lula n’est pas justifiée. Il entre en campagne électorale. Mais comme il n’a rien de bon à montrer, il se contente de critiquer, mentir et pratiquer la désinformation. Rien de plus. Il ne sait pas de quoi il parle. Il est à court d’argument, et je crois qu’il va continuer à déblatérer pendant un bon bout de temps ».

La droite traditionnelle craint d’être marginalisée par le choc entre Lula et Jair Bolsonaro, rapporte notre correspondant à Sao Paulo, Martin Bernard. Le gouverneur de São Paulo, Joao Doria, dénonce ainsi le péril des deux extrêmes, l’extrême droite avec Jair Bolsonaro, et l’extrême gauche, selon lui, avec Lula.

Dans le camp des modérés, en revanche, certains n’hésitent pas à montrer la différence entre les deux hommes. C’est notamment le cas de Rodrigo Maia. Sur Twitter, l’ancien président de la chambre des députés estime que Lula a une vision d’Etat, alors que Jair Bolsonaro est « un accident de l’histoire ».

Favori des sondages

Même si l'ex-président (2003-2010) n'a pas annoncé officiellement qu'il allait briguer un troisième mandat, il a fait « un discours de candidat », en « tapant fort sur Bolsonaro », explique à l'AFP l'analyste politique Creomar de Souza, du cabinet de consultants Dharma.

Au moment de son incarcération, Lula était donné favori de la présidentielle de 2018, finalement remportée par Jair Bolsonaro, député d'extrême droite. Un sondage rendu public mercredi par l'institut Real Time Big Data pour CNN Brasil a donné M. Bolsonaro en tête des intentions de vote pour le premier tour, avec 43%, talonné par Lula (39%).

Dans une autre enquête d'opinion, datant de dimanche, Lula était présenté comme le seul capable de battre le président sortant, 50% des personnes interrogées se disant prêtes à voter pour lui, contre 38% pour Bolsonaro.

(Avec AFP)