Brésil: ce que l'on sait du scandale de la viande avariée

Eugenia LOGIURATTO
1 / 2
Des inspecteurs sanitaires vont analyser de la viande saisie sur différents marchés de Rio de Janeiro, le 20 mars 2017 au Brésil

Brasilia (AFP) - Présence de bactéries de type salmonelle, usage de substances cancérigènes et d'étiquettes falsifiées pour camoufler la viande avariée: voici ce que l'on sait du vaste scandale mis au jour au Brésil, premier exportateur mondial de boeuf et de volaille

"Des fonctionnaires recevaient des pots-de-vin pour faciliter la production d'aliments avariés, en émettant des certificats sanitaires sans avoir effectué d'inspections", a indiqué la police fédérale en dévoilant vendredi ce réseau de commercialisation de viande impropre à la consommation, au terme de "la plus importante opération de son histoire".

Pour l'heure, 21 entrepôts frigorifiques sont visés par l'enquête. Trois d'entre eux ont déjà été suspendus par précaution et le ministère de l'Agriculture assure qu'il informera la population sur les produits concernés et ordonnera leur retrait des rayons s'ils ont déjà été commercialisés.

Le président Michel Temer a affirmé dimanche que "seuls six" de ces entrepôts ont réalisé des exportations au cours des 60 derniers jours.

Pour le ministre de l'Agriculture Blairo Maggi, l'alerte est exagérée car, promet-il, "99% des producteurs font les choses bien".

- Des substances cancérigènes -

Plusieurs petites entreprises du secteur frigorifique n'ont pas hésité à utiliser "des substances cancérigènes pour masquer l'aspect et l'odeur des produits avariés", a dénoncé le commissaire Mauricio Moscardi Grillo lors d'une conférence de presse à Curitiba (sud), où l'opération a été coordonnée.

Dans un entretien à TV Globo, l'inspecteur du ministère de l'Agriculture Daniel Gouveia Teixeira a indiqué qu'un entrepôt de Curitiba utilisait de l'acide sorbique, un "agent décontaminant qui se mélange avec les produits pour diminuer la contamination bactérienne et masquer les odeurs et autres caractéristiques de la viande pourrie".

Mais le ministère a souligné que les substances signalées comme "cancérigènes" sont en réalité des conservateurs qui, lorsqu'ils sont utilisés dans la limite des quantités maximales autorisées, "ne représentent pas de danger pour la santé des consommateurs".

- De fausses étiquettes -

Dans un autre entrepôt frigorifique, la police a dénoncé le changement d'étiquettes pour falsifier la validité de produits déjà périmés.

La justice a justement reproduit une conversation entre un agent et le propriétaire de l'établissement, ce dernier ne montrant "aucune surprise face au remplacement d'étiquettes de validité sur un chargement entier" de viande de porc ni "face à l'utilisation de viandes périmées depuis trois mois pour la production d'autres aliments".

- Présence de salmonelle -

Les enquêteurs ont également détecté la présence de bactéries de type salmonelle dans des produits de l'entreprise BRF qui ont été exportés.

Dans une conversation téléphonique interceptée par les autorités, un directeur du groupe évoque "la rétention de conteneurs de l'entreprise (en Italie, ndlr) avec des produits exportés vers l'Europe (...). Il affirme que dans au moins quatre d'entre eux, les autorités sanitaires auraient identifié des traces d'une variante de la bactérie connue populairement comme salmonelle", indique le rapport de la justice.

BRF s'est défendu dans un communiqué, assurant que "le type de salmonelle trouvé dans certains lots de ces quatre conteneurs est la "salmonelle Saint Paul", tolérée par la législation européenne" pour certains types de viandes. L'entreprise "n'a commis aucune irrégularité", affirme-t-elle.

- Du carton? Un 'malentendu' -

Dans cette affaire, un élément a été démenti tant par le gouvernement que par BRF: non, du carton n'a pas été mélangé avec de la viande de poulet, comme ce qui avait été interprété à partir de l'écoute d'une conversation téléphonique.

"Il n'y a aucun type de carton dans les produits de BRF. Il y a eu un grand malentendu dans l'interprétation de l'enregistrement par la police fédérale", a assuré l'entreprise, ajoutant que l'employé qui s'exprime dans cette conversation "faisait référence aux emballages du produit et non à son contenu".

Le ministre de l'Agriculture, Blairo Maggi, a lui aussi affirmé que cette information était "folle".

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages