Brésil: enquête sur des accusations de "prévarication" contre Jair Bolsonaro

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Le président brésilien Jair Bolsonaro n'en finit pas de voir sa gestion de la pandémie lui porter du tort. Vendredi, le parquet a ouvert une enquête sur des accusations portées contre lui pour avoir omis de signaler une tentative de corruption dans l'achat de vaccins.

Après la commission d'enquête du Sénat (CPI) qui auditionne depuis deux mois sur la façon dont le gouvernement Bolsonaro a géré la crise sanitaire et ses plus d'un demi-million de morts.

Après le dépôt mercredi à la Chambre des députés du Brésil d'une "super demande de destitution" pour son déni face à l'ampleur de la pandémie, son discours anticonfinement ou les retards dans l'acquisition de vaccins.

Vendredi, c'est une sombre affaire de possible corruption d'un membre du gouvernement dans l'achat de vaccins anti-Covid qui pousse le président brésilien vers de nouvelles turbulences.

"Le bureau du procureur général a informé la Cour suprême de l'ouverture d'une enquête sur les événements rapportés" par trois sénateurs qui ont accusé lundi M. Bolsonaro de "prévarication", a annoncé le parquet dans un communiqué.

Le président Bolsonaro est ainsi soupçonné d'avoir fermé les yeux sur des soupçons de corruption rapportés par un fonctionnaire du ministère de la Santé.

Témoignant devant la CPI, il dit avoir subi des "pressions atypiques" pour approuver l'importation de doses du vaccin indien Covaxin qu'il jugeait surfacturées.

"Le président de la République n'a pris aucune mesure après avoir été prévenu d'un gigantesque réseau de corruption au sein du ministère de la Santé", a déclaré le vice-président de la CPI, Randolfe Rodrigues, qui fait partie des trois sénateurs à avoir saisi la Cour suprême pour "prévarication" du chef de l'Etat, "un délit prévu par le code pénal".

Ce scandale pourrait causer des dégâts politiques considérables pour un président d'extrême droite élu en promettant d'éradiquer la corruption, et dont l'image a déjà été fortement ternie par sa gestion chaotique de la crise sanitaire.

Samedi, l'opposition a appelé à la troisième journée de mobilisation depuis fin mai pour exiger son départ.

- "Défaite" -

Cette ouverture d'enquête repose sur le témoignage la semaine dernière du fonctionnaire et de son frère député qui ont fait l'effet d'une bombe lors d'une audience devant la CPI.

Responsable des importations médicales au ministère, Luis Ricardo Miranda a vu atterrir le 18 mars sur son bureau une facture suspecte de 45 millions de dollars pour trois millions de doses du vaccin Covaxin du laboratoire indien Bharat Biotech. Aucun vaccin n'avait été livré et le Covaxin n'avait pas reçu l'homologation des autorités sanitaires.

De plus, le contrat, d'un montant total de 300 millions de dollars, ne mentionnait nulle part Madison Biotech, la firme singapourienne qui avait envoyé la facture et semblait être une société-écran.

D'autres irrégularités dans l'accord entre le Brésil et Covaxin faisant surface, le gouvernement a fini par annuler le contrat.

M. Miranda avait immédiatement fait part de ses inquiétudes à son frère, le député Luis Miranda, un partisan de Jair Bolsonaro. Ils auraient alors rencontré le président le 20 mars à Brasilia.

Selon les déclarations des frères devant la CPI, le président leur a assuré qu'il transmettrait l'affaire à la police fédérale. Ce qu'il n'a apparemment jamais fait et a amené le parquet a ouvrir cette enquête sur des accusations de prévarication.

M. Bolsonaro aurait lors de cette rencontre fait part de ses soupçons sur un potentiel responsable, Ricardo Barros, ancien ministre de la Santé, qui a fermement nié.

"C'est la première grosse bombe" révélée après deux mois d'enquête de la CPI, a estimé auprès de l'AFP Geraldo Monteiro, politologue à l'Université de Rio.

Désormais, le procureur général adjoint, Humberto Jacques de Medeiros, a demandé à la juge de la Cour suprême, Rosa Weber, l'autorisation de réclamer des éléments sur l'affaire "et la présentation éventuelle de preuves" recueillies par d'autres organes judiciaires et législatifs.

Si les preuves rassemblées sont suffisantes, le bureau du procureur demandera à la Cour suprême d'ouvrir des poursuites contre le président.

Mais la Cour suprême doit pour cela obtenir l'approbation des deux tiers de la Chambre des députés et M. Bolsonaro serait démis de ses fonctions pendant six mois, le temps qu'aboutissent les poursuites.

Mais ce scénario semble peu probable au vu du soutien que possède le président d'extrême droite à la chambre-basse qui a déjà rejeté des centaines de demande de destitution.

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