[Boxe] Mohamed Moustahsane: «Replacer l’AIBA au sein du cercle olympique»

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Mohamed Moustahsane est le patron par intérim de l’Association internationale de boxe amateur (AIBA) depuis mars 2019. Le Marocain a décidé d’être candidat à la présidence de l’AIBA, le 12 décembre 2020. Ce médecin compte bien continuer à soigner une institution décriée et suspendue par le Comité international olympique depuis juin 2019.

RFI : Mohamed Moustahsane, qu’est-ce qui vous a décidé à présenter votre candidature à la présidence de l’Association internationale de boxe amateur (AIBA), après 20 mois d’intérim ?

Mohamed Moustahsane : Eh bien, au début, je n’étais pas très chaud. Mais j’ai reçu des sollicitations venant de tous les continents, de personnes qui me demandaient de continuer ma mission et de briguer le vrai mandat en tant que président de l’AIBA.

Je devais aussi attendre le retour de ma fédération. Est-ce que le soutien allait être positif de la part du comité olympique marocain, de la part du ministère de le Jeunesse et des sports de mon pays ?

Je devais également voir quels candidats allaient se présenter. Et, après mûre réflexion, je me suis dit que j’étais en bonne position pour briguer ce mandat et mener à bon port cette organisation qui a souffert pendant les dernières années.

Avez-vous hésité jusqu’à la dernière minute avant de vous présenter ?

Pas vraiment. La dernière semaine, j’étais déjà fixé. J’attendais juste le bon moment pour l’annoncer. J’ai attendu la dernière minute pour le faire. […] Il y a parfois des batailles précoces entre les candidats, avec des accusations et des articles de presse qui ne sont pas toujours éthiquement corrects. Donc, éviter cette bataille insensée est une des raisons qui m’ont poussé à annoncer ma candidature à la dernière minute.

Avez-vous vous-même été la cible d’allégations de ce type ?

Il suffit de voir certains articles ou des emails qui émanent de certaines fédérations. Certains articles posent question : pourquoi certains médias s’acharnent sur certains candidats ?

Vous récusez donc totalement les allégations qui ont été portées contre vous ?

Sans aucun doute. Et comme je l’ai déjà dit à maintes reprises, s’il y avait la moindre molécule de fondée dans toutes ces accusations, j’aurais démissionné de toutes mes activités liées à ce sport-là.

Il y a sept candidats [1] à la présidence de l’AIBA. Comment jugez-vous cette situation ?

Moi, je suis vraiment fier de ce chiffre. C’est un indicateur, à mes yeux. Cela prouve que l’AIBA a changé. Ça prouve que, au moins, en tant que président intérimaire, j’ai pu installer une atmosphère de transparence et d’équité pour tout le monde. Durant mon intérim, on a donné la liberté à toute personne d’être candidate à ce poste. Jamais dans l’histoire de l’AIBA on n’avait vu plus de deux candidats à sa présidence. […]

Quels sont vos atouts par rapport aux six autres candidats ?

Mon expérience, je dirais. Je suis passé par plusieurs étapes avant d’arriver à cette présidence par intérim. Je suis passé de médecin de ring, à chef de délégation, à responsable des relations internationales, à membre du comité africain, à président du comité africain, à membre du comité international, à vice-président du comité international… Je connais très bien l’AIBA et je peux donc la mener à bon port.

Quels sont les grands axes de votre programme ?

L’axe principal, c’est de retrouver la reconnaissance de l’AIBA par rapport au Comité international olympique (CIO) et de replacer l’AIBA au sein du cercle olympique. C’est le point primordial.

Mais pour arriver à ce résultat-là, il faut effectuer des changements importants au sein de l’AIBA. Il faut moderniser l’organisation, moderniser le système de compétitions, rendre plus transparent le système de jugement des compétitions.

Concernant le dopage, je crois que le problème est déjà résolu car l’AIBA travaille avec l’agence ITA. Elle effectue un travail formidable, de façon très professionnelle.

L’AIBA doit travailler encore plus sur l’égalité des genres. On devrait encourager encore plus la gente féminine à s’impliquer au sein de l’AIBA.

Avec tout ça, on pourrait avoir une nouvelle organisation, avec une nouvelle vision et avec un futur florissant.

Quels pays vous soutiennent de manière claire et nette ?

Je suis confiant par rapport aux cinq continents. Je suis sûr que j’ai des supporters et que des personnes issues de tous les continents vont voter pour moi. Le soutien est global.

Un tiers des fédérations nationales africaines ne pourront pas voter lors du congrès électif du 12 décembre 2020, faute de cotisations payées à l’AIBA. Est-ce un gros handicap pour vous, de ne pas pouvoir compter sur ces 16 pays africains ?

Malheureusement, oui. Il ne faut pas cacher qu’il y a une instabilité financière et économique dans certains pays. En plus, lorsqu’il y a une instabilité politique, le sport devient secondaire par rapport à d’autres problèmes.

On a vu certaines fédérations qui ont cessé leurs activités. D’autant plus que, suite à la suspension de la reconnaissance de l’AIBA par le CIO, plusieurs fédérations nationales ont subi les conséquences de cette décision. Pas mal d’entre elles ont stoppé toutes activités, faute de moyens. […]

Pouvez-vous dresser le bilan des 20 mois passés à la tête de l’AIBA, en tant que président par intérim ?

Le bilan reste positif, je crois, malgré le fait qu’on n’ait pas pu réaliser tous les objectifs. On a pu conserver une certaine stabilité au sein de l’organisation. On a pu la restructurer partiellement. Mais, surtout, on a pu changer la mentalité et l’atmosphère au sein du Comité exécutif. […] Il y a une liberté d’expression, de discussion, de décision lors des réunions. Et il y a eu un vrai engagement de la part de tous ses membres pour aller de l’avant. Ce sont des choses qui ne se discutent pas. Si on compare l’ancienne organisation à celle de ces 20 derniers mois, il y a eu beaucoup de changements.

À l’extérieur, l’AIBA traîne encore une image négative. Est-ce une déception personnelle ?

C’est vrai. Mais on n’a pas trop bien communiqué par rapport à tous les changements mis en place. On s’est concentré sur l’activité et le travail qu’on avait à réaliser. Je reconnais qu’on n’a pas assez communiqué au sujet de tous les changements effectués. J’espère que, dans le futur, on pourra prendre conscience de tous ces changements réalisés au sein de l’AIBA par rapport à sa gouvernance et à sa transparence.

[1] Ramie Al-Masri (Allemagne), Anas Al Otaiba (Émirats arabes unis), Umar Kremlev (Russie), Suleyman Mikayilov (Azerbaidjan), Mohamed Moustahsane (Maroc), Domingo Solano (République dominicaine), Boris Van der Vorst (Pays-Bas).