"A bout de souffle", "Le Mépris", "Pierrot le fou"... Les trois films cultes de Jean-Luc Godard

Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans
Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans

"C'est vraiment dégueulasse!" Jamais la célèbre réplique d'A bout de souffle n'avait sonné aussi juste. Le réalisateur Jean-Luc Godard, figure de la Nouvelle Vague et génial inventeur de formes, est mort "paisiblement" mardi à son domicile dans la petite commune de Rolle en Suisse, a indiqué sa famille dans un communiqué.

"Le cinéaste Jean-Luc Godard est décédé le 13 septembre 2022, annoncent son épouse Anne-Marie Miéville et ses producteurs. Aucune cérémonie officielle n'aura lieu. Jean-Luc Godard est décédé paisiblement à son domicile entouré de ses proches. Il sera incinéré", indique le bref communiqué transmis à l'AFP. Il avait 91 ans.

Au cours d'une carrière longue de près de 70 ans, il a révolutionné le 7e Art avec des films comme A bout de souffle, Le Mépris et Pierrot le fou. Jusqu'au bout de sa carrière, dans les années 2010, il a continué de rester ouvert aux nouvelles technologies, signant même un film en 3D.

"JLG", qui a tourné une cinquantaine de longs-métrages depuis le début des années 1960 - auxquels s'ajoutent des dizaines de formats courts ou vidéos, était une figure à la fois familière et énigmatique, à l'image de ses films. Voici trois de ses films parmi ses plus célèbres.

"À bout de souffle" (1960)

C'est le premier long-métrage, à petit budget, de Godard. Il raconte l'itinéraire d'un voyou qui, après avoir volé une voiture et tué un policier, est traqué par la police. Il tente de convaincre sa petite amie américaine de partir en Italie.

"C'est une expérience folle, pas de spots, pas de maquillage, pas de son ! Mais c'est tellement contraire aux manières d'Hollywood que je deviens naturelle", avait résumé Jean Seberg, vedette, avec Jean-Paul Belmondo, de ce film, étendard de la Nouvelle Vague.

On trouve en germe les éléments constitutifs des films suivants de "JLG": références culturelles, musiques entêtantes, montage heurté, accents étrangers, bars, voitures, hôtels...

La déambulation du couple sur les Champs-Elysées, elle vendant le New York Herald Tribune, lui discutant, clope au bec, est entrée dans la légende. Le film connaîtra une postérité à nulle autre pareille et recevra le Prix Jean-Vigo en 1960. Godard aura lui l'Ours d'argent au Festival de Berlin la même année.

"Le Mépris" (1963)

La femme (Brigitte Bardot) d'un scénariste (Michel Piccoli) se détache de son mari et lui avoue le mépris qu'il lui inspire. C'est le sixième film de "JLG" et son plus grand succès.

Durant le tournage, "BB" est harcelée par les paparazzi. Les producteurs veulent à tout prix la dénuder à l'écran. Jean-Luc Godard cède en partie. Il ajoute au film une séquence devenue iconique, où Bardot, allongée nue sur un lit, interroge Piccoli: "Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ?".

Adapté du roman d'Alberto Moravia, le film doit beaucoup à un lyrisme rare chez Godard qui a pu compter, outre un casting d'exception (où figure le cinéaste Fritz Lang), sur la partition de Georges Delerue, la photographie en couleur de Raoul Coutard et le décor de la villa de Malaparte au bord de la mer, à Capri.

C'est sans doute l'un des films les plus intimes de Godard, alors marié à Anna Karina. Ils se sépareront en 1965.

"Pierrot le fou" (1965)

Godard filme Anna Karina pour leur sixième film ensemble. Alors que la Nouvelle Vague décline, il maîtrise mieux que jamais son art et se livre à un feu d'artifice narratif et visuel, où éclatent à chaque image les couleurs primaires: bleu, jaune, rouge. A sa sortie, le film fut interdit aux moins de 18 ans pour "anarchisme intellectuel et moral".

"Ô stupidité de la censure ! Les gens sérieux ont horreur de Godard", écrit, en cette année 1965, Françoise Giroud dans L'Express. Elle ajoute: "L'histoire du film ? Je ne sais pas. Il doit en y avoir une, mais elle n'a aucune importance. Un homme aime une femme, que voulez-vous de plus ? Il s'appelle Ferdinand. Elle l'appelle Pierrot. Ensemble, ils courent vers le soleil, vers la mer, vers la chaleur...". Vers le drame aussi.

Une des répliques, dite par Anna Karina, est restée célèbre: "Qu'est-ce que je peux faire ? Je sais pas quoi faire...". Des cinéastes comme Quentin Tarantino ou Leos Carax ont été influencés par ce film, errance placée sous le signe de Rimbaud.

Article original publié sur BFMTV.com