Les boulangers attirent tous les politiques en pleine crise de l’énergie

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JULIEN DE ROSA / AFP

POLITIQUE - C’est à celui qui en fera le plus. Depuis plusieurs jours, dans un contexte où de nombreux boulangers sont pris à la gorge en raison de l’explosion du coût de l’électricité, les responsables politiques rivalisent d’imagination pour démontrer leur attachement à ces artisans qui composent une partie de l’identité française, qui plus est depuis l’inscription de la baguette au patrimoine mondial de l’Unesco.

Dès mardi, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a publié une « Lettre ouverte aux boulangers de France » alors que le gouvernement va en faire de même. Deux jours plus tard, c’est Marine Le Pen qui en remettait une couche, via une vidéo cette fois, pendant que les députés RN multipliaient les selfies dans les boulangeries.

Toujours à l’extrême droite, Éric Zemmour et ses soutiens ont lancé (comme à leur habitude) une mobilisation sur les réseaux sociaux via le hashtag #jesoutiensmonboulanger. Détail amusant, les troupes de Reconquête ! n’ont rien trouvé d’autre pour leur visuel qu’une photo prétexte tout droit tirée d’une banque d’images… américaine. On a connu plus patriote.

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Sur le fond, cette mobilisation n’a rien d’étonnant pour les formations d’extrême droite et populistes qui, depuis Pierre Poujade, affichent de longue date leur soutien aux « petits commerçants ». D’autant que, comme dit plus haut, le pain et son créateur font partie de l’identité nationale.

« C’est la France qui se lève tôt, la France modeste et populaire »
Philippe Moreau-Chevrolet, communicant, fondateur de MCBGConseil

« Qu’y a-t-il de plus Français que le boulanger avec sa baguette, accueillant petits et grands dans sa boutique ? », s’interroge auprès du HuffPost, Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste de la communication politique. Autre intérêt pour le RN et Reconquête !, vilipender le « marché européen de l’énergie », décrits par ces derniers comme la cause du désarroi des boulangers et dont ils veulent voir la France sortir.

« C’est la ’France qui se lève tôt’, vers 3 heures du matin, c’est la France qui travaille, c’est la France traditionnelle, celle de la baguette… C’est aussi une France modeste et populaire », poursuit Philippe Moreau Chevrolet, expliquant que « les boulangers cumulent beaucoup d’attributs qui les rendent particulièrement attractifs pour les politiques ». À ce sujet, le fameux « prix de la baguette » est souvent utilisé comme référence lors de débats politiques.

La consigne de Matignon aux députés macronistes

Conscient du caractère fédérateur du pain et de l’attachement des Français à cette profession, le camp macroniste ne compte pas laisser le champ libre au RN, ni à l’opposition de gauche qui, à une autre échelle, se mobilise aussi pour les boulangers.

Selon L’Opinion, Matignon a donné comme consignes aux députés Renaissance d’occuper le terrain, ce qui offrira l’occasion à la majorité de répéter les dispositifs d’urgence mis en place par l’exécutif. Illustration ci-dessous avec le député Renaissance de l’Oise Dominique Da Sylva, photographié en circonscription en train de faire le service après-vente des aides mises en place par le gouvernement dans une boulangerie.

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Au-delà de la seule affection que provoque cette profession qui souffre considérablement, la préoccupation liée au sort des boulangers revêt également une dimension sociale. « La classe politique voit les boulangers comme les prochains gilets jaunes », explique Philippe Moreau Chevrolet, qui note que « la plupart des analystes les voient comme des grenades dégoupillées ». Raison pour laquelle, sans doute, les exécutifs locaux sont aussi mobilisés, à l’image de la région Paca qui a débloqué 3 millions d’euros pour le secteur.

Une analogie exagérée ? Pas forcément lorsque l’on se souvient que la crise de l’automne 2019 était (déjà) liée à une question énergétique et que, dans l’imaginaire collectif, le pain est associé à bien des révolutions. De quoi, effectivement, se précipiter au chevet d’une profession qui voit défiler 12 millions de consommateurs chaque jour.

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