Bosnie-Herzégovine: le combat d’Irma Baralija pour un scrutin municipal à Mostar

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Ce dimanche, des élections municipales ont lieu dans la ville divisée de Mostar, pour la première fois depuis douze ans. En raison d’un conflit politique entre les deux partis nationalistes croate et bosniaque, aucun scrutin n’était plus organisé dans cette ville de 100 000 habitants.

Depuis la fin de la guerre de Bosnie, la ville de Mostar, divisée entre Croates et Bosniaques, ne s’est jamais réunifiée, raconte notre correspondant dans les Balkans, Laurent Rouy. Il y a deux fournisseurs d’électricité, deux hôpitaux, deux universités... mais il n’y a pas deux mairies, comme l’auraient pourtant voulu les dirigeants nationalistes croates et bosniaques. En 2012, la Cour constitutionnelle avait obligé la ville à se réunifier. Le jugement était resté lettre morte.

Depuis 2012, il n’y avait plus de conseil municipal à Mostar, tandis que le dernier maire élu assurait l’intérim sans mandat. La ville souffre toujours d’une gestion calamiteuse, entre problèmes de voirie, d’eau courante, mais aussi de détournements de fonds massifs.

Le combat d’Irma Baralija

C’est finalement une habitante de Mostar qui porte le problème devant la Cour européenne des droits de l’homme. Le jugement tombe en octobre 2019. Il oblige les partis à organiser des municipales partielles. Cette habitante, c’est Irma Baralija. Elle s’est transformée en militante à plein temps. Tête de liste du parti Nasa Stranka, l’une des rares formations multiethniques dans le pays, l’enseignante de 36 ans veut en finir avec la rhétorique identitaire.

« Depuis 25 ans, les partis au pouvoir essaient de nous convaincre qu’en tant qu’individu on ne peut rien changer. Que seules les personnes qui font partie d’un groupe ethnique ou d’un des partis politiques dominants peuvent faire bouger les choses. J’ai eu du mal à me projeter au-delà de ce mythe au début. »

Forte de son succès devant la Cour européenne des droits de l’homme, Irma Baralija se présente à la mairie de Mostar. Mais sa candidature ne fait pas que des heureux, elle dérange les pouvoirs dominants.

« Ils me voient comme un danger, car je perturbe leurs principes et la façon dont ils gouvernent ce pays. En plus, je suis une femme. Et la première femme enceinte à se présenter comme candidate. Je dois accoucher le jour de l’élection en plus ! C’est totalement fou, je sais ! »

Ce dimanche, les 100 000 habitants de Mostar choisiront entre la poursuite ou la fin de la séparation ethnique et religieuse de leur ville.