Booba, enquête sur un bad boy

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L'interviewer est défi, l'approcher relève du parcours du combattant. Booba, le patron du rap français verrouille sa communication, contrôle ce qui se dit et s'écrit sur lui. Enquêter sur lui est une entreprise délicate, qui expose les journalistes à devenir la cible d'insultes et d'attaques sur les réseaux sociaux. BFMTV a rencontré ceux qui acceptent de parler, et dresse un portrait non autorisé du roi de la punchline, dans le long format intitulé Booba, enquête sur un bad boy.

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En 26 ans, 10 albums - 3 disques d’or et 7 de platine - il a posé les bases du rap français. Au moment de sa sortie en mars 2021, son 10ème et ultime disque de sa carrière est alors le plus écouté au monde sur la plateforme Spotify.

Le Duc de Boulogne, de son vrai nom Elie Yaffa, vit à Miami depuis 2007. Et met sa vie en scène sur les réseaux sociaux. Belles voitures, villa de luxe, muscles saillants... tout cela relève surtout du spectacle pour Instagram.

"Booba c'est quelqu'un qui a une vie très simple", témoigne ainsi Sébastien Lamaison, journaliste spécialisé hip hop. "C'est ce qu'il me racontait en interview: 'les gens pensent que je suis tous les week-ends sur un bateau avec des playmates, mais ce n’est pas du tout le cas'".

"Sa vie est consacrée à la musique et au sport, ses entraînements de boxe", abonde Sindanu Kasongo, responsable des programmes et antennes chez BET. Booba aime également s'afficher en papa poule, avec ses deux jeunes enfants, nés de son union avec la Vénézuélienne Patricia Vinces dont il est aujourd'hui séparé.

Papa poule

On le voit ainsi, sur son compte Instagram Lapiraterie Officiel, vernir avec application les ongles de Luna, sa fillette de 7 ans. Aux antipodes des paroles de ses chansons, de son attitude bravache, et de son tempérament de sanguin, toujours prêt à en découdre, il aime s'occuper de ses petits.

"Il a eu envie d'avoir un quotidien séparé de son activité du businessman. Il veut être ce père qui s'occupe de ses enfants. Il reprend des forces auprès d'eux", analyse le journaliste Jean Birnbaum.

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Sur les réseaux sociaux, il cultive également avec soin son image bling bling et jongle avec les références à la pop culture - comme lorsqu'il se déguise en Al Pacino dans Scarface. Il s'est ainsi créé une communauté importante et engagée. Sur Facebook, il fédère plus de 5,2 millions d'abonnés, et près de 5,7 millions le suivent sur Twitter.

"C'est un des premiers qui comprend que les réseaux sociaux changent considérablement la donne en terme d'accélération, de vitesse de transmission de l'information, mais surtout que les artistes deviennent leur propre média", analyse Jean-Philippe Denis professeur des universités en sciences de gestion.

"Une forme de revanche"

Le rappeur qui s'est forgé une image de "bad boy" issu des cités, est pourtant né à Boulogne-Billancourt et a grandi à Meudon, élevé par sa mère, dans un milieu modeste mais protégé. Son instituteur de CM2 se souvient de lui comme d'un petit garçon "d'une grande timidité".

Enfant, il souffre surtout de son métissage, comme il l'a confié à France Inter, dans l'émission Boomerang: "C'est un peu dur quand on grandit. On n'a sa place nulle part. Si on retourne en Afrique, on est ni blanc ni noir. Même dans le quartier ça peut être mal vu. On a le cul entre deux chaises".

Son premier voyage à l'âge de 10 ans au Sénégal, est pourtant un véritable choc pour lui. Sa mère l’emmène visiter l'île de Gorée, plaque tournante du trafic d’hommes, symbole de la traite des esclaves.

"T’as un flash quand tu vois la cellule vide et qu'on t'explique que c'était pour les nouveaux-nés, et que tu vois la barre au fer au sol et les menottes tu les vois les mecs, quoi, et après tu imagines tout ce qui va avec. Ils vendent les enfants des gens, la traversée les viols, les tortures", a-t-il livré dans C ce soir sur France 5.

Le personnage de pirate qu'il se crée sur les réseaux sociaux sonne aussi comme une revanche. "Le pirate, c'est celui qui part à la conquête des navires pour en prendre les trésors, rappelle Jean-Philippe Denis, qui lie cet imaginaire à celui de l'esclavage. L'idée c'est "ces trésors se sont fait sur notre dos, sur le dos de nos communautés et donc il y a une forme de revanche à aller récupérer, 'récupérer mon or j'en rêve encore' dit Booba".

"J'ai vu que j'avais un certain potentiel"

Très tôt, il découvre les Etats-Unis, à la faveur d'un échange scolaire, puis le rap, à l'âge de 17 ans, lors d'un stage de vente. Il comprend très vite qu'il est doué. "J'ai vu que j'avais un certain potentiel, que j'étais meilleur que certains de mes potes qui faisaient ça depuis longtemps", expliquait-il dans C ce soir. Dès 1996, il explose avec le groupe Lunatic, et ce titre, devenu un classique, Le Crime paie.

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Mais quelques mois après la sortie de ce titre, tout bascule. Booba agresse un chauffeur de taxi pour lui voler sa recette. Il est condamné à 4 ans de prison, pour ce braquage avec violence. Il sort au bout de 18 mois "les joues pleines de textes", comme il le chante dans Mauvais Œil. C'est le début d'une carrière très prolifique.

En 26 ans de carrière, il a écrit plus de 170 chansons. Des titres émaillés de punchlines audacieuses, évocatrices, et violentes. Violence, grossièreté et sexisme, qui sont incontournables dans le rap, émaillent les textes de Booba. Son œuvre est étudiée par les linguistes, décortiquée, analysée. Il crée une langue nouvelle, qui télescope les mots, condense les idées.

"La puissance de Booba consiste à créer des images instantanément dans dans la tête de celui ou celle qui l'écoute, et ça c'est une capacité, c'est un pouvoir de suggestion, on dirait en littérature, pouvoir de créer des images, c'est quasiment cinématographique", analyse ainsi le linguiste Julien Barret. https://www.youtube.com/embed/KpXSed8yVSI?rel=0

Mais l'artiste est également devenu un homme d'affaires, un entrepreneur qui s'est s'est constitué un patrimoine de 40 à 60 millions de dollars. Il lance la marque de vêtements Ünkut, qu'il promeut dans ses clips.

Le roi des clash

En conflit avec ses associés, Booba met fin à sa collaboration avec la marque en 2018. Mais le rappeur a su se diversifier. Il a lancé sa marque de whisky, possède des parts dans des entreprises dans le domaine du spectacle, de l'immobilier... Producteur d'autres artistes, il a aussi créé ses propres médias. En 2016, il lance ainsi sa chaîne, OKLM TV, qu'il finira par arrêter 5 ans plus tard.

Le roi des affaires et de la punchline est aussi le roi des clash. Booba s'écharpe ainsi régulièrement avec d'autres rappeurs. Après Rohff et La Fouine, c'est Kaaris, son ancien protégé qui en a fait les frais. Booba reproche à Kaaris de ne pas le soutenir face à ses détracteurs, et assez rapidement, c'est l'escalade. Le différend se règle dans un premier temps au micro.

Dans un morceau inédit chanté en direct, un freestyle, Kaaris s’en prend à son ancien mentor. La brouille va crescendo sur les réseaux sociaux, avant d'exploser un jour d'août 2018, lorsque les deux hommes croisent par hasard à l'aéroport d'Orly. La bagarre est violente et les mène tous deux en prison. Ils écopent de 18 mois avec sursis et 50.000 euros d'amende.

L'affaire prend alors une nouvelle tournure, lorsque Booba décide d'organiser un combat entre Kaaris et lui, sur un ring, en Suisse. Toujours sur les réseaux sociaux, il fait monter la pression, gère la communication de l'événement. Deux mois avant l’événement Kaaris annonce dans la presse qu’il renonce finalement à se battre. Booba ne digère pas l'affaire et continue de moquer Kaaris sur les réseaux sociaux... jusqu'à être banni d'Instagram, qui ferme son compte en décembre 2020.

A la sortie de son dernier album, Ultra, en avril 2021, Booba a annoncé que ce serait le dernier. Mais à 44 ans, est-il prêt à raccrocher?

Article original publié sur BFMTV.com

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