Les bons gestes pour prévenir les noyades d'enfants en piscines privées

Un enfant au bord d'une piscine privée en 2002 (photo d'illustration) - Denis Charlet-AFP
Un enfant au bord d'une piscine privée en 2002 (photo d'illustration) - Denis Charlet-AFP

Alors que cette année, le printemps est particulièrement estival, certains tirent la sonnette d'alarme. Car si les beaux jours sont souvent synonymes de baignades à la piscine, ces activités ne sont pas sans risques pour les plus jeunes. À l'été 2021, quelque 26% des noyades concernaient des enfants âgés de moins de 6 ans, rappelle l'enquête "noyades" de Santé publique France. C'est même la catégorie d'âge la plus touchée: 285 noyades, dont 20 suivies de décès.

En ce moi de mai, deux enfants de 3 ans ont déjà trouvé la mort en France après s'être noyés dans des bassins privés. Laurence Perouème, présidente de Sauve-qui-Veut, une association engagée pour la prévention de la noyade chez les jeunes enfants, rappellent quelques principes de sécurité qui peuvent sauver.

• Sécuriser la piscine avec une barrière

C'est un indispensable: la barrière de sécurité. "Ça paraît bête mais c'est la première chose à faire", rappelle pour BFMTV.com Laurence Perouème, dont le fils de 16 mois s'est noyé il y a plus de vingt ans dans une piscine non protégée. Elle et son association ont d'ailleurs milité pour l'adoption de la loi de 2003 qui impose d'équiper les bassins privés d'un dispositif de sécurité. "Mais la loi n'est malheureusement pas suffisamment appliquée."

Une barrière, oui, mais pas n'importe quelle barrière, met-elle en garde. Car une piscine mal protégée serait encore pire qu'une piscine non protégée, donnant un sentiment illusoire de sécurité. À privilégier, selon la présidente de Sauve-qui-Veut: les dispositifs avec un portillon qui dispose d'un verouillage automatique. Car sans ce dispositif, l'erreur humaine reste toujours possible.

"On laisse les clés dessus ou on oublie rien qu'une seule fois de fermer le portillon, et c'est trop tard. On ne laisserait jamais un enfant dans une maison ou un jardin à côté d'une falaise ou d'une autoroute sans protection, eh bien la piscine, c'est pareil." 876450610001_6297263287001

En ce qui concerne la mise en place d'une alarme qui s'active en cas de chute dans le bassin, "pourquoi pas", juge Laurence Perouème. "Mais c'est insuffisant et ça n'empêche pas la chute." Quant à la couverture de piscine ou au volet roulant automatique, si en pratique elle les juge efficaces, "ils ne répondent pas à la problématique", estime-t-elle. En Gironde, une protection rigide recouvrait la piscine dans laquelle l'enfant est accidentellement tombé au mois d'avril, mais il aurait profité d'un moment où le dôme était entrouvert. Il s'est approché de l'eau et a chuté.

"L'été, en général, la piscine reste ouverte toute la journée. C'est très bien de recouvrir le bassin le soir, mais en général, on le fait la nuit ou quand les enfants dorment déjà, pas entre deux baignades. Donc ce n'est pas très utile."

• Apprendre à nager tôt

C'est la deuxième recommandation de Laurence Perouème: que les enfants apprennent à nager le plus tôt possible. "Dès 3 ans et demi ou 4 ans, un enfant peut apprendre", insiste la présidente de l'association. Une dizaine de séances suffisent, indique-t-elle. Mais durant la pandémie, les cours de natation ont été annulés, ce qui inquiète la représentante de cette association.

"Combien d'enfants de 6 ou même 8 ans ne savent toujours pas nager!, s'inquiète-t-elle. L'essentiel, ce n'est pas qu'ils sachent plonger ou nager le crawl mais qu'ils puissent au moins savoir se mettre sur le dos et rejoindre le bord du bassin s'ils tombent accidentellement dans l'eau."

Car les noyades se produisent souvent en dehors des moments de baignages, lorsque les parents sont à la maison, en train de préparer le repas ou de s'occuper du reste de la fratrie. Dans le Nord, un garçonnet de 3 ans a ainsi échappé à la vigilance de ses grands-parents. Il s'est rendu dans le jardin des voisins, a réussi à escalader la paroi en bois de la piscine avant de tomber dans l'eau et de se noyer. Laurence Perouème insiste sur la fascination qu'exerce une piscine sur un enfant.

"Dès que les enfants sont autonomes et marchent, ils sont curieux et ont soif de découvertes sans avoir conscience du danger. On sous-estime trop souvent leur capacité exploratoire. On dit que trois minutes suffisent, mais en réalité, c'est bien moins que ça. Trois minutes, c'est la mort ou des séquelles irréversibles."

• La sensibilisation des parents

Pour Laurence Perouème, il est urgent de prendre conscience du danger que représente une piscine pour un enfant qui ne sait pas nager. "La clé, c'est la sensibilisation du plus grand nombre. Aucun parent n'est à l'abri d'un instant d'inattention, aucun parent n'est infaillible."

Elle évoque le drame vécu par l'un des membres de son association. Ce père se trouvait à la piscine d'un club privé avec son fils. Après la baignade, il a sorti l'enfant de l'eau, lui a retiré les brassards, il lui a tourné le dos pour chercher une serviette et lorsqu'il s'est retourné, c'était trop tard. L'enfant était pourtant juste à côté de lui.

"Le discours qu'on entend c'est: 'les parents n'ont qu'à surveiller leurs enfants'. Mais on ne se rend pas compte à quel point ça va vite. Il suffit d'un instant, on tourne la tête, on répond au téléphone, on quitte l'enfant des yeux quelques secondes, ou alors le père pense que l'enfant est avec la mère et la mère pense qu'il est avec le père et c'est fini. Au quotidien, il arrive que les enfants se coupent, se brûlent avec la porte du four, se blessent, c'est impossible de les surveiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais ce n'est pas grave. Le problème avec la piscine, c'est que ça ne pardonne pas."

Article original publié sur BFMTV.com

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