"Bon courage pour s'entendre": après les législatives, la Nupes va-t-elle rester unie à l'Assemblée?

Après avoir faire entrer 147 députés à l'Assemblée nationale ce dimanche, l'union de la gauche doit désormais relever le défi de sa cohésion à l'épreuve du Palais-Bourbon. Différences programmatiques, agenda personnel... Plusieurs ténors pourraient être tentés de jouer rapidement leur partition.

Après la joie, penser l'après. Si Jean-Luc Mélenchon ne sera pas à Matignon dans les prochains jours, la Nupes a bel et bien réussi son pari. La nouvelle Union populaire, écologiste et sociale qui a aggloméré les forces des communistes, des écologistes et des socialistes autour de la France insoumise parvient ce dimanche soir à faire entrer 147 députés à l'Assemblée nationale, selon notre décompte réalisé par Elabe pour BFMTV-RMC et L'Express avec SFR.

De quoi permettre à la gauche de peser au Palais-Bourbon tout en poussant potentiellement certains visages à vouloir faire entendre très rapidement leur propre musique.

"Les choses sont claires entre nous"

Sur les bancs des insoumis qui ont mené la danse de cet accord électoral, on affirme croire que l'union de la gauche tiendra. "On a pensé très tôt les modalités de notre vie à l'Assemblée nationale", assure à BFMTV.com Antoine Léaument, le communicant numérique de Jean-Luc Mélenchon, qui vient d'être élu député de l'Essonne. "On aura chacun notre groupe et on se réunira dans un intergroupe pour peser plus fort sur des projets de lois très emblématiques."

"Le fait qu'on ait acté nos désaccords dans notre accord programmatique a rendu les choses évidentes", poursuit-il. "Les choses sont claires entre nous."

Dans le document qui a entériné l'accord entre les socialistes et les insoumis, on peut par exemple y lire que "la mise en œuvre du programme partagé conduira nécessairement à des tensions, à constater des contradictions" sur les questions européennes.

Pas de quoi inquiéter non plus certaines figures socialistes de l'hémicycle.

"Nous avons voté à 74% les mêmes textes que la France insoumise de 2017 à 2022 et ce chiffre monte même à 81% pour les communistes. Je ne vois pas bien pourquoi ce serait différent cette fois-ci", avance Christine Pirès-Beaune, députée du Puy-de-Dôme qui entame son troisième mandat.

Un groupe insoumis sans Jean-Luc Mélenchon

Pas question, officiellement du moins, de s'attarder sur les divergences des différents camps qui se sont pourtant affrontés lors de la campagne présidentielle. Mais une fois les premières semaines de découverte des dizaines de nouveaux députés passées, entre batailles pour obtenir les postes-clés au sein de la commission des Finances et celle des Lois et élection des nouveaux présidents de groupe, les couteaux pourraient s'aiguiser.

"Au début, tout le monde sera d'accord parce que les députés auront vraiment d'autres chats à fouetter que de se diviser. Quand tout le monde aura pris ses marques, ce sera très différent", décrypte de son côté Rémi Lefebvre, professeur à Sciences-Po Lille et spécialiste de la gauche.

À commencer par l'atmosphère au sein de la France insoumise qui a multiplié par cinq le nombre de ses députés, mais devra rester uni sans Jean-Luc Mélenchon, qui n'a pas voulu rempiler pour un nouveau mandat de député des Bouches-du-Rhône.

"Ils vont passer d'une sorte de petite bande autour de Jean-Luc Mélenchon qui avait l'habitude de travailler ensemble à des dizaines de visages qui vont tous vouloir tirer la couverture à eux", lâche un cadre du PS, qui a soutenu plusieurs candidats dissidents.

"Je leur souhaite bon courage pour s'entendre entre eux et faire l'union au-delà de leur groupe", poursuit-il.

Les appétits renouvelés du PS et d'EELV

En forte difficulté à la sortie de la présidentielle avec un très maigre 4,63% pour Yannick Jadot et un famélique 1,74% pour Anne Hidalgo, écologistes et socialistes pourraient, eux aussi, se sentir pousser des ailes avec en ligne de mire les européennes de 2024, avant la présidentielle de 2027.

"On va avoir un peu plus d'argent, quelques élus de plus et surtout à nouveau une position centrale au sein de la gauche en pouvant expliquer que nous, gouverner, on sait faire", veut croire un collaborateur de député socialiste. "On a un tremplin fabuleux pour ressortir la tête de l'eau et pouvoir se reconstruire sereinement."

Du côté des écologistes, qui vont pouvoir bénéficier d'un groupe pour la seconde fois seulement dans toute l'histoire de la Ve République, l'arrivée de 21 députés, très loin des 16 élus sous le quinquennat de François Hollande, peut aussi donner des idées.

"On est très content, c'est certain. On a bien prévu de se servir de ce nouvel espace politique pour cranter", sourit une membre de la campagne présidentielle de Yannick Jadot.

Comprendre: certaines figures bien identifiées à gauche comme Julien Bayou, le numéro 1 du parti écologiste, ou Boris Vallaud, jusqu'ici porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, pourraient vouloir tenter leurs chances en 2027.

Des accords électoraux jusqu'ici difficiles à tenir

Autre crainte qui alimenterait la division au sein de la Nupes: celle d'une tentation hégémonique de la France insoumise qui écraserait les autres groupes de gauche et tenterait d'imposer son agenda.

"On a eu des négociations très tendues avec la France insoumise", lâche, remonté, un député communiste. "Je vous rappelle qu'au début, c'est Fabien Roussel qui a demandé publiquement à ce que Jean-Luc Mélenchon le rappelle."

"C'est ça leur mode de fonctionnement: vouloir qu'on les supplie puis dire d'accord à des négociations qu'on aborde, nous, forcément en position de faiblesse", poursuit-il. "Un fonctionnement comme ça à l'Assemblée, non merci."

De quoi faire dire à Rémi Lefebvre, professeur à Sciences-Po Lille et spécialiste de la gauche que "les accords électoraux ne tiennent jamais très longtemps à gauche". Il cite en guise d'exemple la gauche plurielle.

Après leur victoire commune aux législatives de 1997, les socialistes, les communistes, les écologistes, le parti radical de gauche et le mouvement de Jean-Pierre Chevènement partent en ordre dispersé à la présidentielle cinq ans plus tard, avec 8 candidats sur la ligne de départ. On connaît la suite: Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour.

"On n'a rien compris si on se divise"

"C'est vrai que la tentation hégémonique existe à gauche dans tous les partis, elle est naturelle et extrêment dommageable", reconnaît Benjamin Lucas, fraîchement élu député des Yvelines et passé par le Parti socialiste et Générations, avant d'être porte-parole de la campagne de Yannick Jadot.

"Mais on sort d'une campagne où on a tous mis de côté nos divergences pour faire campagne ensemble", tempère-t-il . "C'est un outil très puissant qui change les logiciels de chaque parti." Et de citer sa campagne de terrain lors de laquelle des anciens adversaires ont milité, tracté, monté des réunions ensemble pour parvenir à gagner.

Antoine Léaument partage son point de vue.

"On a pris goût à la victoire ce dimanche soir et on ne pourra plus l'oublier. On a pris un engagement devant l'ensemble de la société en se mettant d'accord. On n'a rien compris aux défis de la justice sociale et climatique si on se divise après", affirme encore ce proche de Jean-Luc Mélenchon.

Rendez-vous dans quelques mois pour voir si l'explication de texte tient.

Article original publié sur BFMTV.com

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