"Bon élève", "ambitieux", la "surprenante" audition de Salah Abdeslam au procès du 13-Novembre

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Salah Abdeslam répond aux questions de la cour d'assises spéciale qui juge les attentats du 13-Novembre, le 2 novembre 2021. - Benoit Peyrucq
Salah Abdeslam répond aux questions de la cour d'assises spéciale qui juge les attentats du 13-Novembre, le 2 novembre 2021. - Benoit Peyrucq

Pendant près de deux heures, Salah Abdeslam a été interrogé par la cour d'assises spéciale sur son enfance, son parcours scolaire, lui qui était "bon élève", qui "aimait travailler" et qui a été "élevé à l'européenne".

"Si on peut résumer, vous avez eu une enfance normale, vous n'êtes pas un voyou, vous avez eu quelques écarts mais très occasionnels, la seule chose qu'il pourrait vous être reproché c'est de conduire un peu vite." À l'instar de Me Gérard Chemla, avocat de parties civiles, la cour d'assises spéciale a assisté pendant deux heures à l'interrogatoire d'un Salah Abdeslam, loin de la posture qu'il a affiché pendant les huit premières semaines de son procès pour les attentats du 13-Novembre.

Cheveux ras, barbe drue, Salah Abdeslam s'est levé dans le box des accusés, les mains croisées devant lui la plupart du temps, pour évoquer son enfance, son parcours scolaire, professionnel puis ses condamnations judiciaires, "deux événements anecdotiques dans un million de pages", comme les a définies son avocate Me Olivia Ronen. 

"J'étais quelqu'un de calme"

Dès sa première prise de parole, le seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre surprend la cour. Là où il avait refusé de parler de ses parents au premier jour du procès indiquant que "le nom de [mon] père et [ma] mère n'ont rien à voir dans cette histoire", Salah Abdeslam, d'une voix calme teintée d'un accent belge pour ce Français de nationalité, raconte ses premières années de sa vie. La cour retiendra "une enfance très simple" pour "le quatrième d'une fratrie de cinq" dans laquelle régnait "une bonne ambiance".

"J'étais quelqu'un de calme, de gentil, obéissant avec mes parents", se souvient Salah Abdeslam.

Que retenir de sa scolarité? Salah Abdeslam était un "bon élève" comme il se décrit lui-même. Il a étudié jusqu'à l'âge de 18 ans, obtenu l'équivalent d'un baccalauréat français en "électro-mécanique" puis est rentré dans la société où travaillait son père comme chaffeur de tramway. Toujours très calme, précisant les choses, l'homme aujourd'hui âgé de 32 ans énumère les différentes professions qu'il a ensuite exercées: "Magasinier, électricien, technicien de surface, une formation de taximan, je voulais faire ça, mais entre temps j'ai trouvé un emploi et j'ai arrêté."

"J'étais ambitieux, je voulais faire plein de chose, explique-t-il. Ce que je voulais faire c'était m'investir dans le domaine du commerce."

"On m'a pas éduqué comme ça"

Le seul sujet qu'il refuse d'aborder, c'est celui de ses relations intimes. "C'est un petit peu personnel", dit-il au président de la cour. Salah Adeslam avait toutefois des projets de mariage, pour cela il était "obligé de trouver un emploi". C'était avant 2011 et sa première incarcération pendant cinq semaines dans le cadre d'une tentative de cambriolage. Le premier accroc à un CV quasi parfait. Lui assure être sorti "avec des amis pour boire un verre et je me suis retrouvé là-dedans". Il a ensuite été licencié et a enchainé les période de chômage et d'intérim, faisant "le yoyo".

"C'était une erreur, une mauvaise fin de soirée, on m'a pas éduqué comme ça, je n'ai jamais volé quoi que se soit, je ne faisais pas les cambriolages, ça non", se défend encore aujourd'hui Salah Abdeslam. 

La cour a dû jongler pendant presque deux heures avec la délicate règle établie par le président, à savoir que cet examen de personnalité ne devait pas aborder l'aspect religieux et la radicalisation. Là encore, Salah Abdeslam a respecté la consigne, n'évoquant pas son engagement comme "combattant de l'Etat islamique" qu'il avait tenu à rappeler aux premiers jours du procès. Interrogé sur son éducation, il évoque une éducation "à l'européenne", à "l'occidentale".

"Il y avait quand même la culture musulmane, qu'il n'y a qu'un seul dieu, que Mohamed est son prophète. Je peux pas dire que j'ai été éduqué qu'à l'européenne, c'était un peu des deux."

Bars, discothèques, casinos

Qu'est-ce qu'une vie "à l'occidentale"? "C'est vivre comme un libertin, vivre sans se soucier de dieu, faire ce qu'on a envie, manger ce qu'on a envie, boire ce qu'on a envie, faire ce qu'on veut", répond l'accusé. Bars, discothèques, voyages et même casinos, Salah Abdeslam consommait de l'alcool, fumait des cigarettes, parfois du cannabis. "Ouais, avant oui. J'étais comme ça. Je suis né en Belgique, j'ai été à l'école publique, je vivais comme on m'avait appris à vivre ici en Occident", insiste-t-il, confiant qu'il n'était "pas vraiment un danseur".

Évoquant sa vie d'avant, il dit seulement que "ces idées-là je les avais comme tout le monde, ce projet-là je l'ai abandonné quand je me suis investi pour faire autre chose, c'est-à-dire les affaires qu'on me repproche aujourd'hui". Une attitude en parfaite rupture avec l'accusé mutique ou "haïssable" des premières semaines. Pourquoi Salah Abdeslam a-t-il basculé dans la radicalisation? Cet aspect sera abordé par la cour d'assises spéciale au mois de janvier.  

"Il nous a surpris, reconnait Me Catherine Szwarc, avocate de parties civiles. Il s'est présenté comme quelqu'un de sympathique, qui a eu une bonne éducation." Pour Me Antoine Casubolo, les cinq dernières semaines de procès où les victimes et proches de victimes se sont succédés pour témoigner, ont eu un effet. "Ce qui est sûr, c'est que les horreurs qu'il a entendu l'ont affecté, estime-t-il. Il a peut-être compris que la stratégie du combattant n'est pas celle qu'il devait adopter. Maintenant, soit il adopte une défense de rupture, soit il dit 'je suis accusé, je vais m'expliquer'."

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Procès du 13 novembre : Salah Abdeslam à la barre

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