Bolsonaro affirme que les sondages "mentent" à moins d'un mois de la présidentielle

Les sondages sont "mensongers", a lancé mercredi le président brésilien Jair Bolsonaro, donné battu à la présidentielle par l'ex-chef d'État de gauche Lula, lors d'un discours enflammé devant des dizaines de milliers de sympathisants réunis à Brasilia pour le bicentenaire de l'indépendance.

À l'occasion du bicentenaire de l'indépendance de son pays, le président brésilien Jair Bolsonaro, donné battu à la présidentielle par son rival Lula, a déclaré mercredi 7 septembre que les sondages sont "mensongers".

"Ici ce n'est pas la mensongère Datafolha, ici règne la vérité", a-t-il affirmé au sujet de l'institut de référence qui lui accorde seulement 32 % des intentions de vote, loin derrière l'ancien chef de l'État Luiz Inacio Lula da Silva, à 45 %, au premier tour le 2 octobre.

"Ils veulent retourner sur la scène du crime", a ajouté le président au sujet du Parti des travailleurs (PT) de Lula qui a gouverné le Brésil durant 14 ans. Ils ne reviendront pas !", a-t-il assuré, tandis que la foule scandait : "Lula, voleur !".

"200 ans d'indépendance aujourd'hui. Le 7-Septembre devrait être un jour d'amour et d'union au Brésil. Malheureusement, ce n'est pas ce qui se passe", a tweeté de son côté Lula.

Une démonstration de force

Jair Bolsonaro entend faire de la commémoration du bicentenaire une démonstration de force, à moins de quatre semaines du scrutin le plus polarisé de l'Histoire récente du Brésil. "Jamais je n'ai vu une mer aussi grande avec ses couleurs vert et jaune", celles du drapeau national, a-t-il lancé devant la foule qui emplissait la gigantesque Esplanade des ministères de la capitale.

En revanche, ni les présidents de la Cour suprême, du Sénat ou de la Chambre des députés n'étaient présents, contrairement à la tradition. "Venez dans les rues, il est encore temps, vêtus de vert et de jaune", les couleurs nationales, avait lancé Bolosonaro aux Brésiliens, lors d'un entretien à TV Brasil avant le défilé militaire qui a inauguré les célébrations.

Cette journée s'est déroulée sous tension, l'opposition accusant Bolsonaro de vouloir "usurper" la fête nationale à des fins électorales. L'an dernier, le 7-Septembre avait été marqué par des mots d'ordre putschistes dans les cortèges pro-Bolsonaro. Le chef de l'État avait attaqué les institutions et juré que "seul Dieu" pourrait le chasser du pouvoir.

Des milliers de fervents partisans

Le défilé militaire, annulé en 2020 et en 2021 en raison du Covid-19, a été entouré d'un dispositif de sécurité exceptionnel.

Le coup d'envoi des célébrations a été donné dans la capitale Brasilia. Puis à Rio de Janeiro, le long de la plage de Copacabana, a eu lieu une parade de jet-skis, des sauts de parachutistes et un défilé aérien.

"Je ne suis pas très poli, je dis des gros mots, mais je ne suis pas un voleur", a lancé le président, d'une tribune louée par des églises évangéliques, dans une allusion transparente aux accusations contre Lula.

Il a rappelé les valeurs ultra-conservatrices de son gouvernement qui "n'a pas l'intention de légaliser l'avortement", ni la drogue, ni "de promouvoir l'idéologie de genre" mais respecte la Constitution.

Jair Bolsonaro a opté pour un ton relativement modéré, défendant son bilan et se gardant d'attaquer les institutions, notamment la Cour suprême, qu'il a souvent violemment mise en cause.

"Il va gagner"

Mais dans l'immense foule de ses sympathisants, certains le faisaient à sa place. Suely Ferreira, 64 ans, arborait une bannière appelant Bolsonaro à "mettre en action les forces armées pour destituer les juges de la Cour suprême". "Une dictature en toge (qui) ruine le pays", selon elle. "Il va gagner, ce n'est pas possible autrement", dit-elle à l'AFP.

Le chef de l'Etat a insisté pour que cette année, les soldats défilent à Rio, son fief électoral, à l'endroit habituel des manifestations bolsonaristes.

L'avenue de Copacabana étant bien moins large que celle du centre où se déroule habituellement le défilé, des commentateurs ont relevé que l'effet de foule, capté par les caméras de télévision, était plus impressionnant.

À Sao Paulo, une marée humaine de vert et de jaune a également envahi la très longue avenue Paulista, tandis que des défilés bolsonaristes ont eu lieu dans des dizaines d'autres villes du Brésil.

Avec AFP