Bolivie: la victoire de Luis Arce suscite des craintes chez une partie de la population

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Avec plus de 84 % des votes dépouillés, les résultats officiels partiels semblent confirmer la victoire claire du MAS, le Mouvement vers le socialisme de l'ancien président Evo Morales, exilé en Argentine. Son héritier politique, Luis Arce, a remporté la présidentielle au premier tour avec plus de 53 % des voix, devançant l'ancien président centriste Carlos Mesa (29 %) et le candidat ultra-conservateur Luis Fernando Camacho (14 %). Avec le retour du parti MAS, certains membres de la société civile s'inquiètent de possibles politiques de représailles après le soulèvement populaire qui a poussé l'ancien président à l'exil il y a un an.

Manuel Alvarez est membre du Conade, le Comité national de défense de la démocratie, l'organisation a mené le soulèvement de l'année dernière contre Evo Morales. « L'année dernière, ils ont mis le feu à la maison de Waldo Albarracin, le dirigeant du Conade, et justement aujourd'hui ils ont libéré l'homme qui avait reconnu avoir brûlé cette maison, dénonce-t-il à notre envoyée spéciale Oriane Verdier. C'est un homme du MAS. Ils envoient un message à la population, comme quoi ici il y aura une certaine impunité. Cela pourrait générer de la violence. »

« Cartel du mensonge »

Autre cible possible : les journalistes critiques. Sous le gouvernement d'Evo Morales, plusieurs ont été poursuivis en justice et ont souffert de campagnes de discrédit. Raul Peñaranda, fondateur du quotidien Pagina Siete, a vécu ces attaques à répétition. « À un moment, l'ancien ministre de la présidence Juan Ramon Quintana a présenté un rapport sur ce qu'ils ont appelé "le Cartel du mensonge", explique-t-il à RFI. Ils ont publié nos photos. Le gouvernement a aussi financé un documentaire sur ce "Cartel du mensonge" retransmis gratuitement dans des salles de cinéma. Nous avions peur de sortir dans la rue, peur que quelqu'un nous reconnaisse, ça pouvait être dangereux. J'espère que le nouveau gouvernement d'Arce sera différent. De toute façon, il sera plus faible. Les 47 % des votes pour d'autre factions politiques sont aussi en réalité des votes contre le MAS. » Entre la crise économique, un retour possible de la censure et leurs espoirs de changement déçus, certains journalistes commencent déjà à envisager de quitter le pays.

Après l'arrivée au pouvoir de Jeanine Añez, des journalistes avaient également été pris à partie par le nouveau gouvernement et accusés de sédition. Certains avaient du quitter la Bolivie.

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Manifestation contre la victoire d'Arce

Plusieurs centaines de personnes mécontentes de la victoire du candidat de gauche Luis Arce à l'élection présidentielle bolivienne ont manifesté ce mardi à Santa Cruz, dans l'est de la Bolivie.

Candidat du MAS, le parti de l'ancien président Evo Morales, Luis Arce a remporté ce dimanche dès le premier tour l'élection présidentielle, battant largement son principal adversaire, l'ex-président centriste Carlos Mesa. Ce dernier a reconnu sa défaite, et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a salué des « élections pacifiques », appelant tous les responsables politiques boliviens à travailler pour la « réconciliation nationale ».

Camacho doute des résultats

Le triomphe de Luis Arce a surpris nombre de Boliviens car les sondages prévoyaient un second tour entre lui et Carlos Mesa. Luis Fernando Camacho, surnommé le « Bolsonaro bolivien », a pour sa part exprimé des doutes sur le résultat. « Nous vivons des moments d'incertitude créés par une très mauvaise administration du processus électoral », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.

Le candidat de la droite avait été l'un des leaders de la campagne massive de protestation qui avait abouti en 2019 à la démission d'Evo Morales. Le président socialiste venait d'être déclaré vainqueur de l'élection présidentielle où il s'était présenté pour obtenir un quatrième mandat. Mais l'opposition considérait que l'élection était marquée par des fraudes.

Des troubles avaient alors fait plus de 30 morts et 800 blessés, selon l'ONU. Finalement, Evo Morales, lâché par la police et par l'armée, avait démissionné et quitté la Bolivie. Il vit actuellement en Argentine. Après sa démission, un pouvoir intérimaire s'était mis en place, dirigé par une sénatrice de droite, Jeanine Añez. Celle-ci a retiré sa candidature à l'élection présidentielle peu avant le scrutin.

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