"Bloqués depuis quatre jours" : dans la résidence sous surveillance d’un membre de l’opposition ivoirienne

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Après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle ivoirienne le 3 novembre, les domiciles des principaux opposants ont été encerclés par les forces de l'ordre après que ceux-ci ont fait part de la création d’un "Conseil national de transition", refusant la réélection d’Alassane Ouattara. Une des personnes présentes dans la résidence de l’ancien ministre Albert Mabri Toikeusse, désormais dans l’opposition, raconte comment il s’organise face à cette assignation à résidence.

Après l’annonce de la réélection d’Alassane Ouattara avec 94,27 % des suffrages, les forces de l’ordre se sont déployées autour des résidences de plusieurs personnalités de l’opposition dans l’après-midi du 2 novembre, à Abidjan.

C’est le cas des résidences d'au moins quatre candidats, dont Henri Konan Bédié (PDCI) et Pascal Affi N'Guessan (FPI). Les autorités ivoiriennes estiment que l'opposition a commis un "acte insurrectionnel" portant atteinte à la sûreté de l'État avec la création du Conseil national de transition. Selon RFI, le parti d’Alassane Ouattara (RHDP) refuse de parler d’assignation à résidence, et évoque plutôt une mesure "préventive, et cela en attente d’une instruction judiciaire".

Dans le quartier de Marcory Résidentiel à Abidjan, c’est également le domicile de l’ancien ministre Albert Mabri Toikeusse qui a été encerclé. Le président de l’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d'Ivoire (UDPCI) avait appelé ses militants à soutenir le Conseil national de transition. Des images de vidéosurveillance relayées sur les réseaux sociaux montrent plusieurs policiers s’affairer à l'extérieur de la résidence.



"On gère les provisions que nous avons, et nous nous attendons à rester comme cela pour une durée indéterminée"
Dans la résidence d’Albert Mabri Toikeusse, la rédaction des Observateurs de France 24 a pu contacter un employé de l’ex-ministre, qui a requis l’anonymat.

Je travaille pour Monsieur Mabri Toikeusse, mais je ne fais pas partie de sa famille. Une dizaine de personnes sont ainsi cloîtrées dans la résidence, outre sa famille : un docteur, des domestiques et des proches.

Au départ, nous avons essayé de discuter avec les forces de l’ordre postées devant la résidence, mais nous avons vite compris qu’on ne pourrait pas bouger. Les policiers ont interdit à toute personne, politique ou pas, de sortir de cette maison. Le premier jour, ils ont même lancé des gaz lacrymogènes dans la cour de la maison, pensant que cela nous ferait sortir ou pour nous intimider. Ils ont même lancé du gaz lacrymogène vers la résidence opposée pour empêcher des curieux d’approcher.


Sur un extrait d'images de vidéosurveillance récoltées par la rédaction des Observateurs de France 24, on voit plusieurs camions des forces de l’ordre rouler près de la résidence d’Albert Mabri Toikeusse. Du gaz lacrymogène est lancé en direction d’un portail bleu opposé au domicile du ministre, après la sortie de badauds, mais il est impossible de déterminer exactement qui l’a lancé.

Un témoin à l’intérieur de la résidence nous a fait parvenir cette photo du reste d’une bombe lacrymogène qu'il affirme avoir récupérée dans la cour de la résidence d'Albert Mabri Toikeusse. La rédaction des Observateurs n'a pas pu corroborer ces allégations de source indépendante.

Mais on s’attendait à ce blocus. Nous avions fait des provisions en fonction. On gère ce que nous avons, et nous nous attendons à rester comme cela pour une durée indéterminée. Depuis des heures, nous sommes là, et nous attendons. De là où je suis, je vois que la police a érigé des barrages au niveau d’une clinique adjacente à la résidence et qu'elle empêche quiconque de passer par là.

Pour le moment, c’est totalement l’inconnu pour la suite. Personne ne communique avec nous. Moi, je n’habite pas là normalement : j’ai une famille dans un autre quartier d’Abidjan. Elle me manque, mais c’est le boulot. Je n’ai jamais pensé à fuir et je reste fidèle à mon poste en attendant la suite.


La présence policière dans le quartier perturbe-t-elle pour autant le quotidien des riverains ? Contactés par la rédaction des Observateurs de France 24, deux commerçants du quartier Marcory Résidentiel, dont les commerces sont situés non loin de la résidence d’Albert Mabri Toikeusse, ont confirmé avoir constaté une présence policière renforcée dans le quartier, mais que celle-ci n’avait pas d’impact particulier sur leurs activités. "Les clients commencent à revenir, malgré les tensions liées à l’élection", dit l’un d’eux.

Selon une des porte-parole de l’UPDCI, Albert Mabri Toikeusse aurait été accusé "d’atteinte à la sûreté de l’État et de recrutement de mercenaires". En tant qu’ancien ministre, Albert Mabri Toikeusse avait droit à trois agents de police affectés à sa protection qui lui ont été retirés le 3 novembre selon plusieurs médias ivoiriens.

Vendredi 6 novembre, au moins 19 membres de l'oppposition avaient été conduits devant les préfectures ivoiriennes pour des "vérifications" selon Le Figaro, et treize d'entre eux étaient toujours retenus.