Un blogueur azéri réfugié en France a-t-il échappé à une nouvelle tentative de meurtre?

Mahammad Mirzali est un farouche opposant au pouvoir en place dans son pays l'Azerbaïdjan. - Loic Venance
Mahammad Mirzali est un farouche opposant au pouvoir en place dans son pays l'Azerbaïdjan. - Loic Venance

Un gentil garçon qui vit avec son ordinateur et sous protection policière. C'est par ces termes qu'un proche de Mahammad Mirzali décrit ce jeune homme de 28 ans de nationalité azérie et réfugié en France. Depuis 2015, et la création de sa page Facebook "Made in Azerbaijan", sur laquelle il dénonce notamment le régime en place dans son pays, ce dernier est menacé de mort.

Ce week-end, deux hommes ont été interpellés à un péage près d'Angers, comme le relaient différents médias locaux. Deux voitures qui se suivaient ont été stoppées par les douanes. À l'intérieur de chacune des voitures, un ressortissant moldave et un autre azéri. Une arme de poing a été retrouvée, mais surtout l'adresse à Nantes de Mohammad Mirzali, enregistrée dans le GPS de l'un des véhicules.

"Nouvelle tentative de meurtre"

Une information judiciaire a été ouverte à la suite de ces interpellations. Pour l'heure, le lien avec le jeune blogueur et la présence de ces deux hommes, ainsi que leur destination, n'est pas confirmé.

"Tout semble indiquer qu'il s'agirait d'une nouvelle tentative de meurtre contre Mahammad Mirzali, la troisième et tout aussi terrifiante", a estimé Jeanne Cavelier, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale chez Reporters sans Frontières.

Mahammad Mirzali est arrivé en France en 2016. Un an plus tôt, le jeune homme lançait sa page Facebook puis sa chaîne Youtube qui compte aujourd'hui 500.000 abonnés. Il y dénonce la situation qu'il juge dictatoriale dans son pays l'Azerbaïdjan, le pouvoir en place, et l'appropriation des richesses par un petit clan qui dirige le pays. Le jeune homme en veut à ce pouvoir et la corruption en place qui, selon lui, lui ont empêché de s'inscrire à l'université.

Protection policière

Face aux menaces subies dans son pays, il choisit l'exil et s'installe en France où il obtient le statut de réfugié politique. Il vit à Paris, Perpignan, Laval puis à Nantes où ses parents le rejoignent. Pour autant, alors qu'il continue d'alimenter les réseaux sociaux, l'opposant subit de nouvelles menaces. D'abord en octobre 2020 quand il est visé par un homme qui fait feu sur lui, l'atteignant à l'épaule.

En mars 2021, il échappe de peu à la mort. Plusieurs hommes s'en prennent à lui en plein centre-ville de Nantes, tentant de lui trancher la langue et cherchant à l'égorger. Il reçoit 15 coups de couteau et subit une opération de plus de six heures. À la suite de cette violente agression, Mahammad Mirzali a pu bénéficier d'une protection policière "comme pour les rescapés de Charlie Hebdo ou pour Mia", rappelle un proche du dossier.

Une information judiciaire a été ouverte auprès de la juridictions interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes. Dans ce cadre, quatre personnes ont été interpellées et mises en examen en avril dernier. Ces quatre hommes, trois nés en Azerbaïdjan et un en Géorgie, ont été écroués.

Réaction politique

Depuis, Mahammad Mirzali, dont l'adresse reste secrète, ne peut sortir de chez lui qu'accompagné de deux policiers et vit dans un climat de terreur. Il continue d'alimenter ses réseaux sociaux grâce à un réseau d'informateurs toujours en Azerbaïdjan. Récemment, la justice française a jugé irrecevable l'assignation pour diffamation lancée à son encontre par le ministre de l'Économie azéri.

Saluant la réaction de la justice française à l'égard du blogueur, l'entourage de Mahammad Mirzali espère désormais une réaction politique. Lors d'un point presse en mai dernier, le quai d'Orsay assure avoir "eu l’occasion d’évoquer la situation de M. Mahammad Mirzali avec l’Azerbaïdjan dans le cadre de ses (nos) contacts diplomatiques avec ce pays".

Article original publié sur BFMTV.com

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