Des signaux mystérieux du cosmos confondent les astronomes

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La Terre a reçu des signaux venant des confins de l’univers…

Ils ont été captés en premier lieu en 2007 par le grand radiotélescope à l'Observatoire de Parkes, basé en Australie. À l'époque, les chercheurs ont avancé qu'ils venaient certainement de l'extérieur de notre galaxie.

Mais comme c'était le seul télescope au monde ayant perçu ces étranges pulsations, le reste de la communauté d'astrophysiciens avait un doute, affirmant qu'il s'agissait peut-être de problème technique.

Récemment, le radiotélescope d'Arecibo à Puerto Rico a détecté le même genre de signal, confirmant qu'il s'agit bel et bien d'un phénomène réel.

La question, toutefois, demeure: quelle est la source de ces puissantes pulsations venant d'aussi loin?

«C'est un phénomène nouveau et très étrange», confirme Victoria Kaspi, professeur au département de physique à l'Université McGill et spécialiste en étoiles à neutrons.

En temps normal, ce genre de signal est émis par des objets qui sont dans la Voie lactée, notre propre galaxie. Or, celles-ci viennent de beaucoup, beaucoup plus loin… Ces sons ont voyagé plus de 3 milliards d'années-lumière avant de se rendre jusqu'à nous.

Comment le sait-on?

La professeure explique: «Nous recevons des signaux semblables chaque jour venant de l'intérieur de la galaxie. Ces ondes radio se déplacent dans l'espace et croisent des électrons qui les dispersent, de sorte que nous recevons les basses fréquences avant les hautes fréquences venant de la même source. Nous avons appris comment mesurer la distance des objets qui émettent les signaux en mesurant le temps séparant l’arrivée des basses et des hautes fréquences.»

Dans le cas des signaux mystérieux, la disparité est tellement grande que la seule explication logique est qu’ils viennent de galaxies très éloignées.

Pour l'instant, personne ne sait précisément d'où viennent ces pulsations captées par les radiotélescopes.

Ils pourraient être causés par des explosions inimaginables d'énergie qui se produisent lorsqu'une étoile géante se décompose dans un trou noir; par de gigantesques éruptions solaires de supernovae ou des étoiles à neutron en train de fusionner…

Certains vont même jusqu'à suggérer qu'il pourrait s'agir d'un message envoyé par une civilisation extra-terrestre, mais Victoria Kaspi n'y croit pas vraiment.

«Tout indique que c'est un phénomène naturel, précise la scientifique. Lorsque nous sommes devant une manifestation nouvelle, il faut tout d'abord en apprendre plus sur elle avant de pouvoir décider de quoi il s'agit vraiment.»

Pour l'instant, il est estimé que de tels signaux venant des autres galaxies ont lieu 10 000 fois par jour. Or, les radiotélescopes qui existent présentement peuvent écouter seulement une toute petite fraction du cosmos. Avec un outil et des ordinateurs en mesure de couvrir une plus grande portion du ciel, il sera possible d'en détecter la source.

Une grande oreille canadienne

Grâce à la construction au Canada du nouveau télescope CHIME (Canadian Hydrogen Intensity Mapping Experiment) il sera possible, lors de son entrée en fonction en 2016, de résoudre ce mystère.

«La mission première du télescope est de nous aider à comprendre les origines de l'univers et de l'énergie noire, mais CHIME pourrait servir d'outil extraordinaire pour détecter ces signaux, avance avec enthousiasme Mme Kaspi. D'ici trois à quatre ans, nous aurons peut-être des réponses.»

D'ici là, elle souligne que d'autres radiotélescopes pourraient avoir la chance de tomber sur ces puissants signaux extragalactiques, ce qui donnerait l'occasion d'identifier les objets qui les émettent en moins de deux ans.

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