Jésus a-t-il existé? Un chercheur dit que non.

Mélanie Alain
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Jésus n’a jamais existé. Il serait plutôt une invention de croyants chrétiens qui voulaient convertir plus de disciples au christianisme. C’est du moins ce que clame Michael Paulkovich, chercheur historique, auteur et scientifique.

Dans un article qu’il a rédigé pour Free Inquiry, ainsi que dans son livre No Meek Messiah, M. Paulkovich dit n’avoir trouvé aucune mention vérifiable du Christ ou de Jésus après avoir épluché les écrits de 126 auteurs ayant vécu entre le 1er et le 3e siècle, la période pendant ou après laquelle Jésus aurait existé. Même le principal intéressé (le numéro 127) n’a pas écrit un mot sur sa vie ou son message.

«Des millions auraient dû entendre parler de la “crucifixion” de Jésus», de ses miracles et de sa résurrection. Pourtant, malgré cette soi-disant célébrité, aucun historien n’a enregistré quoi que ce soit, dit-il. Seuls des gens «superstitieux» l’ont fait des décennies plus tard dans les «Écritures douteuses».

Selon lui, Jésus de Nazareth était une sorte de légende «urbaine». «Quand je prends en considération ces 126 auteurs qui n’ont pas entendu parler de Jésus, et [les textes chrétiens de] Paul, Marcion, Athénagoras et Matthieu avec une tétralogie de Christs opposés, le silence de Qumrâm et de Nazareth et de Bethléem, des histoires contradictoires dans la Bible, et tant d’autres mystères et omissions, je dois conclure que le Christ est un personnage mythique», indique-t-il.

M. Paulkovich dit n’avoir découvert que des mentions de Jésus dans La Guerre des Juifs de l’historien romain juif Flavius Josèphe, écrit en l’an 95, mais il pense qu’elles ont été ajoutées plus tard par des réviseurs.

Sébastien Doane, chargé de cours à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, ainsi que doctorant à l’Université Laval, pense lui aussi que certains écrits de Josèphe ont été «modifiés avec le temps par des copistes. Dans quelques passages, il mentionne que Jésus est le Fils de Dieu, le Messie. Ça ne fait pas de sens parce que Flavius Josèphe n’est pas chrétien. Mais la plupart des historiens s’entendent sur le fait que ces passages peuvent être enlevés et que d’autres passages mentionnent Jésus sans ajouter ces attributs de Fils de Dieu et de Messie», a-t-il déclaré à Yahoo! Québec.

Même dans la Bible, l’Évangile de Marc a été modifié avec le temps, déclare M. Paulkovich. «Le carnet original au nom de “Marc” s’était terminé au [chapitre] 16, [verset] 8, des faussaires ayant par la suite ajouté l’histoire fantasque de la résurrection.»

L’auteur affirme aussi que Paul, à qui on attribue souvent la propagation du christianisme, ne fait jamais référence à Jésus comme à une véritable personne. «Paul n’est pas au courant de l’existence d’une vierge mère, en plus de la nativité, de la parenté, des événements de vie, du ministère, des miracles, des apôtres, de la trahison, du procès et de la passion pénible de Jésus. Il ne sait pas non plus où ni quand Jésus a vécu et considère la crucifixion comme métaphorique», écrit-il.

«C’est mal lire Paul, rétorque M. Doane. Son but n’est pas de nous raconter ce qui s’est passé. Il n’est pas journaliste de terrain, mais commentateur. S’il parle de la crucifixion de façon métaphorique, ça ne veut pas dire qu’il ne croit pas qu’elle ait eu lieu. Il ne raconte pas la naissance de Jésus, mais dans l’Épître aux Galates, chapitre 4, verset 4, il dit “Jésus est né d’une femme…”, ce qui montre bien qu’il est humain.»

Plusieurs érudits croient que Jésus l’homme a existé

Le point de vue de M. Paulkovich est certes controversé puisque plusieurs érudits, croyants ou pas, soutiennent que l’homme a existé. La plupart s’accordent pour dire qu’il était un Juif de Galilée né entre 7 et 4 avant notre ère et mort entre 30 et 36 de notre ère. Plusieurs admettent aussi qu’il a été baptisé par Jean le Baptiste et crucifié sous l’ordre du préfet romain Ponce Pilate.

Pour sa part, Sébastien Doane nie que Jésus ait été célèbre durant sa vie et qu’il ait donc eu une grande portée à l’extérieur de son patelin. «Nazareth, c’est comme Saint-Tite. Il n’était pas un grand de ce monde, quelqu’un qui avait fait les écoles rabbiniques.»

D’après lui, il manque d’écrits non-chrétiens du 1er au 3e siècle mentionnant Jésus «parce qu’il y a plein de manuscrits de Chrétiens à son sujet».

En outre, «d’autres auteurs [non-chrétiens] de l’Antiquité, comme Pline le Jeune, parlent, en passant, des Chrétiens qui ont comme modèle un certain Christos (Chrêstos)», indique le théologien de l’UdeM. (N.B.: En grec, Chrêstos signifierait «bon» et Christos, «oint».)

Il sait que certaines gens voudraient avoir des écrits de non-Chrétiens pour éviter le biais des Chrétiens. «Mais les écrits chrétiens sont beaucoup plus proches des événements. Le premier à parler de Jésus est Paul vers les années 50, même s’il ne l’a pas vraiment connu.»

Si l’histoire de Paul est plus «métaphorique», «les Évangiles tentent de raconter les événements de la vie de Jésus», argue M. Doane. Basés sur des récits transmis oralement, ils ont été écrits environ entre les années 70 à 90 par la deuxième génération de croyants «quand les témoins ayant côtoyé Jésus ont commencé à mourir».

Les contradictions des textes

Sébastien Doane admet que, dans les premiers siècles, il y avait plusieurs controverses et courants concernant Jésus. «On trouve jusqu’au 4e siècle des Chrétiens qui ne croient ni à la naissance virginale ni à la divinité de Jésus et d’autres qui croient qu’il était si divin qu’il n’avait qu’apparence humaine.»

Il avoue aussi qu’il existe beaucoup plus d’Évangiles de l’époque, qui «ne sont pas entrés dans le canon de la Bible parce que les communautés ne les voyaient pas comme inspirés de Dieu». Pour choisir un texte, les premiers Chrétiens évaluaient l’ancienneté et le contenu. Par exemple, ils n’ont pas inclus l’Évangile de Jacques écrit au 2e-3e siècle et dans lequel «l’enfant Jésus tue un autre enfant en jouant. Sa mère lui dit que ce n’est pas gentil, alors Jésus le ressuscite.»

«D’autres textes non retenus mettent l’accent sur le merveilleux, note M. Doane. Quand quelque chose n’était pas décrit, comme la naissance de Jésus ou sa résurrection, on en profitait pour remplir les blancs. Ce sont généralement des textes écrits plus tard.»

M. Doane apprécie pourtant les contradictions entre les quatre Évangiles choisies parce qu’elles montrent que «les communautés chrétiennes n’ont pas retenu qu’une seule image de Jésus».

«Mon problème est que [M. Paulkovich] prend pour acquis une lecture littérale du Nouveau Testament, comme s’il n’y avait pas d’autres façons de comprendre les récits de miracles, s’objecte-t-il. C’est facile de dénoncer le christianisme si on suppose que les Chrétiens sont tous des épais qui ne font qu’une lecture littérale des textes. Je suis sûr que ce n’était pas l’intention des auteurs. Oui, il y a eu enflure, mais on n’essaie pas de décrire exactement ce qui s’est passé. C’est le message qui est important, pas les détails.»

«Sur le plan historique, on ne peut pas s’appuyer sur grand-chose pour dire que Jésus n’a pas existé. À part les empereurs dont la face est imprimée sur la monnaie, la seule façon de savoir si quelqu’un a existé, c’est si d’autres ou eux-mêmes ont écrit à leur sujet. Oui, on peut présupposer que c’est une hystérie collective, mais ce serait bien plus simple de croire qu’un gars qui s’appelait Jésus a existé et que plein de personnes ont écrit à son sujet. De dire qu’il est de naissance virginale, qu’il est le Fils de Dieu ou qu’il a ressuscité, ça, c’est de l’ordre de la foi», conclut-il.

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