Devrait-on aider les prisonniers à mourir?

takwa souissi
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Et si les condamnés à vie préféraient mourir plutôt que de passer le restant de leurs jours en prison ? La question a beau choquer, elle vaut tout de même la peine d’être soulevée.

Pensons à Magnotta ou à Justin Bourque…

En Belgique, le violeur et meurtrier Frank Van Den Bleeken s’est vu octroyer par les tribunaux la permission d’être euthanasié, après plus de 26 ans en détention. Depuis des années, Van Den Bleeken demandait à pouvoir mettre fin à ses jours, argumentant une souffrance psychologique insupportables. Il s’estime incurable et affirme qu’il représentera toujours une menace pour la société. Il devait être euthanasié le 11 janvier dernier, mais les médecins ont fait volteface: il sera finalement transféré dans un établissement psychiatrique spécialisé.

Ici, il est évident que la question ne se pose même pas, l’euthanasie étant encore criminelle au Canada, dit Me Marie Annik Grégoire, avocate et professeure agrégée à la faculté de droit de l’Université de Montréal. «Nous sommes toujours en attente de la décision de la Cour suprême sur la question de la constitutionnalité de l’interdiction de l’aide au suicide, mais dans l’intervalle une telle aide demeure criminelle», précise-t-elle.

Au Québec, la loi sur les soins de fin de vie a beaucoup fait parler dans les dernières années. Bien qu’elle ne soit pas encore en vigueur, on sait déjà que les conditions d’accès à l’euthanasie en vertu de cette loi seraient plus strictes qu’en Belgique. Ainsi, la personne qui réclame l’euthanasie devrait être en fin de vie en raison d’une condition médicale incurable la soumettant à une souffrance ne pouvant être soulagée. La loi belge sur l’euthanasie adoptée en 2002 demande plutôt que le patient soit capable de discernement, conscient et ait formulé une demande en ce sens «de façon volontaire, réfléchie et répétée».

Euthanasie vs suicide

Légalement donc, la thèse de l’euthanasie pour les criminels condamnés à vie ne tient pas vraiment la route chez nous. Mais il n’en demeure pas moins que le désir de mourir existe bel et bien en prison: le taux de suicide y est considérablement plus élevé que dans la population normale. Ainsi, le suicide est la première cause de mort non naturelle dans les prisons canadiennes. Mais est-il pertinent d’amalgamer suicide et euthanasie?

«À mon avis, l’amalgame peut se faire si on examine la question au plan des ressources disponibles», avance Me Grégoire. En effet, le prisonnier belge soutenait qu’il ne pouvait bénéficier des ressources nécessaires à sa condition, d’où sa souffrance ne pouvant être apaisée. «Sa condition était peut-être le résultat d’un manque de ressources en santé mentale en prison, tout comme le haut taux de suicide qui y prévaut. C’est inadmissible», dit-elle.

Pour elle, l’euthanasie ne doit pas avoir pour but de pallier un manque de ressources, mais bien permettre le soulagement de la souffrance d’une personne pour qui il n’existe justement aucune ressource lui permettant de tolérer sa condition. «D’ailleurs la loi québécoise sur les soins de fin de vie comporte aussi plusieurs dispositions visant à assurer de meilleurs soins palliatifs à travers la province. Espérons que cet aspect de la loi ne sera pas oublié, même dans un contexte de rigueur budgétaire!», conclut Me Grégoire.