OACI: Montréal risque de payer cher l'appui de Harper à Israël

Normand Lester
·Chroniqueur national et international

Le Qatar, un riche émirat du Golfe arabo-persique est déterminé à ravir à Montréal le siège de l'Organisation de l'aviation civile internationale pour l’installer dans sa capitale Doha. Perdre l’OACI, créée ici en 1947, serait une nouvelle humiliante défaite diplomatique pour le Canada.

Ce serait aussi un important revers économique et une catastrophe pour l’image de Montréal qui se vide depuis 20 ans de ces sièges sociaux.

Le Qatar fait valoir que la ville est excentrique par rapport à l’Europe et l’Asie, plaque tournante du transport aérien, et que ses hivers sont interminables et sévères. Il note aussi que les délégués ont de la difficulté à obtenir des visas. Il propose de construire à ses frais un nouveau siège social de l'OACI et de couvrir tous ses coûts de fonctionnement.

L’affaire implique des milliers d’emplois de haut niveau, directs et indirects, et sans doute des centaines de millions de dollars dans l’économie de Montréal. La vie à Montréal est évidemment plus douce qu’à Doha, même si le climat est ici légèrement plus rigoureux. Mais d’autres facteurs plus déterminants vont entrer en ligne de compte lorsque les 191 États membres se prononceront sur la question l’automne prochain.

Ce qui nous sert de ministre des Affaires étrangères, le pathétique John Baird, a téléphoné à deux reprises au Premier ministre du Qatar, pour en discuter. Il a du être accueilli plutôt sèchement.

C’est ce même connard de Baird qui durant son récent séjour en Israël a rompu avec la tradition qui interdisait aux ministres et diplomates canadiens de se rendre à Jérusalem-Est, annexée illégalement par Israël. Et ce malgré les exhortations de l’ambassade du Canada en Israël qui ne voulait pas qu’il paraisse légitimer le coup de force israélien. Baird s’est ensuite paradé en compagnie de généraux israéliens sur le plateau du Golan, une autre annexion jamais reconnue par le Canada et le reste du monde. La transgression impudente de Baird a été interprétée dans le monde arabe comme une provocation. Le Canada harpérien est le seul pays avec les États-Unis, à soutenir inconditionnellement Israël.

En 2010, Ottawa avait déjà récolté ce qu’il a semé lorsque, pour la première fois depuis 1948, l’assemblée générale de l’ONU lui a refusé un siège au Conseil de sécurité. Le Canada s’est classé bon troisième derrière l’Allemagne et le petit Portugal. L’immense majorité des membres de l’ONU ne voulait pas d’un autre champion d’Israël au Conseil de sécurité aux côtés des États-Unis. Vingt-quatre heures avant le vote, notre ministre du Commerce international, Peter Van Loan, avait fait un bras d’honneur aux Arabes en annonçant à Tel-Aviv un renforcement de nos liens avec Israël. Le Canada avait enragé les 57 pays arabo-musulmans et leurs nombreux sympathisants.

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Cela n’a en rien émoussé les ardeurs pro-israéliennes de Harper. L’automne dernier, le Canada a été pratiquement le seul pays avec les États-Unis à s’opposer, comme l’exigeait Israël, à l’admission de la Palestine comme État observateur à l’ONU. Cent trente-huit pays ont voté pour. Seuls le Canada, les États-Unis et cinq autres pseudo-pays inféodés à Washington (le Panama, les îles Marshall, la Micronésie, Nauru et Palau) ont soutenu Israël. 

Le transfert de l’OACI au Qatar est l’occasion rêvée pour les pays arabo-musulmans et leurs amis de se venger du Canada en votant en faveur du Qatar.

Ce serait vraiment dommage que Montréal et le Québec soient les «victimes collatérales» de ce règlement de compte alors que les Québécois sont massivement opposés au gouvernement Harper. Espérons que monde arabo-musulman choisisse de ne pas utiliser cette affaire pour humilier le gouvernement conservateur qui, disons-le, l’a bien cherché.

Si cela arrivait, le Canada anglais, tout en versant publiquement des larmes de crocodile, se délecterait secrètement du nouveau coup dur porté au prestige de Montréal et du Québec.