Le Monde selon Ravanello

PSG - Barcelone : le gagnant, c'est le Qatar

Le cheik Hamad ben Khalifa Al Thani, émir du Qatar depuis 1995. AFP
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AFP
mar. 2 avr. 2013 11:00 HAEC


Dans ce quart de final entre le PSG et le Barça, le gagnant est déjà connu. C’est le Qatar. Propriétaire du club parisien, il est aussi le sponsor maillot du club catalan (privilège payé 170 millions d'euros sur 3 ans !). Mais n’allez pas croire que cet argent déversé sur le foot est le fruit d’un caprice de riche. Bien au contraire. Ce dont nous parlons n'est ni plus ni moins que la diplomatie du royaume du Qatar.


Perdu à l’extrémité de la presqu’ile, le Qatar est aussi riche que vulnérable. Indépendant depuis 1971, ce petit royaume se résumait au début du siècle à un village de pêcheurs de perles. Avec la découverte d’immenses réserves de pétrole et de gaz, la famille régnante Al-Thani gagne au loto mondial. Mais très vite, le Qatar se voit comme un dandy richissime qui traverserait les banlieues de Bogota les mains dans les poches : si demain une grande puissance l’annexait, qui viendrait au secours de ce bout de terre dont personne ne connait le nom ?

D’où le raisonnement suivant : quand vous avez du pétrole, des idées mais pas d’armée, que vous manque-t-il ? Réponse : des amis puissants ! Voilà la diplomatie du petit Etat tracée et depuis rien n’a changé. Pour preuve l’ITV donnée hier à l’Equipe par le président du PSG Nasser Al-Khelaifi : "Nous ne voulons que des amis". Et pour avoir des amis, il faut d’abord avoir l’air sympathique. Le sport est un vecteur d’image idéal. Le Qatar investit donc dans le football, à Paris pour l’image de ville Lumière, à Barcelone parce que ce club est une vénérable institution mais aussi dans le cyclisme, la voile et le cheval (le Prix de l’Arc de Triomphe), sport noble par excellence de la péninsule arabique.

Pour élaborer sa diplomatie, le Qatar a observé son voisin l’Arabie saoudite et en a tiré quelques leçons. Voilà 90 ans que le royaume des Saouds vit sur sa rente pétrolière. Qu’a-t-il fait de ses pétro-dollars à part enrichir à millions tous les membres de l’immense famille ? Pas grand-chose. Les Saoudiens sont encore respectés du fait de leur puissance, mais on ne peut pas dire qu’ils soient très aimés. Leurs ressources énergétiques se tarissent  C’est de fait une puissance en déclin programmé. Les Saoudiens ont été des cigales, les Qataris seront des fourmis. En prévision du jour où leurs ressources seront épuisées, les Qataris placent leur argent de par le monde, et ils le font en bon père de famille.

Dans chaque pays, ils visent les valeurs archi-sûres. En France, les grands groupes, Vinci, EADS. En Allemagne, Porsche et Volkswagen. A Londres, la bourse et Harrods, le fournisseur de la Reine !  Au Luxembourg, les banques. En Grèce, le port et les mines d’or. Dans les pays qui n’ont pas d’entreprises florissantes, le Qatar voit encore plus loin. Pour nourrir une population mondiale qui explose, les céréales et l’eau seront l’or de demain. Le Qatar achète donc des terres arables par millions d’hectares en Argentine, au Brésil, en Australie, en Chine…

Et Beckham me direz-vous, il plante du blé ? Non, mais après Confucius, il est l’homme le plus adulé qu’ait connue l’Asie. Son nom, ses maillots s’arrachent. Et il se trouve que le Japon et la Chine sont les premiers clients du Qatar qui leur vend son gaz et son pétrole. Logique donc de le faire venir au PSG, et de lui demander d’assurer la com' de l’organisation du mondial 2022 au Qatar. Les jeunes chinoises vont adorer.

France, Grande Bretagne, Chine, tous sont membres du conseil de sécurité de l’ONU. Si demain le Qatar est envahi, plus personne ne dira "le Qatar c’est où ?". Dans ce maillage hyper cohérent, il y a aussi Al Jazeera, la chaine d’information en arabe, en anglais et bientôt en français, présente dans le monde entier. Il y a aussi ces régimes qui naissent après les révolutions arabes et que le Qatar soutient. Jusqu’à l’opposition syrienne à qui il livre des armes en attendant qu’elle soit au pouvoir.

Tout cela me fait penser à cette vieille chanson française d’Henry Garat dans Les chemins du paradis: "Avoir un bon copain, voilà c’qui a d’ meilleur au monde...". Il faudrait l’offrir au prince Al-Thani, je suis sûr qu’il ne l’a pas...

Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter notamment au Proche et au Moyen-Orient, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage La police israélienne face aux attentats-suicides. Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou pour TF1 et LCI et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Depuis son arrivée à i>TELE en 2009, Olivier Ravanello est ainsi le spécialiste des questions internationales pour la chaîne. A la rentrée 2012, il présente plusieurs chroniques Le Monde en plus à 19h20 et Le Monde ne dort jamais à 23h15.

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