Le Monde selon Ravanello

Kim Jong-un : la stratégie du fou

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un. AFP
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AFP
jeu. 27 mars 2014 12:00 HNEC

Kissinger, chef de la diplomatie du président Nixon, avait théorisé pendant la guerre du Vietnam la stratégie du fou. Faire n’importe quoi,  se comporter de manière absurde, frapper  à n’importe quel moment mais avec le plus de violence et de rapidité possible pour déstabiliser  l’adversaire. Lui faire croire que vous êtes devenus fou et le pousser ainsi à négocier pour éviter l’apocalyspe...

On pourrait penser que c’est la stratégie suivie par le président nord-coréen. Depuis 6 mois, ce jeune leader appelle à la mobilisation générale, promet d’envahir la Corée du Sud et de réduire Washington en miette. Chaque semaine, des vidéos de plus en plus folles sont diffusées à la télévision d’Etat. On y voit des montages où des missiles tombent sur la Maison blanche, des parachutistes sautent sur Séoul, prennent la ville et font 150 000 « otages » américains ! Le délire est au pouvoir.



La Corée du Nord est aujourd’hui le dernier vestige de la guerre froide. Un pays où le temps se serait arrêté en 1950, quand Staline régnait à Moscou et que l’on expliquait aux Américains que les communistes mangeaient les enfants. La frontière entre les deux Corée s’est figée en juillet 1953. La guerre entre sud (pro américain) et nord (pro soviétique) n’en finissait pas. Le général Mc Arthur voulait balancer une bombe atomique pour régler la question. Washington lui a dit non. Alors les belligérants  ont signé un armistice et le front s’est stabilisé autour du 38ème parallèle.

Aujourd’hui, il y a sur cette frontière de 248 kilomètres de long 700 000 soldats nord-coréens qui font face, le doigt sur la gâchette, à 400 000 soldats sud-coréens épaulés par la 2ème division d’infanterie américaine. Entre les deux, 4 kilomètres seulement. On s’insulte derrière les jumelles.

Chaque année à Pyongyang, le parti communiste se réunit et des milliers de délégués applaudissent comme un seul homme au moindre mot de leur dirigeant. Dans ce pays, un homme sur quatre est un militaire. Tout l’effort national, toutes les décisions sont prises pour et souvent par les militaires. Régulièrement, des famines déciment les campagnes. Mais la seule chose qui vaille aux yeux des dirigeants reste de construire une bombe atomique. On en est encore loin, mais les fusées progressent. En 2009, les Etats-Unis et l’ONU avaient réussi à ouvrir une brèche dans ce trou noir de l’histoire. Un programme de nourriture contre la fin des essais nucléaires, avec inspection à la clé. Ça a marché quelques années puis la Corée a rebasculé dans son délire autodestructeur.

Ce régime d’un autre temps ne sait plus comment survivre. Dans sa fuite en avant, certains se disent que le président Kim Jong-un  cherche à faire peur pour ensuite négocier de l’aide vitale à son pays. La stratégie du fou encore. Le problème, c’est que personne n'est vraiment sûr qu’il simule...

Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter notamment au Proche et au Moyen-Orient, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage La police israélienne face aux attentats-suicides. Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou pour TF1 et LCI et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Depuis son arrivée à i>TELE en 2009, Olivier Ravanello est ainsi le spécialiste des questions internationales pour la chaîne. A la rentrée 2012, il présente plusieurs chroniques Le Monde en plus à 19h20 et Le Monde ne dort jamais à 23h15.

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