Le Monde selon Ravanello

Attentats de Boston : Merah-Tsarnaev, même combat ?

La première photo de Mohamed Merah, âgé de 23 ans, diffusée au JT de France 2. AFP
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AFP
lun. 22 avr. 2013 16:00 HAEC


Je sais. J’entends déjà les remarques, fondées au demeurant pour expliquer que rien n’est comparable. Que les parcours des frères Merah et des frères Tsarnaev ne sont pas identiques et en bien des points c’est vrai. À commencer par le plus fondamental qu’il ne faudra jamais oublier : Mohamed Merah était Français. Mais écoutez tout de même cette histoire. Celle de deux jeunes garçons arrivés aux Etats-Unis à l’âge de 8 et 17 ans.


L’un est enfant, l’autre déjà un homme. Ils sont Tchétchènes. C’est inscrit sur leur passeport car dans la fédération de Russie le droit du sang prime. On est Tchétchène parce que l’on a des parents tchétchènes, peu importe où l’on nait. Ce n’est pas une nationalité, c’est une identité que l’on vous plaque. "Tchétchènes" donc, dit leur passeport, qui grandissent au Kirghizstan, paisible république où les gens ont les yeux bridés et regardent vers l’Asie. Déjà pas chez eux.

"Un gamin d’ici" aurait on dit en le croisant dans la rue

Ils arrivent aux Etats-Unis. Leurs yeux brillent. Le plus petit se coule dans le moule de l’American way of life. Il va à l’école où l’on hisse le drapeau étoilé tous les matins, travaille bien, obtient une bourse d’étude, puis la nationalité américaine, adhère sur Facebook à la communauté des mangeurs de M&M’s, échange des photos de jolies filles et de voitures rutilantes (quand ça n’est pas l’inverse) et rigole quand ses potes se photographient avec le masque d’Iron Man. "Un gamin d’ici" aurait on dit en le croisant dans la rue. Barack Obama dira "quelqu’un de notre communauté".

Pour le plus grand, c’est moins évident. Il a déjà 17 ans. Il a ses goûts, ses idées, ses habitudes, sa fierté caucasienne en bandoulière. Il dit avoir du mal à se faire des amis, ne comprend pas les Américains, mais tout de même, il veut être Américain. Il laisse tomber le lycée pour se consacrer à la boxe. Tous les jours. Il y croit. Il sera un jour sélectionné dans l’équipe américaine olympique, on lui donnera la nationalité, et il ira aux JO glaner des médailles pour les USA. Il regardera monter dans le ciel le "stars and stripes" la main sur le cœur en écoutant l’hymne américain. Voilà quel était son rêve. Un combat perdu aux points et voilà qu’il se braque, se dit que le système le rejette.

Qui sont ces poseurs de bombes, ces semeurs de morts ?

Evidemment, on ne pose pas des bombes le long d’un marathon parce que l’on a perdu un match de boxe. De même que l’on ne tue pas des militaires de la base d’à côté parce que la Légion n’a pas voulu de vous, comme dans le cas de Merah. Mais ce sont des moments de cassures. Des moments on ces jeunes se demandent au fond qui ils sont. Trop d’ici pour repartir vers un ailleurs qui n’existe plus que dans les récits familiaux. Trop d’ailleurs pour se dire qu’ils se feront à coup sûr leur place dans la société. Certains trouvent alors de fausses réponses en se disant que l’Islam est leur seule terre commune.

Pendant longtemps, le terrorisme est venu d’ailleurs. Dans la France attaquée par le GIA algérien, ou dans les Etats-Unis attaqués par Al-Qaïda, on disait "terroristes" comme on aurait dit "barbares".
Aujourd’hui encore on peut les appeler "terroristes" pour éluder la question. Mais ça ne règle rien. Le terrorisme n’est pas une identité. Alors, qui sont ces générations spontanées de poseurs de bombes et de semeurs de morts ? Avant tout "des membres de notre communauté". C’est déplaisant mais c’est ainsi…

Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter notamment au Proche et au Moyen-Orient, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage La police israélienne face aux attentats-suicides. Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou pour TF1 et LCI et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Depuis son arrivée à i>TELE en 2009, Olivier Ravanello est ainsi le spécialiste des questions internationales pour la chaîne. A la rentrée 2012, il présente plusieurs chroniques Le Monde en plus à 19h20 et Le Monde ne dort jamais à 23h15.

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